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Mémoire vivante
06/05/2004 11:20Lucie Blin et Marie-Emilie CatierTypo Mali
La transmission orale est l'affaire de tous, surtout lorsqu'elle doit se répercuter sur l'éducation des enfants. Même si la famille reste évidement la première impliquée, la place des griots est essentielle : véritables professionnels de la parole, ils ont véhiculé la tradition africaine à travers les siècles.
Au temps des grands royaumes maliens, au XIe siècle de l'ère chrétienne, les griots étaient soit musiciens itinérants, soit musiciens à la cour. Souvent au service d'une famille ou d'une dynastie, ils se chargeaient de transmettre les généalogies et les traditions historiques de celles-ci, tout en contribuant à leur renommée en chantant leurs louanges. Plus généralement, à la cour, « bouffons du roi », ils la divertissaient par leur musique et leur récits épiques et légendaires.
Aujourd'hui, ces gardiens de la mémoire jouent plusieurs rôles. Souvent considérés comme sages, ils règlent les conflits entre les familles et arrangent les mariages. Par ailleurs, ils accompagnent leur maître et le guident à travers l'histoire de ses ancêtres.
« Nous ne cachons pas les torts de leurs aïeux aux jeunes générations : toute expérience est source de réflexions. C'est à eux de tirer les leçons du passé pour éviter de les reproduire », explique posément le vieux Kouyeta Moussa, assis dans son « officine » de brousse, les yeux mi-clos.
Plus couramment, un événement important ne peut avoir lieu sans la présence d'un griot qui agrémente de ses paroles noces ou enterrements... Pour les mariages, « nous sommes là pour rappeler quel lien unit les deux familles, pour porter chance au jeune couple ». Ainsi, par les chants et les invocations, les griots attirent la fortune. Accompagnés de leur instrument de musique - guitare ou tam-tam -, la voix cristalline, ces « porte-mémoires » récitent les épopées familiales, déclament des éloges plutôt qu'ils ne les chantent.
A la campagne, le poids de la tradition se fait davantage sentir, et le rôle dévolu aux griots reste proche de celui des origines. Bokar Keita, jeune griot dans les villages, est formel : un vénérable griot ne chante les louanges que des familles nobles, n'ignore aucun des détails familiaux et s'assure ainsi un rôle de fidèle conseiller. Un tel « sage » tient souvent sa réputation de son père, plus rarement de sa mère, dont il a pris la suite. Les chefs du village y ont souvent recours pour être mieux entendus des habitants.
Au contraire, dans les villes, les traditions ont tendance à se perdre : les griots n'y connaissent pas forcément la famille dont ils animent le mariage et peuvent se mettre au service d'anciennes familles d'esclaves pour gagner un quelconque pécule. Selon Kouyeta, cela témoigne clairement d'un non-respect du métier de griot : « ils trahissent la tradition », fustige-t-il. Pour les fêtes somptueuses et rythmées, colorées par les boubous des femmes, qu'ils animent pourtant, ils sont rémunérés au bon vouloir de la famille, et en général largement récompensés. De plus en plus, il deviennent des personnalités, non plus pour leurs capacités oratoires, mais pour leur voix. La capitale leur ouvre les portes de la starisation et ils deviennent des chanteurs populaires, dont les CDs sont commercialisés...
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