Liberté d'enseigner retrouvée

28/12/2002 02:27Margo
Le temps où le parti communiste imposait des programmes à la gloire du régime et du Conducator Ceauscu et freinait l'apprentissage des langues étrangères, est bien fini. Le système éducatif roumain se rapproche des systèmes européens.Mais l'école manque chroniquement de moyens pour faire accéder le plus grand nombre, et notamment les populations rurales, au savoir et à un futur métier.

Après 44 ans de communisme, le pays redécouvre la liberté d'expression. Au niveau de l'enseignement, cette évolution est fondamentale. Sous le régime dictatorial de Ceausescu, les programmes étaient directement issus du Parti et ils comportaient des cours sur la grandeur de la politique du gouvernement. Les langues étaient considérées comme nuisibles, on les étudiait le moins possible. Il n'était pas possible par exemple d'avoir une carte de France dans une salle de français, car cela aurait pu donner des idées d'exil aux élèves. De même, les étrangers n'étaient pas les bienvenus dans les salles de classe. A l'époque, pour donner un maximum de chance à leurs enfants, les parents se ruinaient pour leur payer des leçons particulières, beau principe égalitaire encore très à la mode actuellement en Roumanie.
A présent le système roumain est proche du système européen, avec l'école maternelle de 3 à 7 ans puis le cycle primaire intégré au lycée, allant de la première à la quatrième. Ensuite vient le collège qui dure quatre ans. A 14 ans l'école n'est plus obligatoire (mais le travail est autorisé seulement à partir de 16 ans!). Enfin vient le lycée, la dernière classe étant la douzième. Les lycées se déclinent en deux branches: les lycées théoriques et les lycées techniques qui comportent aussi des classes supérieures équivalentes aux BTS français.
Ces lycées sont équipés d'ateliers ou de laboratoires, mais qui datent souvent d'avant la Révolution: au temps du communisme les lycées techniques étaient parrainés par des entreprises qui y puisaient ensuite leur main d'oeuvre. Cela permettait à l'Education Nationale de consacrer son budget uniquement aux lycées théoriques. Après la Révolution beaucoup d'entreprises ont fermé, la situation est donc beaucoup plus difficile à gérer pour l'Etat qui doit maintenant financer lycées théoriques et lycées techniques.
Au lycée J.L. Calderon par exemple, les professeurs ont acheté des rideaux pour leur salle, les élèves se cotisent pour acheter les craies pour le tableau ou le papier pour la photocopieuse. Malgré ces conditions, le diplôme du bac considéré ici comme très difficile obtient 80% de réussite. Pour entrer à la fac le bac ne suffit pas. Il existe un examen d'entrée qui prend plus ou moins en compte la note du bac selon l'établissement.
A Calderon, le programme est très chargé, avec plus de 35 heures de cours par semaine, dont des cours de religion qui sont encore obligatoires. Ils varient selon la confession des élèves, orthodoxes pour la plupart. Cet établissement est très sélectif: il existe un examen de capacité qui sanctionne la dernière année du collège, puis un examen de français. En effet, bien que l'anglais soit la langue la plus étudiée, le français occupe une bonne place dans les statistiques nationales. Pourtant, de l'avis des professeurs, l'évolution est trop lente, les méthodes changent tous les ans, ce qui demande un travail énorme de réadaptation. Il a fallu sept ans pour pouvoir travailler avec des manuels alternatifs: les réformes sont ralenties par la peur du changement. A Timisoara une seule école date d'après la Révolution, la construction a duré onze ans tant les crédits annuels étaient minces.
Le problème réside dans l'inégalité entre lycées de ville et de campagne. En effet la population rurale n'est pas intégrée dans l'enseignement. Seul un tiers des élèves ruraux continue leurs études, car la réglementation qui rend l'école obligatoire jusqu'à 14 ans est difficile à appliquer. Il n'existe pas de ramassage scolaire, on abandonne l'école vers 12-13 ans pour travailler dans les fermes. Il existe cependant des bourses de mérite pour les bons élèves, et d'infimes bourses sociales dont le nombre est fixé pour chaque lycée. Les lycées théoriques ont beaucoup de succès, avec une préférence pour les langues et l'informatique, les jeunes Roumains sont attirés par les professions d'avocat ou de dirigeant d'entreprise, qui sont bien rémunérées. Les professeurs, quant à eux, sont regardés avec compassion, leurs salaires sont très bas. Cependant pour la majorité d'entre eux, le salaire ou les conditions de travail ne comptent pas quand on peut exprimer ses idées librement, ce qui leur a été interdit pendant plus de quarante ans.
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