Portrait : Elina Brotherus, et le silence se fait

11/12/2006 14:47Mathieu Brelière
Artiste du silence très proche de la peinture l'artiste finlandaise Elina Brotherus expose au musée Niepce de Chalon jusqu'au 11 février 2007. En 2005 elle a reçu le prix Niepce, récompense traditionnellement attribuée à des artistes français.

Elina expose en ce moment au musée Niepce sa série intitulée « The new painting » où elle  adapte les codes de la peinture classique à ceux de la photo. Elle s'inspire beaucoup du travail de Kaspar David Friedrich, dont elle s'éprend alors qu'elle est étudiante, à tel point qu'elle donne sa version du célèbre tableau « der Wanderer ». Ses références sont surtout des peintres de la Renaissance italienne comme Titien ou Giorgione, ainsi que le répertoire français de la fin du 19e siècle. Certains verront ici un nouveau concept, d'où son nom (littéralement « la nouvelle peinture »), peut-être le concept d'une photographe qui aurait aimé apprendre à peindre : « La peinture m'attire beaucoup, mais être peintre c'est une formation. Moi je suis photographe, et j'en suis très contente »

Bien qu'Elina figure sur beaucoup de ses clichés, inutile de chercher ici un quelconque message autobiographique, ni aucune narration. Libre à chacun de s'inventer une histoire en contemplant un de ses tableaux, mais elle n'a pas cherché à transmettre de message : « Je ne veux pas rentrer dans des récits personnels, ni faire de portraits psychologiques, c'est juste pour regarder, ce sont des images construites ».
Et si le « modèle Elina » pose pour la  « photographe Elina », c'est avant tout pour une question de pratique. En effet, ce n'est pas toujours évident d'emmener des sujets en haute montagne, aux quatre coins du monde. Elle se distingue du modèle : « C'est moi, mais c'est pas moi, c'est une image, un sujet », se voyant un peu à la manière de Vélasquez dans sa célèbre représentation « las meninas ». Mais Elina travaille également avec des modèles professionnels, notamment sur son prochain travail vidéo où elle met en scène des danseurs de l'opéra de Paris.
En apparaissant de dos sur de nombreuses toiles, Elina veut inviter le spectateur à la contemplation, et non à se confronter au regard du modèle. Aussi il émane de ses tableaux une profonde plénitude, le spectateur est en quelque sorte témoin de la spectatrice, et les deux sont désarmés devant la beauté du paysage, « on regarde ensemble, mais on se dérange pas ». Elina attache une certaine importance au calme dans l'observation, ses photos imposent le silence. Si les modèles sont très souvent nus, c'est parce que : « Pour moi c'est l'état de base de la figure humaine, et puis c'est la référence à l'art ».

Elina, c'est avant tout une artiste de la simplicité qui nous expose son point de vue sur le monde et qui, par une savante alchimie nous invite dans le délicieux précipice de son univers. « J'aime créer un peu d'ordre dans le chaos visuel qui nous entoure, j'aime les lignes épurées, les vues où il n'y a pas grand-chose. Mon rêve serait de passer une journée sans bouger, à regarder comment les choses changent sous mes yeux ».

Elina Brothéus était présente le mercredi 29 novembre au musée Niepce pour une rencontre avec le public et quelques lycéens.

Légende photo : Der Wanderer, photographie couleur contrecollée sur aluminium.

Originaire d'Helsinki en Finlande, la photographe Elina Brotherus est installée en France depuis cinq ans à  Avallon. Fille d'un couple de chimistes, Elina poursuit des études scientifiques à Helsinki, mais après 4 ans elle décide de s'orienter vers une profession plus artistique. Elle hésite et choisit finalement de s'immerger dans la photo, qui n'était jusqu'alors qu'un hobbie. On peut voir quelque part dans ce tournant un hommage à son père,  photographe amateur qui s'éteint alors qu'Elina est encore jeune. Admise à l'école d'art d'Helsinki, elle poursuit avec succès une formation de photographe et petit à petit, acquiert une notoriété remarquable. Elle vient en France pour la première fois en 1999 à l'occasion d'un programme intitulé « pépinière européenne pour jeunes artistes ».
En 2005 elle reçoit le prix Niepce, évènement qui est à la fois une reconnaissance de son travail, mais surtout la preuve que la France l'a adoptée : « Cette récompense est traditionnellement décernée à des artistes français, maintenant je peux dire que je suis une photographe française ».

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