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Libres cours pour les handicapés
09/10/2008 08:43Alexis Hontang
Depuis 4 ans, l’école Rives de Saône de Chalon accueille une Classe d’Intégration Scolaire. Son but : faire suivre à des enfants de 8 à 11 ans souffrant de dysphasie un cursus scolaire – presque – ordinaire. « Le français est presque une langue étrangère pour eux », explique leur maîtresse. En France, plus de 40 000 enfants handicapés bénéficient de ce régime spécial.
Les joues rosies par la timidité, Jules se présente devant le grand tableau Velleda : « J’ai neuf ans. J’habite Saint-Rémy. J’aime le zoo. Je n’aime pas le cheval, c’est pour les filles ! » Hilarité générale dans les rangs. À côté d’eux, des classeurs et des livres s’empilent religieusement ; une carte de France trône sur le mur du fond, devant trois ordinateurs éteints. À première vue, c’est une classe ordinaire, une de celles qui font le quotidien de l’école primaire Rives de Saône
Or, les dix élèves qui s’expriment chacun leur tour devant cette audience intimiste souffrent de sérieux troubles du langage. « Le français est presque une langue étrangère pour eux », déplore Fabienne Billionnet, leur maîtresse depuis quatre rentrées. À chaque fin de phrase, elle rectifie ses écoliers, les encourage à faire des phrases plus longues et structurées. Mais, « tous les mots-clés sautent », se lamente-t-elle. Lors de sa brève présentation, Sylvain a poussé un grand « Oh non ! » quand sa maîtresse lui a indiqué du doigt un « depuis » inscrit au tableau, qui, oublié, a rendu sa phrase incompréhensible. « Ils ne disent que des mots. Ils ont ce qu’il faut dans la tête, mais peinent à le dire. »
« Beaucoup de patience… »
La CLIS, acronyme de CLasse d’Intégration Scolaire, a vu le jour en 2005 dans cette paisible école primaire posée sur les berges vertes de la Saône. Elle a pour mission « d’accueillir de façon différenciée des élèves en situation de handicaps afin de leur permettre de suivre totalement ou partiellement un cursus scolaire ordinaire », selon la circulaire n° 113, datée du 30 avril 2002, la dernière en date sur ce concept qui existe déjà depuis plus de dix ans.
Autre aspect de la loi : la spécialisation des handicaps par classe. À Chalon, on a affaire à une CLIS 1. « Nous accueillons donc des enfants dysphasiques. C’est-à-dire qu’ils ont des problèmes pour construire une phrase ». Rien à voir avec une CLIS 4 qui s’occupe des élèves souffrant d’une déficience motrice importante.
Comme Jules, certains enfants sont là depuis 2005. D’autres viennent d’effectuer leur première rentrée, à l’instar de Valentin, sept ans et demi, qui s’est rapidement familiarisé avec ses nouveaux copains de classe. L’effectif d’une CLIS ne pouvant légalement dépasser les douze élèves, les élèves peuvent jouir d’un important soutien. Or, chaque remarque, chaque prise de parole, chaque travail peuvent vite tourner au vinaigre. « L’atmosphère peut rapidement dégénérer », reconnaît Mme Billionnet, qui doit couramment enfiler sa tenue de policier, malgré elle : « Il faut avoir beaucoup de patience… »
Avec les élèves des classes dites « ordinaires »
Du temps pour étudier, pour écrire, pour lire – « Ils arrivent à lire… à défaut de comprendre… » -, un enfant inscrit en CLIS en bénéficie comme tous les élèves ordinaires qu’il côtoie quotidiennement dans la cour de récréation ou au réfectoire. « Pour mieux les scolariser, on essaie au maximum de les envoyer dans d’autres classes de l’école », explique la maîtresse. « Par exemple, ils étudient avec eux les mathématiques. D’ailleurs, ils n’ont presque pas de difficultés avec les calculs. Mais dès que l’on attaque les problèmes, ça se complique… »
Dans les tiroirs de son vaste bureau, installé en fond de classe, s’entassent les dossiers de suivi scolaire. « Chaque élève a un projet individuel. Des objectifs sont fixés pour chacun d’entre eux et pour les réaliser, ils ont des contrôles, des devoirs comme tout le monde ».
Si tout se passe bien, ils quitteront le niveau primaire. Les UPI – Unité Pédagogique d’Intégration -, comme en il existe une au collège Robert-Doisneau, prendront alors le relais des CLIS. Les jeunes handicapés auront donc toujours une main de libre sur laquelle s’agripper.
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