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Les Balkans entre déstabilisation et intégration européenne
17/03/2008 08:40Ivan PETROV
Sofia, le 29 février 2008,
Les ministres des affaires étrangères des pays balkaniques se sont réunis les 27 et 28 février à Sofia (Bulgarie) pour la clôture du Pacte de Stabilité pour l’Europe du sud-est créé en 1999 pour stabiliser la région après une décennie de guerres qui avaient accompagné la dissolution de l’ex-Yougoslavie. Les ministres ont inauguré un Conseil de coopération régionale plus autonome par rapport à Bruxelles. Cette réunion est a été qualifiée d’ « historique » par le chef de la diplomatie bulgare Ivaïlo Kalfine. Selon lui la création du Conseil de coopération régionale montre que « la région prend en main son propre destin ». Néanmoins, ce qui a conféré à cette rencontre une dimension supérieure est le fait d’être la première depuis l’indépendance du Kosovo, autoproclamée le 17 février.
« La présence même de la Serbie et du Kosovo à la même table est révélatrice », estime M. Kalfine. « Ce fait est un signal très positif, un pas en avant très important, car il ne faut pas y avoir de trous noirs dans la coopération régionale », a commenté pour TYPO le vice-ministre bulgare des Affaires étrangères Lubomir Kutchoukov. En effet des représentants serbes et kosovars se sont retrouvés, mais sans se parler et les tensions n’ont pas tardé.
Le ministre des affaires étrangères de la Serbie, Vuk Jeremic n’a pas caché sa colère, qualifiant son pays de « victime d’un chantage ethnique ». Il a accusé les États-Unis et l’Union européenne (UE) d’imposer à la Serbie « un choix pervers », celui de décider entre le Kosovo et l’Europe. Pour faire avaler à la Serbie la perte du Kosovo, Bruxelles avait proposé à Belgrade un accord de rapprochement confirmant sa perspective d’adhésion à l’UE. Le gouvernement du Premier ministre nationaliste serbe Vojslav Kostunica l’avait refusé. L’indépendance du Kosovo avait également placé en position délicate le président proeuropéen Boris Tadic qui vient d’être difficilement réélu.
M. Jeremic a déclaré à Sofia que Belgrade porterait plainte contre l’autoproclamation de l’indépendance du Kosovo devant la Cour Internationale de Justice auprès de l’ONU. « Tant que la Serbie existe, le Kosovo sera serbe », a-t-il souligné.
« Il faut appeler les choses de leurs propres noms : la déstabilisation de la région à long terme est évidente », a répondu M. Jeremic à une question de TYPO.
Un ministre kosovar des Affaires étrangères n’étant pas encore nommé, le chef du gouvernement Hashim Thaci a renoncé d’assister lui-même à la rencontre pour ne pas mettre en difficulté les organisateurs face à la Serbie. Ainsi, le nouveau pays était représenté par Besim Beqaj, président de la Chambre de commerce, qui appartenait à la délégation du MINUK, la mission de l’ONU qui administre le Kosovo depuis la fin de la guerre en 1999. M. Beqaj a réagi sur un ton modéré aux attaques du ministre serbe : « C’est un fait que nous soyons ici. Nous traitons la Serbie de pays voisin. Nous leur tendons la main pour une future coopération », a-t-il ajouté en précisant que le gouvernement kosovar s’adresserait officiellement à Belgrade pour demander une reconnaissance de son indépendance.
Assurer la stabilité dans la région est sans aucun doute l’enjeu majeur devant les Balkans et une éventuelle déstabilisation ou encore « un effet de domino » reste le risque principal redouté par certains pays. Les profondes divergences au sujet de l’indépendance du Kosovo sur la scène mondiale sont flagrantes. L’Union européenne dont certains membres sont confrontés depuis des années aux revendications d’une minorité, n’a pu atteindre non plus une position commune sur cette question. Le Kosovo a déjà été officiellement reconnu par dix pays de l’UE dont l’Allemagne et la France, par les États-Unis et d’autres pays d’Afrique et d’Asie. Un autre groupe se déclare prêt à reconnaître le Kosovo dans un second temps. Il s’agit de neuf membres de l’UE, ainsi que de la Croatie, le Japon et la Norvège. Des réserves ont été exprimées par cinq pays de l’UE dont la Grèce et la République Tchèque. Pour leur part, l’Espagne, la Bosnie-Hertzégovine, le Chypre, la Roumanie, la Russie, la Moldavie ou encore la Géorgie se sont rangés du côté de la Serbie dans son refus de reconnaître l’indépendance du Kosovo. Cela s’explique par les tensions accrues dans ces pays qui craignent des revendications de sécession par leurs minorités. En Espagne, l’ETA demande de nouveau l’indépendance du Pays basque. La Russie qui lutte sur son propre territoire contre le séparatisme des Tchétchènes, menace d’imposer son veto à toute tentative de reconnaissance du Kosovo à l’ONU et dans les autres organisations internationales.
