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Marabout, bouts de ficelle
06/05/2004 10:27Lucie Blin et Marie-Emilie CatierTypo Mali
Assis sur une peau de vache tannée dans son "cabinet", petite pièce ornée d'amulettes, d'étranges crânes d'animaux et de fioles, Bako Keita assure pouvoir guérir les maux de ventre ou même faire revenir l'être aimé. Lorsqu'il a diagnostiqué le problème, ce marabout de 35 ans prescrit des pommades, des amulettes ou encore des gris-gris, tels des versets du Coran à porter près du cœur.
Symbole d'une Afrique mystérieuse, les marabouts sont consultés pour soulager les soucis du corps ou de l'âme. Capables de soigner une maladie « en 24 heures », de faire « renaître un amour perdu » ou de lancer des malédictions, ils se voient conférer, à la ville comme à la campagne, une grande autorité.
Dans ce pays essentiellement musulman, la plupart des marabouts ont suivi les enseignements de l'école coranique pendant de nombreuses années : « J'ai passé dix années à étudier le Coran et l'arabe hors du village. Mon père voulait que je sois professeur », explique Yakouba Babariko.
Dans les villages, les marabouts ont vocation à enseigner aux tout-petits l'arabe et la religion, tandis qu'à la ville ce sont des maîtres coraniques « à temps plein » qui se chargent de ce type d'éducation. Toutefois, islam et maraboutage ne se confondent pas : si le marabout-maître coranique dispense des enseignements islamiques à une dizaine d'enfants, c'est bien l'imam qui dirige les prières. En échange de leur instruction, les enfants aident le maître dans les travaux domestiques et aux champs. Libres deux jours par semaine, ils peuvent alors suivre les cours de l'école "française".
Le marabout peut tout de même être consulté en tant que soigneur par les villageois, pour résoudre bobos, douleurs ou problèmes divers, lire leur avenir et les conseiller. On le paie par avance ou après résolution du problème. Dans les zones urbaines, ce sont souvent l'incertitude de l'avenir et les tracas affectifs qui amènent la clientèle à consulter les marabouts. La consultation coûte de moins d'un euro à 150 euros en moyenne, suivant la difficulté et l'intensité du « traitement » à mettre en œuvre. D'ailleurs, on ne devient pas marabout, on naît avec « un don qui se transmet de génération en génération ».
Lors des festivités, l'étrange magicien porte un boubou d'apparat en tissu épais marron, orné de bouts de ficelles symbolisant la chance, et de miroirs au dos desquels est inscrit le nom de Dieu. Cet habit le protège de tous les dangers, et un bâton, signe de sagesse, y est associé.
Dans tout le Mali, les marabouts sont craints, fascinent ou rassurent ; leurs facultés “ surnaturelles ” leur assurent un certain prestige et respect. Aminata, en classe de seconde, est pourtant réservée sur le sujet : « Si certains ont de réels pouvoirs étonnants, d'autres n'y connaissent rien et ne font qu'en profiter pour gagner de l'argent ». Alors, marabouts-génies ou charlatans ?
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