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Le Ruban Blanc : étreintes brisantes*****
02/11/2009 17:52Alexandre Mathis
Une Palme d'or permet à la fois de profiter d'une publicité conséquence et d'être au premier plan des critiques de tout genre. Que vaut le lauréat 2009? Verdict.
À bien des égards, le Ruban Blanc a des points communs avec There Will Be Blood. Son rythme lent permet soit de s'imprégner de l'univers pesant du film et de le trouver splendide, soit de ne pas accrocher et s'ennuyer ferme pendant plus de 2 heures. Il y a aussi cette soif pour le beau plan, souvent fixe, jamais bâclé. Paul Thomas Anderson et Michael Haneke se font un plaisir de garder des éléments sous-jacents, de faire trépigner le spectateur. Violents moralement, âpres voire austères, ces deux films cherchent à choquer, finement.
Blanc Glacial, Noir austère
Ces portraits explorent la déshumanisation des êtres vivants, les enfants en premier, soumis à un totalitarisme moral. Le mode de vie protestant, austère et traditionaliste, définit les bases d'un débordement autoritaire. Nul ne peut vérifier cette théorie. Elle exclut en partie tous les éléments sociaux économiques de l'époque. Il n'empêche, cette intrusion dans le quotidien paranoïaque de ce village fait réfléchir.
Tourné dans un noir et blanc absolument somptueux - le meilleur depuis Good Night and Good Luck-, Le Ruban Blanc peaufine son enveloppe prête à vous enlacer avant de vous étouffer. L'ouverture est un modèle du genre. On se croirait dans un film d'époque. Un fondu noir débouchant sur un plan fixe d'un homme arrivant à cheval. Ça paraît anodin dit ainsi. Dans les faits, c'est très beau. Un petit mot tout de même sur les deux génériques, assez ratés. C'est écrit tout petit, peu lisible, sans musique. Tout le reste n'est en revanche que précision. Réaliser chaque scène a dû se révéler un vrai travail de fourmi. Haneke nous a habitués à ce soin, mais là, il se surpasse. Il ne force jamais directement l'intimité et laisse des portes ou des murs entre la caméra et l'humiliation physique. La violence morale en revanche est présente à chaque dialogue. Les regards et les silences accentuent les malaises et les sous-entendus.
Alors, tout le monde n'accrochera pas à cet univers, un poil trop pédant. On peut aussi reprocher au réalisateur cette volonté constante d'étaler en longueur chaque conversation. De temps à autre, cela dessert le récit. Le Ruban Blanc méritait-il la Palme d'Or ? Pas sûr tant la façon dont ça s'était passé laisse dubitatif quant au choix du jury. Néanmoins, c'est l'un des meilleurs lauréats de ces cinq dernières années (avec Le vent se lève, et faute d'avoir vu l'Enfant).
Le Ruban Blanc, de Michael Haneke, avec Chrisitant Friedel, Leonie Benesch, Ulrich Tukur (All., 2h24, 2009)




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