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Montréal, Québec, Saguenay
16/06/2003 01:01Nicolas Barriquand, Hadrien Vincent
Une ambulance dévale le boulevard René Lévesque de Montréal, toutes sirènes hurlantes, tandis qu'une «calèche à touristes» contourne paisiblement le Château Frontenac à Québec: les deux capitales de la Belle Province cultivent chacune leur atmosphère. D'un côté Montréal l'industrieuse, la financière, la cosmopolite... l'Américaine. De l'autre Québec l'administrative, la touristique... l'Européenne.
Le Québec en trois déclinaisons
Montréal, gratte-ciel et souterrains
A vec ses interminables avenues bordées de gratte-ciel, Montréal est sans doute la plus américaine des villes québécoises. Impossible de ne pas penser à New York quand on arpente les rues de cette métropole de trois millions d'habitants aux faux airs de Manhattan, construite sur une île du Saint-Laurent. Néanmoins les noms de ses rues (Maisonneuve, Notre-Dame, Saint-Maurice...), ou de ses stations de métro (Saint-Michel, Vendôme, Verdun...), rappellent que nous sommes en terre francophone. On trouve même un «Quartier Latin» aux alentours de l'université !
Mais si la langue française s'affiche sans conteste sur les panneaux ? jusqu'au «stop» rebaptisé «arrêt» ?, sa prédominance face à l'anglais y est moindre que dans le reste de la province. En effet, sur le trottoir, on peut vous adresser un «What time is it, please ?», sans complexe, et durant le «magasinage», beaucoup de vendeurs abordent les clients dans la langue de Shakespeare.
En fait, plutôt que bilingue, l'ex-ville olympique (1976) paraît surtout multiculturelle. Le chauffeur de taxi haïtien y côtoie le restaurateur yougoslave, tous deux venus vivre leur «rêve montréalais» en guise de rêve américain.
Pourtant malgré ses hauts buildings, ses pompiers spectaculaires ? vêtus de jaune, du casque jusqu'aux bottes, ils parcourent la ville accrochés à un énorme camion tout droit sorti d'un film catastrophe ? et les trottoirs surpeuplés de sa rue Sainte Catherine, la métropole québécoise garde un petit charme européen. Quand on erre du côté du vieux port, sur les rues pavées, entre l'Hôtel de ville ? dont le balcon fut le théâtre d'un célèbre discours de De Gaulle en 1967 ? , et la basilique Notre-Dame, l'époque où la cité s'appelait Ville-Marie et se disait française ne semble pas si lointain.
C'est dans ce quartier, entre autres, que les nuits montréalaises battent leur plein. Sur des airs de la Compagnie Créole (!), la fête se prolonge très tard dans le bar à chansons «les Deux Pierrots». Au réveil, le lendemain, le parc du Mont Royal est le refuge des joggers qui échappent pour quelques heures au stress citadin. Du haut de cette colline boisée et peuplée d'écureuils, l'?il embrasse l'ensemble de la «ville aux lèvres rouges» (l'emblème de Montréal). À gauche, le stade olympique, reconnaissable à son mât semblable à un Concorde qui décolle ; en face, on peut distinguer la Biosphère, construction ronde de fer et de verre, ancien pavillon américain de l'exposition universelle de 1967, ainsi que le Casino, fierté de la ville quand il s'illumine la nuit. Car c'est surtout le soir venu, lorsque les gratte-ciel commencent à scintiller, que Montréal s'offre en spectacle depuis ce belvédère naturel.
L'hiver, lorsqu'un froid saisissant s'abat sur la Province, Montréal se réfugie dans ses profondeurs. La ville a des racines : un réseau enterré de 35 km où s'emmêlent centres commerciaux, cinémas, pubs, salles d'exposition, fast-foods et escaliers mécaniques. Une ville parallèle, protégée du froid et de la neige, un lieu de vie, et surtout de consommation, unique.
Depuis sa fondation en 1642, la petite bourgade française de Ville-Marie a fait bien du chemin... en terres américaines.
