Première génération

25/08/2004 16:29Aurélie JuillardTypo Vietnam
Pham Huy Thông a 23 ans. Il fait partie des 19 étudiants en art vietnamiens qui se sont réunis à Hanoi pendant quelques semaines pour suivre une « master classe » d’un nouveau genre. Entraînés par Gérald Gorridge, professeur à l’Ecole supérieure de l’image- école d’art d’Angoulême, ils sont partis de l’estampe traditionnelle pour définir un nouvel horizon créatif : celui de la naissante bande dessinée vietnamienne. Impressions.

Comment vous êtes-vous retrouvé impliqué dans cette aventure artistique ?
J'ai entendu parler des master classes de Gérald Gorridge par l'un des professeurs de mon école d'art à Hanoi. Pour y participer, il y avait une petite sélection. Chaque étudiant a dû écrire une histoire et l'accompagner de dessins. Le choix des participants s'est fait sur leur capacité à dessiner, bien sûr, mais aussi sur la qualité de l'histoire qu'ils avaient écrite.

 

Comment ont fonctionné les master classes, comment avez-vous travaillé ?
Le but était que chacun réalise trois planches pour la fin de la classe. J'ai travaillé en collaboration avec un autre étudiant, Vu Tien Loi, mais nous voulions tout faire : nous avons donc construit l'histoire et dessiné tous les deux. C'était assez difficile. Au début, on croyait qu'il s'agissait juste de faire des illustrations. En réalité, il s'agit vraiment de créer un ensemble. Côté communication, il y avait un traducteur par professeur pour assurer le lien entre français et vietnamien. Mais on parlait aussi anglais ou... on faisait des croquis !

 

Quelle est la place de la bande dessinée au Vietna m ?
La bande dessinée n'est pas si développée ici. Nous avons juste des mangas venus du Japon et quelques très rares spécimens occidentaux. En participant à ces ateliers, je me suis dit que je pourrais être la première génération à développer de vraies BD vietnamiennes. Aujourd'hui, je suis édité par une maison d'éditions, Kim Dong (ndlr : maison d'éditions de Hanoi qui a hébergé les master classes). Je réalise mon rêve en faisant des BD pour enfants.

 

Dans quelle mesure vous êtes-vous inspiré de la calligraphie traditionnelle, de l'estampe vietnamienne ?
Il fallait beaucoup penser aux calligraphies comme base d'inspiration mais nous les avons mises au présent pour qu'elles deviennent plus vivantes...
Nous avons utilisé certains outils traditionnels, comme un morceau de bois creux utilisé normalement pour la xylographie, afin de conserver l'aspect traditionnel du travail. Sinon, on est passé aussi au stylo ! A mon sens, les traditions devraient être changées pour coller à la réalité d'aujourd'hui, s'y intégrer car sinon elles ne pourront pas survivre. Nous avons toutefois choisi de les modifier avec précaution pour qu'elles ne perdent pas tout leur sens.

 

D'où vient votre goût pour l'art et le dessin ?
Je crois que j'ai commencé à dessiner parce que mes parents n'avaient pas assez d'argent pour m'envoyer au jardin d'enfants. Je devais donc rester tout seul à la maison. Pour passer le temps, j'avais mes jouets et puis surtout, je dessinais... Avec cette expérience, j'ai aussi constaté que j'aimais écrire. Mais ce n'est pas si surprenant : mes parents et grands-parents sont des auteurs, des gens qui écrivent. Depuis que je suis enfant, ils m'ont transmis ça... Une sorte de tradition familiale !

 

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