Plan Banlieue

17/03/2008 08:34Pierre Gallet

Après avoir parlé d’un grand plan Marshall pour les banlieues pendant sa campagne présidentielle de mai 2007, le Président Nicolas Sarkosy a dévoilé le 8 février les modalités du « plan Espoir Banlieue », préparé par sa secrétaire d’État Fadela Amara. Un plan, un de plus ?!, sans plan de financement précis, comme le dénonce le Parti socialiste.

« Un grand plan Marshall de la formation pour tous les jeunes des quartiers », telle est la formulation que donnait le candidat Nicolas Sarkozy, désormais Président de la République depuis mai dernier, pendant sa campagne présidentielle. Le parallèle établi avec le Plan Marshall, lancé par les États-Unis, suite à la Seconde Guerre Mondiale en 1945 dans une Europe dévastée, ne doit pas manquer de surprendre, et renseignait déjà de la volonté du Gouvernement d’investir massivement dans les quartiers périphériques des grandes agglomérations, dont on ne manque pas de suivre dans l’actualité les multiples difficultés. Les « émeutes » de novembre 2005, déclenchées en Région parisienne, et qui avaient gagné très vite de nombreuses banlieues du territoire français, bientôt suivies des incidents de Viliers-Le-Bel, ont fourni le cadre médiatique nécessaire aux politiques pour les inciter à entreprendre une véritable politique de désenclavement des banlieues.

Le Plan Espoir Banlieue, dont l’élaboration fut confiée à la Secrétaire d’État à la Ville, Fadela Amara, l’une des figures centrales du Mouvement Ni pûtes, ni soumises, devait répondre à cet objectif et devait consacrer un effort financier considérable afin de relancer un certain dynamisme dans les banlieues. Après une cacophonie à l’intérieur du Gouvernement, sur la désignation de celui ou celle qui serait désigné pour annoncer les mesures phares du Plan, ce fut finalement le Président Nicolas Sarkozy, qui se chargea de cette tâche. Ainsi lors d’une cérémonie organisée à l’Élysée, le jeudi 8 février 2007, boycottée par les députés socialistes, le Président dévoila les modalités du Plan Espoir Banlieue. Celui-ci s’articule autour de trois axes que sont, selon les termes utilisés par le Premier Ministre, François Fillon : (1) « un accompagnement personnalisé des jeunes sans emploi », (2) « un renforcement des moyens de lutte contre l’échec scolaire », (3) enfin « un plan de désenclavement ».

Dans le domaine de l’emploi, il s’agit pour l’essentiel de créer un « contrat d’autonomie », mettant à disposition pour les jeunes des quartiers la possibilité d’un « accompagnement personnalisé avec une entreprise d’insertion », la seule condition requise étant que ces jeunes soient « prêts à se lever le matin », selon les termes utilisés par Nicolas Sarkozy lors de sa première visite en Banlieue en tant que Président de la République. Cette initiative doit permettre d’accompagner « plus de 100 000 jeunes dans les trois prochaines années », de sorte qu’ils puissent intégrer « les codes nécessaires à l’insertion dans l’entreprise, sans lesquels la réussite est impossible ». Le deuxième objectif, s’attachant à la « lutte contre l’échec scolaire », vise à mettre en place les dispositifs nécessaires afin de donner une « deuxième chance » aux 150 000 jeunes qui sortent du système scolaire républicain sans la moindre qualification. Parallèlement, le plan tentera de promouvoir un plus grand nombre de jeunes à l’entrée des grandes institutions scolaires de la République, de sorte qu’émerge dans les quartiers une véritable « élite sociale ». Ces deux premiers objectifs répondent à une volonté du Président de réimplanter durablement les fondamentaux du modèle républicain français, et comptent sur une dynamique individuelle, afin de résoudre les principales difficultés inhérentes aux quartiers dits « difficiles ». Enfin, le troisième objectif répondant à une volonté de désenclavement des banlieues, prévoit la construction de nouvelles infrastructures facilitant le déplacement des personnes habitant dans ces quartiers en direction des centres urbains. Ce troisième objectif comprend un fonds de 4 milliards d’euros, issu du Grenelle de l’environnement et prévoit la construction de 1 500 km de lignes de transport en commun. Le dernier volet de ce plan se dédouble de l’annonce d’un ajout de 4 000 fonctionnaires de police au sein des quartiers difficiles, répondant ainsi à l’inquiétude largement partagée des Français sur un affaiblissement de l’autorité dans les banlieues, suite au sondage réalisé par le Figaro le jeudi 8 février 2007. Le renforcement des effectifs policiers, centré sur une lutte farouche contre la délinquance, doit contribuer à « mettre fin à la loi des bandes, celle du silence et des trafics ».

Si le plan Espoir Banlieue répond à une volonté de rupture avec les solutions précédentes sous l’égide de l’une des figures de l’ouverture politique du Gouvernement, l’ensemble des commentateurs du plan déplore l’absence cruciale de précisions, concernant le financement d’un tel Plan. Reprenant l’anathème jeté par Jean-Marc Ayrault, le Président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale, qui ne voyait à travers ce plan, rien d’autre « qu’un show de campagne électorale », l’opposition politique met en évidence l’importance accordée à la dimension sécuritaire du plan qui cache le manque de financement réel. D’autre part, l’opposition dénonce la logique contradictoire d’un tel plan qui consacre un nouvel effort financier, alors même que le Président persiste à invoquer « que les caisses sont vides ». Dès lors, les opinions très opposées autour du Plan Banlieue, relayées par les multiples débats médiatiques suscitent une même question : jusqu’à quand les Banlieues seront-elles en plan.

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