Le chef de la diplomatie serbe Vuk Jeremic a reproché aux pays balkaniques qui ont reconnu ou envisagent de reconnaître le Kosovo d’avoir trahi la solidarité régionale. « C’est une honte car au lieu de se rallier sous le drapeau de la solidarité régionale certains ont choisi de se ranger du côté de ceux à l’extérieur de la région qui mettent un trait d’égalité entre force et justice », a-t-il déclaré visant notamment les États-Unis.
Interrogé par TYPO si l’indépendance du Kosovo ne risquait pas de provoquer « l’effet du domino » dans la région et en Europe en encourageant d’autres minorités à faire sécession, le ministre slovène des Affaires étrangères Dimitrij Rupel a répondu : « Le Kosovo est un cas à part, on ne peut pas parler de précédent ». Lors de la rencontre à Sofia la présidence slovène de l’UE a appelé les pays balkaniques à se tourner vers l’avenir au lieu d’approfondir leurs divergences, position assez prudente mais décidément pro-européenne : « A l’avenir tous les pays des Balkans occidentaux seront membres de l’UE. Tous devraient être encouragés à s’engager à un soutien mutuel dans leur voie vers l’adhésion », selon M. Rupel.
Le ministre macédonien Antonio Milososki, dont le pays à forte minorité albanophone est voisin du Kosovo et de la Serbie, estime que la tension entre Belgrade et Pristina durera « non seulement des mois, mais aussi plusieurs années ». Il a toutefois affirmé ne pas craindre une déstabilisation de la Macédoine par des revendications de la communauté albanophone car celle-ci dispose déjà d’une large autonomie. « Tous nos citoyens jouissent des mêmes droits », a-t-il déclaré.
Le ministre roumain Adrian Ciorcianu a expliqué que des pays membres de l’Union européenne, même s’ils ont des partis ultra-nationalistes et radicaux, ne risquent pas beaucoup car des crises éventuelles peuvent être gérées au sein de l’UE. « Ce sont les pays à l’extérieur de l’UE comme la Moldavie, la Bosnie-Hertzégovine ou la Géorgie qui risquent » une déstabilisation à cause du « précédent » créé par le Kosovo, a-t-il dit.
Des dirigeants de la Republika Srpska (Serbes), qui fait partie de la Bosnie-Hertzégovine à côté d’une communauté croato-musulmane, ont récemment menacé de proclamer l’indépendance si le Kosovo était reconnu par l’ONU et par la majorité des membres de l’UE. Qui plus est, de violentes manifestations par la communauté serbe ont troublé l’ordre dans ce pays. À Sofia, le ministre Sven Alkalaj a malgré tout exclu que le pays puisse être entraîné dans « un effet de domino ». Selon lui, « il n’y a aucun rapport entre le Kosovo et la Bosnie ».
Le ministre albanais Luzlim Basha, le participant le plus optimiste à la rencontre de Sofia, a félicité l’indépendance du Kosovo. Il est persuadé qu’elle aura un effet positif sur tous les pays issus de la dissolution de la Yougoslavie parce qu’elle « contribue à la paix dans les Balkans en écartant le dernier obstacle devant leur intégration à l’OTAN et à l’UE ».
Le ministre a rejeté les accusations à Tirana de vouloir regrouper dans « une Grande Albanie » le Kosovo et des territoires de la Macédoine peuplés d’Albanais. « Certains hommes politiques serbes attisent les craintes de leur propre public, menés par des intérêts politiques à court terme. En fait, la seule union que l’Albanie et le Kosovo prévoient est l’Union européenne », a-t-il déclaré. « Dans une vision d’intégration à l’UE les frontières n’ont plus d’importance », a-t-il conclu.
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