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Mamadou Fané, prof et “ forgeron ” “ Un cobaye ”
06/05/2004 10:42Marie-Emilie CatierTypo Mali
Dans une société de caste comme l'est la société africaine, où les rites et initiations occupent une place centrale, chaque individu a un rôle dévolu. Le forgeron s'apparente au gardien d'une société traditionnelle voir traditionaliste, petit à petit rattrapée par la modernité occidentale mais y résistant farouchement. Mamadou Fané, l'une de ces sentinelles, se fait une idée particulière de son action : dépositaire des coutumes, oui, mais avec quelques "aménagements".
A 54 ans, Mamadou Fané, natif de Ségou, vient de revenir "au pays" après avoir longtemps vécu dans la capitale. Aîné de la famille, donc héritier du clan, il a dû reprendre, au décès de son père, le rôle de chef de la caste des forgerons. Cet homme grand, posé, au visage presque juvénile, assume donc les devoirs qui incombent à sa position. Le forgeron appartient à une caste intermédiaire, inférieure à celle des nobles mais supérieure à celle des esclaves et même des griots.
Mamadou explique avec fierté sa tâche. Tous les après-midi, il troque sa tenue de professeur d'histoire-géo au collège contre celle de conseiller traditionaliste, médiateur des conflits, chargés des relations entre familles, sculpteurs des masques de cérémonie.
Autrefois, le forgeron servait de conseiller, souvent militaire, à la Cour royale puisque sa capacité à manipuler le feu, le fer et le bois pour les armes en faisait un être sage et respecté. Cet homme de caste bénéficie toujours de cette aura de sagesse, héritée de son père. D'ailleurs, dans le pays les noms de famille apprennent beaucoup sur l'appartenance aux différentes castes africaines : ils désignent certes un groupe familial, mais aussi une descendance à laquelle s'attache un récit historique et légendaire, qui fonde les réputations dep
uis la nuit des temps.
Malheureusement, « aujourd'hui, déplore Mamadou, le forgeron perd son identité culturelle originelle ». En effet, les Maliens préfèrent envoyer leurs enfants à l'école, pour apprendre à lire et à écrire, plutôt que de travailler à la forge ou fabriquer des charrues, tout en apprenant auprès du père les caractéristiques de sa caste. « Moi-même, je préfère que mes enfants reçoivent une éducation », admet Mamadou. Dans sa famille, son grand-père est le dernier à avoir littéralement battu le fer.
Au sein de la société traditionnelle dont il est en quelque sorte le dépositaire, Mamadou se considère comme un "cobaye" (sic). S'il faut garder les liens sociaux que la société occidentale tend à détruire, le professeur entend bien combattre de l'intérieur les excès des traditions : il est ainsi un opposant déclaré à l'excision. Par ailleurs, Mamadou, qui a pourtant deux épouses, condamne la polygamie, estimant qu'il est injuste que les hommes aient plusieurs femmes alors qu'eux-mêmes ne tolèreraient pas de partager leur épouse avec d'autres messieurs. Une position qu'il juge moins contradictoire qu'il n'y paraît : « je peux parler de la polygamie en connaissance de cause, c'est pour ça que je la déconseille ».
Adhérant à certaines valeurs, mais en rejetant curieusement d'autres "de l'intérieur", Mamadou est un personnage ambivalent, "de son temps" : « Ce n'est pas parce que je suis allé à l'école des Blancs que je dois tout abandonner : la société occidentale comme la société traditionnelle a des avantages. A moi de concilier les deux et de le faire accepter par mes pairs ».
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