Pellicule péi

24/08/2009 14:40Alexandre MathisLa Réunion

Trouve-t-on un cinéma réunionnais ? La question, complexe, se substitue à une réponse : il existe des réalisateurs réunionnais. Ils ne chôment pas, mais rament un peu.

 

Aucun film ne représente la Réunion. Pas ou peu de productions célèbres ont été tournées dans l’ancienne île Bourbon. Tout juste y a-t-on dirigé « les Secrets du Volcan », une saga de l’été de France 2, un épisode de « Joséphine Ange Gardien » et quelques autres fictions du même genre. Pourtant, des réalisateurs locaux essaient de percer.

« La principale difficulté, c’est que nous manquons de grosses structures de production. Un réalisateur sera par exemple obligé de se rendre à Paris pour le montage s’il veut travailler avec des professionnels », regrette Fred Eyriey, 43 ans. Il se définit lui-même autodidacte, juste formé « SLEE », comprenez, « Sait Lire Et Écrire ». Depuis son premier court-métrage en 1995 – tourné à Mafate – intitulé « Qui peut espérer tutoyer les nuages ? », ce fan de cinéma indépendant et des « Aventuriers de l’Arche perdue » considère que RFO devrait permettre de diffuser des productions locales. Fabrice Bourriquen, lui aussi réalisateur et producteur, regrette que « la chaîne omette de remplir ses obligations de participation à la production et à la diffusion locale, alors qu’il existe des créneaux horaires avec de la visibilité. Heureusement avec l’arrivée de la TNT en 2011, les cartes vont être redistribuées. »

 

Faute de mieux, cet amateur de films fantastiques, « surtout Les trois lumières de Fritz Lang (le réalisateur de Metropolis, ndlr) », et de la mise en scène de Brian de Palma, se contente de courts-métrages. « Ça me convient bien, nuance-t-il. J’ai constaté que le cinéma pouvait être un outil pédagogique. Je possède donc ma boîte de prod’ : Intervalle Production. » Ainsi, Fabrice travaille lors d’ateliers avec des lycéens, leur montre l’univers qu’il aime. Des associations utilisent ces courts-métrages pour des campagnes de prévention. Dernier exemple en date, un 20 minutes intitulé « Mais où est passée Chloé ? ! », lauréat au concours du 8ème festival du film scientifique, raconte la dramatique histoire d’une adolescente qui se drogue.

 

L’hypothétique film réunionnais

 

« Le succès des Ch’tis pourrait servir d’émulateur pour les autres productions régionales. Pourquoi pas un film réunionnais ? se met à rêver Fred Eyriey. Ce cinéma nous ressemblerait. Les habitants ici sont aussi friands des films américains que de Bollywood. » Fabrice croit en un avenir créole dans le milieu. Il espère voir un jour des longs-métrages entièrement en langue créole. « Même pour les réalisateurs étrangers, l’île est un bonheur avec ses décors naturels ! », s’exclame-t-il. Et il compte bien en profiter. Parallèlement à un prochain court-métrage de prévention sur la délinquance juvénile, il termine un documentaire sur le Gouverneur français Desbruslys. Deux cents ans après sa mort, « Un brûlot pour Desbruslys » a pour but de réhabiliter sa mémoire, bafouée pour avoir voulu lutter contre les Anglais. Fred Eyriey doit aussi sortir un moyen-métrage, tourné au Mozambique : « « Ilha Sorrow » raconte une histoire d’amour dans laquelle un homme et une femme, 15 ans après s’être perdus de vue, confrontent leur vision de l’Afrique. J’y prône un développement de ce continent par lui-même, pas par l’exploitation des Occidentaux. » Si l’avenir du cinéma à la Réunion reste encore incertain, Fred croit connaître sa nature profonde : « Il s’inscrit culturellement autant en Afrique qu’en l’Occident. Il devra donc être métis. »

Reste à trouver un public. « Bien sûr, les gens vont au cinéma pour de grosses productions, mais ne sont pas cinéphiles dans la très grande majorité. Dur pour nous de les attirer avec un simple court-métrage », convient, lucide, Fred. Malgré tout les festivals fleurissent : Ekwa à St-Denis, le Festival du film de St-Paul et surtout celui du Film d’Afrique et des îles du Port, le plus réputé. Si Fred et Fabrice ne revendiquent pas forcément le même cinéma, ils sont d’accord sur deux points : ils veulent faire partie de l’aventure réunionnaise dans ce domaine et la jeune génération est porteuse d’espoirs. « Nous ne serons pas dans la concurrence, mais dans une émulation partagée ! », conclut Fabrice.

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