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« Les électeurs votent ici pour des personnes et non pour des partis »
21/08/2009 10:51Quentin GuilletLa Réunion - St Philippe
Photos du piton de la Fournaise, lianes et odeur de vanille : les deux symboles de la commune de St-Philippe sont rassemblés dans le bureau d’Olivier Rivière. Le benjamin des maires de la Réunion, membre de l’UMP, élu en 2008, a reçu Typo. Cette jeune pousse de la droite locale aborde sa nouvelle fonction, les enjeux de l’île et la politique à la réunionnaise.
Typo : À 30 ans, vous êtes le plus jeune maire de la Réunion. Incarnez-vous le renouvellement politique de l’île ?
Olivier Rivière : Je n'ai pas la prétention de représenter la nouvelle génération d'élus. Le simple fait de contribuer au renouvellement de la classe politique est pour moi gratifiant et suffisant. Nous avons des hommes politiques qui sont là depuis des années, voire même des décennies. Un peu de changement, ça ne fait pas de mal.
Typo : Vous êtes maire UMP…
O.R. : (Il coupe) Je suis un maire d'Objectif Réunion. C'est un mouvement politique qui rassemble au-delà du parti UMP.
Typo : Est-ce qu'à la Réunion, les étiquettes politiques nationales ont le même sens qu'en métropole ?
O.R. : Non, elles n'ont pas le même impact. Je pense qu'à la Réunion, les électeurs votent pour des personnes et pas forcément pour un parti politique. Le logo UMP n'était pas présent sur mes affiches de campagne.
Typo : Conseil régional présidé par un élu communiste, Conseil général aux mains d’une présidente UMP… Quelle est la couleur politique de la Réunion ?
O.R. : De nombreux partis existent, mais aucun ne domine. Un peu à l'image du melting-pot propre à la Réunion.
Typo : En tant qu’élu d’une société aussi diverse, exercez-vous votre mandat en suivant une certaine logique communautaire ?
O.R. : Non, je ne joue pas au caméléon politique. On ne change pas en fonction des communautés. Je ne ressens pas de pression communautaire ni le besoin de m’adapter à telle ou telle communauté.
Typo : St-Philippe reste une ville typique de la Réunion avec son label « Village créole ». Souhaitez-vous maintenir la commune dans cette optique ou, au contraire, la moderniser ?
O.R. : Je pense que l'on peut concilier les deux. On ne va pas opposer modernité et authenticité. Il est vrai que St-Philippe reste une des rares villes à la Réunion à avoir gardé cette particularité. La population croît : il y a maintenant 5 100 habitants, ce qui fait de St-Philippe la deuxième « petite ville » de la Réunion.
Typo : St-Philippe est proche du piton de la Fournaise. Quels sont les impacts touristiques et naturels du volcan sur votre village ?
O.R : Le volcan est un point fort de la commune. Sa proximité vis-à-vis des habitants du Tremblet pose problème, car à chaque éruption ils doivent être évacués par principe de précaution. Cependant, il reste un atout considérable car il attire beaucoup de touristes et intrigue toujours autant les locaux qui sont fascinés par les éruptions. Mais il doit être davantage exploité au niveau touristique. J'ai d'ailleurs proposé, lors d'un conseil municipal, un nouveau logo pour St-Philippe qui met clairement en avant le volcan.
Typo : La Réunion a-t-elle besoin, selon vous, d’une plus grande autonomie vis-à-vis de la métropole ?
O.R. : Non, je n'emploierais pas le terme d'autonomie, mais peut-être de déconcentration. Je ne suis pas autonomiste. On se bat contre l'autonomie ou contre un quelconque référendum qui l'envisagerait. La question du statut de la Réunion ne se pose absolument pas. La Réunion est un département français depuis longtemps.
Typo : Comment expliquez-vous que la Réunion ne se soit pas enflammée comme les Antilles ?
O.R. : Il y a quand même eu des mouvements de grève. La différence, je pense, c'est que le dialogue a été maintenu. C'est ce qui fait que ça n'a pas dégénéré.
Typo : Certains préconisent la fusion du Conseil régional et du Conseil général dès 2014. Y êtes-vous favorable ?
