Peintre laqué

26/08/2004 10:04Nicolas BarriquandTypo Vietnam
Vo Xuan Huy, peintre à Hué, utilise une technique peu répandue dans l’art moderne : la laque. Dans des tons métalliques, argent et cuivre, il définit son œuvre comme semi-abstraite.

Au fond de la cour de son atelier, Vo Xuan Huy arrose ses dernières œuvres. Ses tableaux de laque nécessitent un peu d'humidité après la phase de ponçage. Les tons de rouge, d'or, d'orange, sont obtenus à partir de différentes poudres de terre, achetées à Hanoi. « Je n'emploie que des matériaux naturels. De fait, ma gamme de couleurs est restreinte », confie l'artiste en mettant une dernière touche à un tableau noir, où trois pierres sont fixées sur un carré rouge. « Je me situe entre l'abstrait et le semi-abstrait, poursuit-il. Par exemple, je représente un penseur par un rectangle surmonté d'un cercle. » Dans ce tableau qui mêle le gris, l'or et le noir, huit points épais alignés symbolisent la fuite du temps. « Je cherche à explorer un monde dans lequel on peut penser. Mes lectures de Jean-Paul Sartre et d'Albert Camus m'ont beaucoup influencé. » S'il reconnaît ne pas saisir toute la pensée du philosophe de l'existentialisme, il retient de grandes idées, autant de pistes qui le guident dans son œuvre. « J'aime beaucoup l'idée que l'homme est né pour vivre, mais qu'il n'y est pas préparé... »
Vivre de son art
Il est l'un des trois peintres de Hué à utiliser la laque comme art moderne. Cette très vieille technique qui donne aux objets une apparence brillante était auparavant réservée aux ustensiles de cuisine ou à la décoration de monuments. En 1925, avec l'ouverture à Hanoi de l'école des Beaux Arts d'Indochine, la laque passe dans le domaine de l'art moderne. « Il y a deux types de laque, recense Huy, celle commerciale que l'on retrouve sur les baguettes des restaurant chics, et celle artistique de mes créations. Nous sommes peu à pratiquer cette technique, c'est un travail dur et très délicat. » Le laqueur part d'un carré de bois noir recouvert d'une toile épaisse qu'il grave. Il applique ensuite par couches successives plusieurs couleurs qu'il a lui-même préparées. Après le séchage, qui peut durer jusqu'à trois semaines, il fait ressortir à certains endroits les tons des premières couches à l'aide de papier de verre. « On reconnaît mes tableaux aux galets que je fixe dessus et que je recouvre de peinture. La majorité de mes créations ont cette marque de fabrique », souligne Huy. Ces cailloux représentent pour lui le hasard « mais ce hasard, je le pense tout de même dans la disposition des pierres ». Il présente de temps en temps son œuvre au public. « Organiser une exposition à Hué coûte dix millions de Dong (soit 500 euros), c'est trois moins cher qu'à Saïgon ou Hanoi, mais on se groupe à deux ou trois artistes pour partager les frais. »  Il a également exposé en Thaïlande, en 1998. Le laqueur vend ses tableaux 500 dollars pièce, mais ses rares ventes ne lui assurent pas son salaire. Il donne donc des cours aux Beaux Arts de Hué et fait en parallèle de la peinture à l'huile qui se vend mieux. S'il n'a pas honte de « dévier », sa passion est unique. « Mon art ne s'exprime que dans la laque », conclut-il simplement.

 

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