Légitimités

28/12/2002 02:26Aurélie
Est-il anti-démocratique de manifester contre Jean-Marie Le Pen ? Les urnes ont parlé. Cet homme a été élu pour le second tour de l'élection présidentielle. Dès lors, avons-nous le droit, nous, citoyens, de prétendre que les voix de 17,2% des Français, nos compatriotes, sont illégitimes ?
Est-il anti-démocratique de manifester contre Jean-Marie Le Pen ? Les urnes ont parlé. Cet homme a été élu pour le second tour de l'élection présidentielle. Dès lors, avons-nous le droit, nous, citoyens, de prétendre que les voix de 17,2% des Français, nos compatriotes, sont illégitimes ? Est-ce faire preuve de fascisme, comme les membres du FN eux-mêmes le déclarent ?  La prise de conscience est rude. Combien d'hommes et de femmes culpabilisent aujourd'hui de n'avoir pas voté ? Leur silence coûte cher à beaucoup à présent… Pourtant, le choix a été fait en âme et conscience.  Par protestation, par découragement, par paresse peut-être… Pouvons-nous à présent tout remettre en cause parce que nous n'avons pas été suffisamment nombreux à nous mobiliser ? Pouvons-nous demander à parler alors que l'on a laissé passer son tour lorsque l'on nous a donné la parole ? Car le grand vainqueur de l'élection, le premier parti de notre pays  ce 21 avril, c'est bel et bien ce mutisme affiché. Comme une colère contenue, une rage sans mots contre un système politique décevant. Désormais, après l'électrochoc FN, la révolte renaît. Plus douloureuse mais aussi plus fraîche, plus belle. Est-il trop tard ?  Est-il anti-démocratique de manifester contre Jean-Marie Le Pen ? Est-il excessif de descendre dans la rue pour fustiger celui qui voudrait ramener la peine de mort dans un pays qui se veut celui des droits de l'Homme, un pays où l'on estime qu'aucun individu, qu'aucun système ne peut décider de la mort d'autrui ? Est-il injuste de se battre pour éviter la fin du regroupement familial des étrangers et la restriction du droit d'asile quand sur les frontons des mairies françaises sont affichés les mots liberté, égalité, fraternité ? Est-il condamnable de cracher sur la préférence nationale ?  Le peuple de France entend désavouer l'élection de dimanche dernier. Il ne s'agit pas d'une personne qui, seule, contesterait un résultat allant à l'encontre de son propre intérêt. Il s'agit de milliers de citoyens, indignés qu'on puisse les rendre complice de la haine de l'autre. Et les jeunes, accusés parfois à tort, parfois à raison, de boycotter le débat public, sont là. Enfin, ils expriment leur volonté politique. Une volonté qui refuse l'Etat policier comme seule réponse à l'insécurité. Une volonté qui dénonce l'égoïsme nationaliste. Aujourd'hui, des luttes anti-mondialisation aux manifestations de solidarité, le débat politique a changé de terrain. Il y a certes le vote, mais il y a aussi le rassemblement populaire spontané. Bien sûr, il faudra voter au second tour pour que cette fois le refus de Le Pen soit clair et écrasant. En attendant, les manifestations sont peut-être anti-démocratiques mais si c'est à ce prix que se rachète l'union d'un peuple et son amour pour la démocratie, il ne faut pas hésiter à payer l'addition.
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