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21/03/2004 22:19Fleur TathereauxBamako Mali
« Fais-moi l'aumône, et Allah te le rendra le jour du jugement dernier ». Une simple balade dans les rues de Bamako peut donner un bel aperçu du fort taux de mendicité du pays. A chaque coin de rue, quelqu'un vous raconte son histoire et vous explique pourquoi il fait appel à votre générosité.
« Fais-moi l'aumône, et Allah te le rendra le jour du jugement dernier ». Une simple balade dans les rues de Bamako peut donner un bel aperçu du fort taux de mendicité du pays. A chaque coin de rue, quelqu'un vous raconte son histoire et vous explique pourquoi il fait appel à votre générosité.
Certains mendiants impotents ne sont pas en mesure d'exercer une quelconque activité. Ils « exercent » généralement par deux et leur méthode est imparable. Ils jouent sur la capacité des gens à s'émouvoir de leur handicap : dans 90 % des cas, l'un des deux est non voyant. Ils acceptent toutes sortes d'offrandes : de l'argent aux noix de cola en passant par les vêtements, ils vous en seront également reconnaissants. Hommes et femmes de tout âge, ces personnes ont fait de la mendicité leur métier.
D'autres au contraire, sont devenus mendiants par nécessité. « J'ai quitté mon village dans l'espoir de faire fortune en ville, mais j'ai échoué. J'en suis alors réduit à mendier » explique Kourek, un quinquagénaire qui fait la manche entre deux étals au marché.
Il survit plus ou moins grâce aux commerçants des alentours, qui de temps à autres lui cèdent un peu de nourriture. « Dans mon village, celui qui est inapte à travailler ou qui ne peut se prendre en charge est aidé et guidé par la communauté. C'est pourquoi j'étais persuadé que, en ville aussi, il y aurait toujours quelqu'un pour m'aider. Ici je pensais m'enrichir, mais personne ne m'est venu en aide, et j'ai vite abandonné mes illusions ». Aujourd'hui, Kourek n'a plus aucune attache en ville, n'envisage pas de retourner dans son village et ne croit plus en la légendaire solidarité malienne. Restent enfin les talibés (appelés aussi guéribou au Mali), jeunes enfants placés par leurs parents chez des maîtres coraniques, et qui les forcent à mendier. « Mon maître exige 5000 FCFA (7,50 €) par jour. Si je ne les lui apporte pas, il me bat » déplore un de ces gamins d'une dizaine d'années, qui aborde les passants près d'une station-service.
Les talibés sont supposés pratiquer la mendicité durant les deux ou trois premières années de leur enseignement. Ils peuvent ainsi comprendre comment vivent les plus démunis, pour se préparer à devenir des adultes solidaires. Mais la réalité est quelque peu différente. Les parents, pour la plupart, envoient leurs enfants chez ces maîtres coraniques afin de se libérer d'une charge. Délaissés par leurs parents, les élèves ne sont pas toujours correctement nourris par le maître et sont maltraités s'ils ne lui ramènent pas chaque jour la somme demandée. A Bamako, les mendiants font désormais partie du paysage. Ils font peur ou l'on s'apitoie sur leur sort, mais on compte peu d'organismes mobilisés pour améliorer leur situation.
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