Promenons-nous dans Kati
06/05/2004 10:09Hélène MargetTypo Mali
Des rues arborées et cahoteuses, peuplées de petits artisans, d'enfants bruyants et de bétail : à Kati, petite ville de 40 000 habitants à 15 km de Bamako, le temps semble s'écouler plus lentement que dans la capitale. De Mamadou le pâtissier à Tchatcha l'entraîneur de foot, les gens y incarnent à leur manière la vie quotidienne d'une bourgade malienne typique.
Dès 8h du matin, après qu'une première équipe a passé la nuit à pétrir la pâte, une bonne odeur de croissant chaud et de pain se dégage de la petite boutique de Mamadou le pâtissier et d'Ousmane le boulanger. Le pain, présent depuis seulement une vingtaines d'années dans les foyers de Kati, fait l'unanimité. Les villageois viennent régulièrement acheter leur baguette, à 115 francs CFA (0,17 €). « Le problème est que nous n'avons pas les moyens de changer notre four, qui a le même âge que la boutique, ouverte en 1986. Si nous ne le remplaçons pas rapidement, nous serons bientôt obligés de travailler au bois » confie Ousmane. Pour le pâtissier, l'aventure est plus récente : ses pains au raisin, au chocolat, croissants et pâtés à la viande ne sont proposés aux villageois que depuis fin 2002. A 200 ou 300 FCFA pièce (0,30 à 0,45 €), ils se vendent comme des petits pains !
A ses heures perdues, Ousmane entraîne bénévolement les deux équipes de basket-ball de la ville : 20 filles d'un côté, 23 garçons de l'autre. Les adeptes du panier partagent le stade de Kati avec les footballeurs. L'équipe de foot évolue en seconde division, mais ne cache pas son ambition de monter dans l'élite. « Chaque victoire en championnat nous rapporte un peu moins de 4 €, pas de quoi nous acheter du matériel neuf ! » s'amuse Tchatcha, l'entraîneur bénévole. « Et ce n'est pas la commune qui pourra nous aider », ajoute le technicien, alors que les joueurs enthousiastes enchaînent les tirs aux buts.
Pendant que les sportifs s'entraînent, les artisans travaillent : au milieu de la ville, entre les enfants qui rient et courent dans tous les sens, Drissa et son équipe confectionnent des panneaux de paille tressée: les murs, palissades et battants de porte orneront les maisons de Kati et des alentours.
Dans cette bourgade à 98% musulmane, le grand imam Bachirou Karé ne chôme pas. Chaque matin, il est au service de chacun, et reçoit les habitants qui ont besoin de ses conseils. Bachirou prône une conception moderne de l'islam : « si l'on s'en tient au Coran, les femmes devraient porter le voile en permanence, mais ce n'est plus adapté à notre société. Elles travaillent, et peuvent donc être autorisées à ne mettre le foulard que durant la prière », confie le religieux.
Partout, à chaque coin de rue, des enfants courent, s'amusent, jouent au ballon. Gamins aux vieux vêtements troués et pas très nets, mais le plus souvent bien nourris, et presque toujours rieurs. Atmosphère conviviale, paysage verdoyants de potagers et de vergers, relations de bon voisinage : ici tout le monde semble se connaître et vivre en harmonie, presque en famille.
Les chèvres et ânes qui déambulent en liberté dans les rues ne perturbent en rien la vie des habitants, mais amusent beaucoup les visiteurs. Ceux-ci font l'unanimité auprès des enfants, ravis de leur tenir la main, d'être pris en photos à leurs côtés ou d'échanger quelques mots avec eux.
Le soir, Kati ne s'endort que fort tard. La ville, quoique petite, continue à s'animer : les riverains se promènent et font leurs achats dans les nombreuses boutiques restées ouvertes. Parfois, le cinéma en plein air propose un nanar américain ou un vieux film chinois de kung-fu, doublé en français. Dans le grand terrain vague équipé de bancs délabrés, les rares spectateurs tentent d'oublier le projecteur cahotant, l'écran usé et les images saccadées pour ne retenir de cette soirée conviviale que le frais couvert des arbres et la beauté de la voûte étoilée.
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