Pauvres expos

05/05/2004 15:16Marion GuillotteauTypo Mali
Le Mali ne s'est doté de son premier musée du Mali qu'en 1953, à l'époque coloniale. Depuis, les musées sont trop rares et n'existent que dans une perspective touristique. Mais le gouvernement souhaite créer de nouveaux musées, plus délocalisés, afin d'offrir aux Maliens l'accès à leur propre culture. Toutefois, dans un pays où le pillage a fortement lésé le patrimoine artistique, les moyens manquent !

Pour les Maliens, la culture, alimentée par les griots et les traditions, fait partie de la vie quotidienne. C'est par le biais des habitudes et des légendes orales que subsistent les vestiges des époques passées. Mais parfois, la réalité est déformée et les faits amplifiés. « C'est pour cela qu'il est important de disposer de musées, de lieux où les objets et reliques parlent d'eux-mêmes, sans fioritures », explique Mme Ounou Dia, chef de la division des musées au ministère de la Culture. Depuis un an, son poste a pris une autre ampleur. Elle va superviser la construction de nouveaux musées dans différentes régions, afin de décentraliser la culture. En effet, les rares musées maliens sont surtout situés dans des lieux touristiques. « Pourtant les musées ne sont pas “réservés” aux touristes ! Beaucoup de Maliens s'y rendent, surtout des étudiants ou des groupes scolaires, ainsi que “l'élite intellectuelle” », souligne Mme Dia. Les tarifs sont d'ailleurs appropriés à cette philosophie : si le ressortissant étranger paye 2500 FCFA (3,81 €) pour visiter le Musée National (ex-musée soudanais de l'Institut français d'Afrique noire), un Malien débourse cinq fois moins... De quoi bien s'imprégner de sa culture en plusieurs visites...
 
On dénombre trois musées à Bamako : le Musée national, le Musée du district de Bamako et le Muso Kunda, musée de la femme. Il existe aussi un musée de sites archéologiques à Djenné, un musée à Bandiagara, en pays Dogon,  et deux banques culturelles à Nombori et Fombori  - dans la très visitée région de Mopti -  gérées par les communes, mais il ne s'agit que de très petites salles d'une vingtaine de mètres carrés chacune.
Les musées sont alimentés par les achats de l'Etat, les dons, mais aussi la collectivité. Pour cela les habitants placent sous caution, contre un peu d'argent, des objets ayant appartenu à leurs aïeux. Cela permet de conserver le patrimoine culturel à l'intérieur du pays, car s'il n'y a pas plus de musées, c'est aussi à cause du peu d'objets d'art à exposer. « Non pas que le Mali ait un patrimoine pauvre », s'indigne Amadou Ombotimbé, guide au Musée national, « mais la plupart des sites archéologiques ont été visités par les pilleurs, alimentant ainsi le marché de l'art d'objets ethnographiques maliens datant parfois du XIVe siècle », ajoute-t-il avec amertume.
Depuis, le Mali s'est doté en 1997 de lois contre le trafic et le pillage, ainsi que d'une convention de l'UNESCO qui a abouti  à un accord avec les Etats-Unis, en 1997, restreignant l'exportation illicite du patrimoine archéologique local. Il n'empêche que 17 % des 834 sites répertoriés dans le pays Dogon ont été victimes de pillages. Les nombreuses statuettes en terre cuite de Djenné, les figurines de bronze de Méma ou les masques de bois sont maintenant exposés dans des collections privées ou des musées à travers le monde.

Pour l'avenir, Mme Dia énumère avec détermination ses objectifs : une mission culturelle pour Tombouctou, un musée à Sikasso dont les plans architecturaux sont déjà prêts, enfin un musée de la chasse déjà construit à Yanfolila mais dont les collections sont en réserve à Bamako. Les nouveaux établissements seront inaugurés "bientôt", promet Mme Dia, qui ne peut toutefois avancer aucune date, car les subventions dépendent de l'Etat.
« Et puis, il faut mettre en place des textes juridiques et institutionnels pour donner des statuts aux employés » déclare-t-elle avec solennité. Ainsi beaucoup de formalités viennent buter contre la célèbre désorganisation malienne et retarder la mise en place de carrefours culturels. Mais il ne faudra plus oublier, selon Samuel Sidibé, directeur du Musée national, que « le patrimoine des pays pauvres mérite autant de respect que celui des pays riches ».

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