Le témoin Aubrac

04/06/2003 14:07Marie-Emilie
Le 21 juin 1943, le résistant Jean Moulin est arrêté à Caluire, près de Lyon. Quelques jours après, il succombe à la torture. Cette année, nous commémorons le 60e anniversaire de la mort de cet illustre résistant. L’association « Horizons de l’Ecornifleur » a organisé des rencontres autour du thème « Commémorer, transmettre Jean Moulin ». Dans ce cadre, Raymond Aubrac, compagnon de Jean Moulin, est venu animer une conférence à l’Institut d’Etude Politique.

L’amphithéâtre est comble. Beaucoup d’étudiants mais aussi des moins jeunes sont venus écouter Raymond Aubrac. « Les témoins de la Seconde Guerre Mondiale deviennent rares, mais il ne faut pas oublier » souffle un couple âgé, comme pour justifier sa présence. Respectueusement, le silence se fait.
« C’est pour moi beaucoup d’émotions de revenir à Lyon, de revoir quelques camarades, de passer devant mes deux anciennes prisons » commence le vieil homme. Il raconte alors avec moult détails sa première rencontre, début 1942, avec « Rex », Jean Moulin, qui ne devient « Max » que plus tard. Malgré son âge (sic), 89 ans, il se rappelle avoir attendu sous les colonnes du théâtre de Lyon le jeune envoyé de De Gaulle, puis l’avoir suivi dans les pentes de la Croix Rousse. « Nous sommes entrés dans une petite maison et là, il a ouvert une boîte d’allumettes, a soulevé le fond et avec une loupe j’ai pu voir l’ordre de mission du Général… ». Mimant son récit, le voici qui pousse une porte, se cache, remonte son manteau. Aucun élément ne semble lui échapper et le conteur, trop absorbé par son histoire, ne s’assure même pas de l’effet produit sur son « public ». Celui-ci semble fasciné. Ce qui pourrait être un roman d’espionnage est rattaché à la réalité par les innombrables interventions provoquées par des personnes souhaitant savoir si l’ancien résistant a connu un père, un frère qui aurait appartenu au Mouvement de Libération Sud, comme le conférencier… D’autres s’interrogent sur la véracité des informations qu’ils ont récoltées sur Jean Moulin.


Chaque fois, Aubrac répond longuement, se perd dans ses souvenirs. Au travers de l’homme, de son expérience et de son témoignage sur Jean Moulin, c’est une partie des motivations des hommes de l’ombre que l’on perçoit. A la question « Pourquoi s’engager dans la Résistance ? » , qui lui fût sans doute des milliers de fois posée, l’homme répond de but en blanc : « Avez-vous déjà dit « c’est injuste » ? » . En effet, explique-t-il, tous ces résistants et Jean Moulin le premier, quelles que soient leurs opinions politiques et leurs croyances, ont un jour été ébranlés par ce sentiment d’indignation. « Il s’agissait de désobéir aux ordres pour obéir à ses convictions, à ses valeurs ».
Jean Moulin, rendu célèbre par le discours de Malraux et par son entrée au Panthéon en 1964, ne fut pas la Résistance à lui tout seul. Aubrac compare ce mouvement de l’histoire à un train dont J. Moulin aurait été la locomotive ; il avait une responsabilité centrale en tant que président-fondateur du Conseil National de la Résistance. Cependant, il ne faut pas oublier les autres résistants, « les wagons ».
Et Raymond Aubrac de conclure : « Par la commémoration du « héros républicain » de nos manuels d’histoire, c’est toute la Résistance qui doit être saluée ».

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