O.R. : Non. Je ne souhaite pas d'assemblée unique. Chacune des deux institutions a sa compétence.
Typo : Et l'éventuelle séparation de la Réunion en deux départements, Nord et Sud ?
O.R. : Je pense que l'on fonctionne très bien avec un seul département. L'actualité, aujourd'hui, c'est le découpage législatif qui bascule St-Philippe dans la circonscription Est, ce qui est une erreur, car géographiquement, la commune de St-Philippe reste dans le Sud, que les instances de Paris le veuillent ou non. Il ne s'agit là que d'un découpage pour les législatives de 2012.
Typo : Ce découpage octroie deux nouveaux députés à la Réunion… deux nouvelles places à briguer. Serez-vous candidat à l'Assemblée nationale ?
O.R. : Certes les élections législatives, c’est bientôt, mais je viens juste d'arriver en politique. St-Philippe devra néanmoins être présent pour cette échéance.
Typo : Il y a à la Réunion un homme politique qui domine le paysage politique, c'est Paul Vergès, président du Conseil régional. Que retenez-vous de sa carrière politique ?
O.R. : C'est un pilier de la vie politique locale. Il est respecté par tous, quels que soient les partis politiques. C'est un homme qui a beaucoup travaillé, il est à l'origine de nombreux projets.
Typo : Quel mérite lui reconnaissez-vous ?
O.R. : Celui d'avoir été fin politiquement. Il est clair que c'est un homme d'expérience, un homme à qui on n’apprend pas à faire de la politique.
Typo : Des défauts ?
O.R. : Je suis trop jeune pour trouver des défauts à Paul Vergès.
Typo : Même s’il compte un opposant historique, Jean-Paul Virapoullé, on ne trouve personne pour le critiquer, y compris dans les rangs de l'opposition. Pourquoi ?
O.R. : Je pense qu'il y a un sentiment de respect qui domine, car c'est le patriarche de la vie politique réunionnaise. Au-delà de son appartenance à un mouvement politique précis, c'est un personnage politique incontournable.
Typo : Comment voyez-vous la Réunion dans dix ans ?
O.R : Avec une population beaucoup plus importante qui atteindra le million d'habitants. Alors se reposera la question du découpage législatif à ce moment-là (rires). Le dynamisme se sera accru, le tissu économique sera plus dense et peut-être y aura-t-il une lisibilité politique plus flagrante.
Typo : C’est-à-dire ?
O.R. : On parlait de la distinction entre le Conseil régional et le Conseil général. Il serait bon de clarifier la situation politique de chacun. Au Conseil général, il y a une présidente UMP avec une majorité politique socialo-communiste, ce n'est pas courant ! La présidente du Conseil général (Nassimah Dindar, NDLR) s'est donné une étiquette politique. C'est une majorité de circonstances qui s'est construite autour d’elle. Les Réunionnais ont du mal à comprendre, et j'en fais partie.
Typo : Vous étiez d'ailleurs candidat aux cantonales cette année ?
O.R. : Cette candidature s'est soldée par une défaite au second tour. Mais les échecs forment la jeunesse !
Typo a sollicité d'autres responsables politiques réunionnais. Aucun, en dehors d'Olivier Rivière, n'a donné suite à nos demandes d'interview.
Vers une région Mayotte-Réunion ?
Dans le cadre des États généraux de l’Outre-mer, un certain nombre d’élus politiques de la Réunion, dont les présidents du Conseil régional et du Conseil général, ont proposé la création d’une assemblée unique pour l’île. Fermement opposé à ce projet, Objectif Réunion a soumis une autre suggestion : une région française de l’océan Indien. Réel combat ou diversion sans lendemain ? Quoi qu’il en soit, une esquisse est sur la table : en plus de la Réunion, moteur potentiel de cet Espace Sud, et du futur département de Mayotte, cette institution regrouperait les Terres australes antarctiques françaises (Taaf). Les critiques essuyées visent le peu de pertinence qu’offre cette alternative au regard des dissemblances entre ces îles. Mais Olivier Rivière, maire UMP de St-Philippe, la défend : « On a une voix à faire entendre au niveau national et cette région aurait un poids plus important en France, malgré nos différences de culture et de religion dominante ».Commentaires: 1




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