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Ma patrie... ma vie !
28/12/2002 02:27Eddy Petit
Le Vietnam a connu de nombreuses guerres et affronté de grandes puissances militaires. « Et pourtant nous sommes toujours là », observe Mme Tuc Phan Thi Minh, qui a voué sa vie à la Révolution. « C’est parce que nous avons su nous mobiliser en masse contre nos ennemis », explique l’ancienne résistante, qui, à 80 ans, continue de vanter les mérites du Parti.
« Avec les armes seulement, la victoire était impossible. Les combattants avaient besoin d’être soutenus par toute la population » , raconte Mme Minh, entrée dans la Résistance contre les Français à 21 ans. Elle ne s’est jamais servie d’une mitraillette, mais a participé à une « lutte sur tous les plans, » d’abord au comité des femmes, où il fallait « s'occuper du bien-être de la population, car l’ennemi essayait de nous rendre la vie impossible. »
« J'ai eu une existence bien remplie, et si je devais recommencer, je ferais la même chose » affirme-t-elle. Mme Minh consacre ses vieux jours à l’écriture d’un livre sur son grand-père, le premier à avoir compris qu’il fallait hausser le niveau de l’instruction et mobiliser la conscience nationale pour se libérer du joug colonial. Phan Chau Trinh (1872-1926), considéré comme le père spirituel d’Ho Chi Minh, est un héros national. Mandarin à la cour de Hué, qu'il trouve corrompue et à la solde de l'occupant, il abandonne son poste et part visiter le Japon, afin de mieux comprendre comment, en dix ans, ce petit pays est devenu une grande puissance.
Des années plus tard, sa petite-fille suivra ses recommandations : « Pour préparer la révolte contre les Français, nous avons commencé par améliorer l’instruction de nos enfants. Comme nous manquions de tout, nous recopions les manuels scolaires à la main. » Bien que dépourvue de formation diplomatique, elle rejoint en 1954 le ministère des Affaires étrangères à Hanoi. Dès 1970, elle participe à Paris aux négociations qui aboutiront en 1973 au retrait des troupes américaines du Vietnam. « Le plus dur, pendant cette période, fut de laisser mes enfants à Hanoi, alors qu'avaient lieu les bombardements américains. » Ambassadeur pendant plusieurs années, elle revient au ministère pour s'occuper des relations avec l'ONU, avec l’ambition d’observer, pour mieux appréhender les rapports de force dans le monde.
La connaissance de l’ennemi, ainsi que leur unité dans la difficulté, permettront aux Vietnamiens de résister. D'abord aux Français, des « petits calibres comparés aux Américains vraiment décidés à nous vaincre, » puis aux Chinois, qui attaquent le Vietnam en 1979 alors que la majorité de ses troupes est stationnée au Cambodge. « Ce fut un moment très dur politiquement, économiquement et militairement. » Tout le monde est mobilisé pour contenir l’invasion chinoise. On applique la même méthode que par le passé : pas de « guerre ouverte. » On se contente de repousser cet ennemi puissant, puis on envoie immédiatement des ambassadeurs pour rétablir des relations pacifiques : « Le contact n'a jamais été coupé ; on s'est bien gardé de toucher à l'ambassade de Chine à Hanoi. »
Les Vietnamiens n'oublient pas, mais il n'y a pas de ressentiment après toutes ces guerres : « Nous avons toujours fait la différence entre le gouvernement et les populations, qui elles aussi ont perdu des enfants et gaspillé des fortunes. »
Aujourd'hui le Vietnam change beaucoup « mais pas seulement en bien, » reproche l’ancienne résistante qui regrette qu’on retrouve la corruption jusque dans les rangs des héros de la Résistance. « Le Vietnam n'est pas exempt de tous les maux : corruption, contrebande, drogue et prostitution » , soupire-t-elle.
Les choix du Parti sont moins sujets à l’autocritique, même si elle reconnaît du bout des lèvres que les centres de rééducation, créés en 1975 lors de la réunification, l’ont été « dans la précipitation. » Cependant elle nie toute cruauté vis à vis des Vietnamiens qui avaient combattu contre la Révolution, et préfère parler d’un « travail d’explication. » Même réserve pour les boat people, phénomène qu’elle explique par des raisons économiques : « Le Vietnam était pauvre, ils sont partis chercher la richesse ailleurs. Les Américains, qui ne supportaient pas de nous voir reprendre une vie normale après la guerre, les ont encouragés. »
« Il faut que le Parti écoute le peuple pour choisir les bons dirigeants »
conclut-elle, sans d’ailleurs vraiment expliquer de quelle manière.
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