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« On n'a pas voulu institutionnaliser la pauvreté »
13/07/2006 10:58CorinaTypo Roumanie Chalon sur Saône
L'association Emmaüs aide les démunis. Elle ne fait pas de don, mais en met à leur disposition des produits recyclés, à bas prix. Emmaüs crée ainsi des emplois.
L'association a été crée en 1974 et fonctionne à l'aide de bénévoles. Le travail d'Emmaüs consiste à récupérer divers objets et à les réparer pour leur donner une nouvelle vie. Cela crée de nouveaux emplois. « Aujourd'hui nous avons 28 salariés qui travaillent tous les jours à l'association Emmaüs, à Chalon-sur-Saône. », affirme fièrement Mme Dumurgier, responsable d'Emmaüs à Chalon. Nous récupérons de simples objets, une chaise, un appareil ménager, nous en sortons les matières premières », continue-t-elle. Comme la technologie se développe à une vitesse époustouflante, Emmaüs s'est adapté pour recycler des objets techniques, électriques ou électroniques. Depuis août 2005 il y a une loi qui fait référence aux appareils : « Il faut étudier, il faut avoir des connaissances, on ne peut pas récupérer des matériels qui sont classés comme déchets. Il faut qu'on soit dans la légalité des textes. Nous devons être très prudents et pour cela il faut toujours travailler, anticiper pour se resituer et conserver notre métier de récupérateur. Il faut observer les filières de récupération et de recyclage pour en sentir l'évolution. Donc Emmaüs est un mouvement, quelque chose qui n'est pas statique, qui n'est pas figé. Si Emmaüs n'évolue pas, s'il n'a pas la conscience qu'il faut tenir compte de toutes ces nouvelles technologies, il n'y aura aucun futur. Il faut qu'on apprenne à travailler avec des éco-organismes, il faut qu'on soit l'un des maillons de ces filières de récupération.
Certains objets récupérés sont recyclés pour être vendus et le reste est transformé en matière première. « 15 % des vêtements sont vendus et 85 % sont transformés », nous indique Mme Dumurgier. « Presque tout le mobilier est vendu dans notre magasin parce que nous avons des ateliers de réparation. Ces ateliers fournissent des emplois aux personnes en difficulté. Ces réparations augmentent notre crédibilité auprès des gens qui déposent à Emmaüs. ». Parmi ces 28 postes salariés, 12 sont réservés aux gens avec le minimum social, pour qu'ils puissent retrouver un parcours professionnel. Ils retrouvent un contact avec le monde professionnel, le respect d'horaires, le travail en équipe, tout ce qu'on rencontre dans un milieu du travail. Actuellement Emmaüs joue un rôle important dans l'insertion. Les gens qui arrivent sont complètement déstructurés, mais ils sont très responsables et vraiment désireux de trouver de travail.
Emmaüs est fondé sur le principe de partenariat. « Ces gens ont des difficultés et tout seuls ils ne pourront rien faire ». Il est allié aux Centres de régime alimentaire et alcoolique qui travaillent avec des assistantes sociales : « On fait tout un réseau autour de la personne, et ce réseau doit fonctionner au maximum. Il faut beaucoup de vigilance et des rencontres entre les partenaires pour y arriver. On doit respecter la personne. On est là pour la soutenir, mais on ne fera rien à sa place. Un mot est très fort à Emmaüs, c'est « non-assistance » : tu as peu, mais avec ce qu'il y a, on va essayer de faire quelque chose. On respecte la personne, en ne l'assistant pas. On lui donne un travail qui n'est pas forcément un travail qualifié. Les gens n'ont pas de diplôme, mais on les encourage en acquérir un. C'est tout un processus qui peut devenir aussi un échec. On leur propose des Contrats à Durée Déterminée, mais l'homme a besoin de plus de stabilité. Quand quelqu'un vient travailler, on lui confie une tâche et il faut qu'il l'accomplisse. Si on voit que cette personne est paresseuse, on lui fait comprendre qu'elle doit se redresser, que sinon sa place n'est pas chez nous. L'objectif est de responsabiliser les gens. On a des exigences de travail à Emmaüs, on n'est pas là pour coocooner. »
Emmaüs c'est un mouvement avec plein de ramifications. Quand même il présente trois branches principales. La branche « communautaire » est représentée par des gens qui vivent ensemble, qui ont fait le choix de se retirer et de revenir dans la Communauté, mais qui n'ont pas le statut de salarié. Ils sont « compagnons ». Les gens communautaires sont ceux dont le travail permet de payer leur nourriture, leur hébergement. Ils ont une couverture sociale et même des retraites.
La branche « logement et association sociale » est nommée « SOS Famille Emmaüs ». À Chalon, elle est fondée sur le principe de la solidarité et du remboursement. Lorsque des gens en difficulté ont encore des ressources, l'assistant social va transmettre à SOS Famille Emmaüs les informations sur la personne, et l'association offrira le crédit adapté. « Il faut que les gens soient sérieux, parce que si le remboursement ne rentre pas, on ne pourra plus aider d'autres familles ».
À Emmaüs le prix est le même pour tout le monde, comme signe de respect pour l'homme en général. Nous ne voulons pas stigmatiser les pauvres et les riches, il y a seulement des hommes et des femmes.
Quoique l'Abbé Pierre soit catholique, Emmaüs n'est pas un mouvement catholique, ce n'est pas un mouvement religieux, on est apolitique. L'Abbé Pierre a dit : « Emmaüs, ce n'est pas quelque chose qu'on a créé, c'est quelque chose qui nous est arrivé. Ce sont des événements au jour le jour. C'est comme ça qu'Emmaüs s'est construit ».
« On n'a pas voulu institutionnaliser la pauvreté », termine Mme Dumurgier.
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