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Pays dogon : touristiquement vôtre
05/05/2004 14:34Aurélie JuillardTypo Mali
« Photo ? Cadeau ! » Le message est clair. Avec sa partie classée au Patrimoine mondial de l'humanité, la région qui s'étend de Mopti au pays dogon vit au rythme des touristes, sur qui elle compte pour tirer des revenus. Un choix qui lui est reproché par les visiteurs. Mais est-ce bien légitime ?
Volontiers présenté comme la vitrine touristique du Mali, le pays Dogon est la région la plus visitée du pays. De quoi dénaturer le mode de vie des populations. Voir un Blanc n'est plus un événement mais la promesse de récolter de l'argent. A peine débarqué, le touriste est sollicité de toute part. Vendeurs ambulants, guides improvisés et enfants excités se précipitent sur le « toubabou ». Pas même un bonjour, dans ce pays où les salutations sont si importantes, et déjà les gamins exigent un stylo (« bic ! bic ! tu me dois un bic ! »), une photo ou n'importe quel objet un tant soit peu précieux. Le visiteur s'agace vite, refuse, encore et encore. La pression reste forte de la part d'enfants qui ne comprennent pas le français. Toutes les explications de la terre et les "non" répétés les laissent de marbre. Dans leurs têtes, c'est un état de fait : "vous, vous êtes riches donc vous devez nous donner."
Pouvons-nous leur en tenir rigueur, eux qui vivent dans une société où la solidarité est fondatrice ? Eux qui, s'ils vous invitent à la maison, dormiront par terre pour vous laisser le meilleur lit et jeûneront pour vous nourrir ?
Beaucoup d'étrangers reprochent aujourd'hui son côté trop touristique au pays Dogon. Comme s'ils étaient déçus de ne pas y trouver encore les "bons sauvages" de la falaise prêts à leur donner tout pour rien et à les traiter comme des dieux. Comme si le dépaysement, chèrement payé via agence de voyages, n'était plus à la hauteur de leurs envies d'exotisme. Comment ces Dogons, qui vivent encore traditionnellement, peuvent-ils sacrifier au désir de profit ? s'interroge-t-on.
Cannes d'ancêtres ou Tours Eiffel en plastique
Les Dogons sont peut-être simplement pragmatiques. Enclavés, ils ont peu de ressources naturelles pour survivre. Le tourisme est une manne inespérée. Pourquoi ne pas en profiter ? Peut-être est-il injuste de faire payer plus cher un Blanc qu'un Malien, mais la différence pour nous ne se comptera qu'en centimes d'euros. Quand pour eux, le salaire doublera. Se plaindre semble dès lors presque indécent.
Il semble incongru, au détour d'une ruelle poussiéreuse dans un village d'une centaine d'habitants, de découvrir un étal d'objets anciens, de cannes mystiques ou de bijoux. Oui, des Dogons ont fait leur métier de la vente de souvenirs. Mais n'est-ce pas notre propre logique capitaliste qu'ils ont adoptée ? Qui s'émeut des vitrines remplies de Tours Eiffel en plastique ou de bérets dans les rues de Paris ? On ne déplore pas pour autant la fin de culture française. Désormais, les Dogons savent qu'il leur faut cohabiter avec les Blancs, toujours plus nombreux. Ils cherchent à en tirer partie. C'est peut-être parfois désagréable et cela manque sincèrement de spontanéité. Mais pas plus qu'un parcours dans la capitale française en bus climatisé.
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