Maman les p’tites pirogues…

04/05/2004 16:21Fleur Tathereaux et Lucie BlinTypo Mali
A Ségou, sur les bords du Niger, Boubacar Sinayogo dirige une petite entreprise de construction de pirogues. Rencontre.
A Ségou, sur les bords du Niger, Boubacar Sinayogo dirige une petite entreprise de construction de pirogues. Rencontre.

Dès le petit matin, Boubacar fait crisser sa lame sur la pierre pour l'affûter, c'est la première activité de la matinée. Ses employés, qui ont déjà arrosé le sol d'eau pour éviter que la poussière ne vole, sirotent un thé avant d'entamer le travail : la construction d'une pirogue de taille moyenne, qui sera achevée d'ici un mois.
Boubacar est reconnu parmi les piroguiers de Ségou, mais aussi dans d'autre pays. « J'ai un diplôme de piroguier. J'ai formé des apprentis en France pendant trois mois à Angoulême », souligne-t-il. Mais des différences de fabrication persistent « En France, on fabrique des barquasses (barques) et non des pirogues, mais nous avons pu travailler en parfaite collaboration, même si les méthodes ne sont pas les mêmes dans chaque pays. Nous avons importé du bois de Guinée, plus simple à travailler, » détaille-t-il.
Au Mali, on travaille à la corde et non au mètre. Il n'y a pas de plans, tout est dans la tête des piroguiers. « Lorsque je rentre chez moi le soir, je pense au travail effectué durant la journée et à celui qui nous attend le lendemain. » explique Boubacar. Contrairement au reste de la population, les piroguiers travaillent le dimanche. « Nous nous reposons le lundi et mardi, jours de marché. Les bords du Niger sont trop bruyants ces jours-là et nous avons besoin de calme » souligne l'artisan.
Ils prennent rarement le large, ils revendent leurs pirogues à des membres de leur famille qui travaillent dans le tourisme. « Je suis en contact avec une agence de Paris qui propose un circuit de Koulikoro à Ségou. » ajoute-t-il. « Cette agence m'envoie des clients pour mon frère qui organise des circuits sur le Niger. En échange il me reverse une part de ses bénéfices. »
Leur savoir-faire provient des Bozos, peuple qui affirme être le premier à avoir construit des pirogues. Seul un membre d'une famille de piroguier pourra à son tour devenir piroguier. « Je suis devenu l'apprenti de mon père alors que je n'avais que 7 ans. J'ai pris sa succession lorsqu'il en avait soixante. C'est un métier difficile et inconcevable pour qui ne l'apprend pas depuis son enfance, » observe Boubacar, qui a à son tour entrepris de former son jeune neveu.
Depuis une vingtaine d'années le rôle des femmes n'est plus à la construction de pirogues : elles prennent le large, vont à la pêche pour nourrir leurs familles. Elles ont su passer de la construction à l'exploitation.

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