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Quand l'Eglise s'adresse aux jeunes
28/12/2002 02:27Cécile B
Le christianisme en Roumanie, en particulier l'orthodoxie, qui bénéficie aujourd'hui de l'ouverture politique, entreprend de nombreuses activités pour sensibiliser les jeunes. Des messes spéciales réservées à ce public particulier, en passant par les cours de religion à l'école, Mgr Corneanu prétend "laisser la liberté de conscience aux jeunes" mais ne peut que se féliciter du boom des vocations.
Dans un pays qui compte 80% d'ortho- doxes, le métropolite (équivalent de l'ar- chevêque catholique) du Banat est assurément un personnage important. Mais c'est avec simplicité que Nicolae Corneanu a répondu à nos questions sur les rapports entre l'Eglise orthodoxe et les jeunes roumains. Sa longue barbe blanche trahit ses 80 ans mais le passage du temps ne semble pas avoir altéré sa vivacité d'esprit. Il n'a pourtant pas eu une vie facile, surtout durant le règne de Ceausescu. La religion, qui n'avait pas de statut légal, était soumise à la propagande et les membres du parti étaient interdits de pratique religieuse.
Cependant, l'existence même de ces restrictions conduisait un nombre important de fidèles à se rendre à l'église pour manifester leur opposition au régime. C'est d'ailleurs l'arrestation d'un prêtre, en 1989, qui a déclenché la Révolution, et beaucoup de gens, en particulier des jeunes, ont manifesté au nom de leur foi et ont récité des prières dans les rues.
Mais l'ouverture du pays n'a pas eu que des effets bénéfiques pour la religion: "Il y a aujourd'hui un mouvement de sécularisation qui s'étend en Europe" déplore Mgr Corneanu. Cependant, si la laïcité et l'athéisme sont en vogue, le métropolite pense que la jeunesse roumaine reste assez proche de l'Eglise. Il faut dire que de nombreuses initiatives ont été prises, par l'Eglise orthodoxe comme par l'Eglise catholique, pour sensibiliser les jeunes à la foi: messe spéciale pour les jeunes à huit heures du matin, cathéchisation pendant le temps libre, mais surtout cours de religion à l'école, une tradition post-révolutionnaire (qui montre bien que l'Eglise et l'Etat ne sont pas clairement séparés en Roumanie) à laquelle Mgr Corneanu se dit lui-même "très attaché". Avec tous les efforts déployés depuis 1989, on assiste maintenant à un boom des vocations. Quelques chiffres significatifs: avant la Révolution, il n'y avait dans toute la Roumanie que deux facultés de théologie. Aujourd'hui, les étudiants ont le choix entre vingt facultés différentes. Celle de Timisoara, qui n'est pas particulièrement grande, accueille environ 370 jeunes. Cet intérêt pour la religion peut paraître étonnant quand on sait que l'Eglise orthodoxe, tout comme son homologue catholique, garde une position conservatrice sur des questions telles que la contraception ou l'homosexualité, qu'elle n'accepte toujours pas. "Les préceptes sont souvent durs en théorie, mais nous sommes plus souples en pratique, et nous laissons la liberté de conscience aux jeunes à qui nous nous adressons", précise notre interlocuteur. "Je ne pense pas que les pécheurs comme les homosexuels doivent être jetés en prison, il y a d'autres moyens de régler les moeurs", explique encore le métropolite, en référence à la loi réprimant l'homosexualité en Roumanie. Cette loi, qui punit de six mois à un an d'emprisonnement les personnes ayant eu des relations homosexuelles, n'a toujours pas été abrogée malgré les injonctions de l'Union Européenne.
Entre tradition et modernité, la position de l'Eglise est dure à tenir, surtout quand il s'agit de plaire aux jeunes. Qu'en pense le métropolite du Banat? Voilà son message: "Croyez en Dieu, restez attachés à l'Eglise à laquelle vous appartenez, car la foi peut sauver le monde". Mais la foi constitue-t-elle vraiment un remède à tous les maux de la société moderne?
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