Nicolas Barriquand
Québec, pour l'amour des vieilles pierres
P
as de gratte-ciel à Québec. Le château Frontenac, emblème de la ville, chatouille tout juste les nuages du haut de ses 72 mètres ! C'est que la capitale administrative de la province ? qui fut capitale de la Nouvelle-France (1608-1759) puis du Bas-Canada anglais (1763-1867) ?, n'a rien d'une métropole. Avec à peine un million d'habitants dans son agglomération, elle n'est ni un centre financier, ni un melting-pot. En revanche Québec, fondée en 1608 par l'explorateur Samuel de Champlain sur un rocher dominant le fleuve Saint-Laurent, a tout d'une ville touristique, avec ses remparts, ses musées et ses hôtels ? du luxueux Concorde avec ascenseur panoramique, au majestueux Château Frontenac, l'hôtel le plus photographié du monde ! Ce dernier, un étonnant édifice au toit bleuté et à la façade rose, n'a d'ailleurs rien d'un château. Sorti en 1892 de l'imagination de l'architecte américain Bruce Price, inspiré des châteaux français du XIVe siècle, c'est en fait une commande de la compagnie ferroviaire Canadian Pacific, qui cherchait à loger ses voyageurs à Québec. Aujourd'hui ce bâtiment de 618 chambres, dont 24 suites, est devenu un symbole que tout touriste de passage se doit de venir contempler.
Devant le château Frontenac, la vue sur le fleuve Saint-Laurent et l'île d'Orléans est imprenable depuis la terrasse Dufferin. En contrebas, des maisons en briques noires évoquent une atmosphère bretonne. Un peu plus loin, des caricaturistes installés sur une petite place pavée donnent à l'endroit un petit air de Montmartre, tandis que les fortifications ressemblent étrangement à celles de Carcassonne. Quant au Parlement, il a des faux airs de Palais du Louvre...
Québec semble ainsi s'accrocher à ses origines européennes (françaises en particulier), et à son passé, dont les vestiges ne sont cependant pas tous «d'époque». Pour le château Frontenac, insolite «copie» XIXe siècle d'un style médiéval, ce trompe-l'?il relève de l'évidence. Mais les fortifications ? les seules conservées en Amérique du Nord ? ne datent pas toutes non plus de l'époque des guerres franco-britanniques. Selon Lucie Morisset, une docteure en architecture qui a longuement étudié la ville, les remparts ont été construits dans les années 1870 sur commande du lieutenant-gouverneur de l'époque qui souhaitait donner un style médiéval à sa ville. Et avec la même motivation, fut construit en 1885 un manège militaire avec des meurtrières... pas vraiment le système de défense le plus moderne pour l'époque. Une volonté de vieillir Québec, qui témoigne des aspirations des habitants de se refaire un passé proche de leurs goûts esthétiques. Mais si l'on ne trouve que peu de monuments «réellement» historiques, c'est que la ville fut rasée à plusieurs reprises, suite à des guerres franco-anglaises ou des incendies.
Tout cela ne troublera sans doute pas outre mesure le touriste, qui préférera continuer son chemin jusqu'à la Grande Allée, la rue noctambule par excellence de Québec. Les «Voûtes Napoléon», bar souterrain où les chansonniers se succèdent à la guitare, ainsi que les enseignes de tous les bistrots du quartier confèrent décidément un aspect terriblement français à la «Vieille capitale».
Nicolas Barriquand
Jonquière-Chicoutimi, dans l'immensité
D
e petits pavillons alignés le long de rues perpendiculaires, des bus jaunes d'écoliers :
Jonquière et Chicoutimi
ressemblent à de petites villes américaines. Elles s'étendent de part et d'autre de la rivière Saguenay, source d'emplois et de revenu, mais aussi de pollution, car les cours d'eau ont permis à la région de se doter d'usines de papiers et d'alumineries.
En dehors de la ville, les plaines immenses ne sont traversées que par quelques routes, le long desquelles s'alignent de rares maisons. L'été ces axes prennent des allures de route 66, l'hiver celles de la Sibérie. Ni village, ni grande ville, la ville Saguenay (qui regroupe Jonquière, Chicoutimi et La Baie) est surtout une cité industrielle, très influencée par le style américain. Cependant les usines, quoique spectaculaires, paraissent finalement peu de chose dans l'immensité du paysage, et l'?il s'attarde plus sur la forêt que sur les cheminées.
La nature domptée devient pôle d'attraction touristique : nombreux sont ceux qui viennent s'émerveiller devant le Lac St-Jean et ses 30 km d'eaux profondes, ou devant la beauté du majestueux fjord Saguenay.
Le centre des villes est un peu différent. Dans la rue commerçante de Jonquière, quelques immeubles de pierre surplombent des fast-foods ou des bars sans âme, tandis que l'église néo-gothique fait face à une auberge imitant un château moyenâgeux. Le mélange des styles est généralisé : pas ou peu d'unité dans cette ville où la nécessité économique prend le pas sur une éventuelle sauvegarde du patrimoine architectural, de même que les barrages et le développement économique prennent parfois le pas sur la sauvegarde de l'écosystème.
Cela n'enlève que peu encore à la beauté de ces paysages, qui laissent plus d'un touriste bouche bée.
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