On a tous des droits

10/02/2003 15:06Hadrien Vincent
La situation des enfants et le respect de leurs droits en France ne sont certes pas aussi préoccupants que dans certaines régions du monde mais il y a chez nous nombres d’imperfections et d’absurdités qu’il conviendrait tout de même de régler. C’est pour cela que le gouvernement Jospin a créé une institution indépendante pour la défense des enfants de 0 à 18 ans. Claire Brisset occupe ce poste depuis mai 2000.

 

Portrait

De la plume à l'action

Venue du journalisme, Claire Brisset, 57 ans, a été choisie par le précédent gouvernement pour être "sa" défenseure des enfants. Pendant treize ans, elle avait été auparavant, auprès de l'Unicef, la porte-voix des enfants du monde.

Etudiante à Sciences Po, Claire Brisset avait déjà un solide caractère, et une réelle passion pour le monde qui l'entourait. Journaliste au Figaro, puis au Monde, elle s'intéressera beaucoup à la santé et, déjà, à l’enfance. “J’ai voulu parler de l’excision en Afrique, mais mon rédacteur en chef n’en voulait d‘abord pas. Quand le sujet est sorti, il apourtant fait beaucoup de bruit”, raconte la Défenseure. Elle se lance par la suite dans l’aventure de la création de la Tribune de l’Economie, où elle ne restera qu'un an : "il s’agissait surtout de micro économie, et j’étais beaucoup plus intéressée par la macro-économie ”.
A cette époque elle s’intéresse de plus en plus à l’enfance. Lorsque l’Unicef lui propose un poste en 1987, elle “saute le pas”. Elle sera “directrice de l’information pour l’Europe” au siège européen de l'organisation onusienne, à Genève, avec pour mission de promouvoir les actions de l’Unicef auprès des donateurs. “Il s’agissait de prouver que leur argent était bien utilisé”. Une façon pour elle d’agir sur les problèmes qu’elle dénonçait lorsque qu’elle était journaliste.
Des raisons personnelles la poussent à rentrer à Paris en 1991, où elle exercera le même rôle mais pour la France. C’est alors que le gouvernement Jospin décide de créer une institution indépendante de défense des droits des enfants, comme il en existe déjà dans d’autres pays européens. “J’ai posé ma candidature et à mon grand étonnement j'ai été prise, conclut-elle. Depuis je m’efforce de proposer de plus en plus de choses pour améliorer la situation des enfants dans notre pays ”.

La situation des enfants et le respect de leurs droits en France ne sont certes pas aussi préoccupants que dans les pays d’Afrique où l’on pratique encore l’excision, ou dans les régions du monde où les enfants sont considérés comme une main d’œuvre bon marché et efficace. Mais il y a chez nous nombres d’imperfections et d’absurdités qu’il conviendrait tout de même de régler. C’est pour cela que le gouvernement Jospin a créé une institution indépendante pour la défense des enfants de 0 à 18 ans. C'est Claire Brisset (lire son portrait ci-contre) qui occupe ce poste depuis mai 2000.

Gérer les problèmes particuliers des enfants

La Défenseure des enfants a pour première mission de s’occuper de cas individuels. Elle intervient lorsque les autres institutions françaises ont échoué dans leurs tâches ou alors lorsqu’il faut les concilier. L’année dernière 25 % des cas ont eu un rapport avec les droits de visite et les droits de garde et 6 % concernaient la situation d’abus sexuels ou de maltraitance. Les mineurs et leurs parents peuvent la saisir par écrit en expliquant leur situation, mais Claire Brisset peut également s’autosaisir si elle estime que la situation l’exige. N’étant pas juge, elle n’est pas habilitée à décider du placement d’un enfant ou d’une pension mais elle peut saisir le procureur de la République. Claire Brisset est donc là pour tenter de résoudre des cas jusque là insolubles, ce qu'elle réussit dans 30% des cas - un chiffre appréciable dans le domaine de l'enfance.

Faire avancer les situations générales

Dans son rapport annuel remis tous les ans - le 20 novembre, journée internationale des droits de l’enfant - au président de la République, la Défenseure propose chaque année des solutions pour améliorer la situation des droits de l’enfant en France. L’année dernière le rapport portait sur la santé, Claire Brisset et son équipe ont par exemple demandé que soit instaurée une vraie politique de l’adolescence en France ou encore que tous les enfants soient traités dans un service pédiatrique lors de leurs séjours à l’hôpital, ce qui n’est pas toujours le cas, vu le manque de personnel dans les hôpitaux français.

Consulter les ados pour parler en leur nom

Cette année le thème du rapport est l’éducation. Pour parler au nom des jeunes, il a semblé indispensable à Claire Brisset de s’entourer d’un comité consultatif de 21 adolescents, choisis pour représenter les jeunes Français. Leur première réunion a eu lieu à Paris les 25 et 26 janvier dernier. Après une visite de l’assemblée nationale guidée par son président, Jean-Louis Debré, ils ont entamé une première réunion avec l’équipe de la Défenseure pour lui expliquer leurs attentes et leurs idées. Une discussion riche où les idées ont fusé, par exemple sur la discipline dans les écoles. “Dans mon lycée on peut nous sanctionner si on fume, même pendant les week-ends si l’on nous surprend”, déplorait Agnès, du lycée Notre Dame La Riche à Tours.
A l'issue de cette première rencontre, suivie par de nombreux médias - dont le Parisien, Le Figaro, l’AFP, France Info, l’émission “ Mon Canard ” de France 3 et TF1 -, les jeunes ont formulé des propositions qui, un jour peut-être, se retrouveront entre les mains du président de la République.

 

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