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Le revers du CD
02/06/2008 08:44Alexis Hontang
Droits rarement touchés, CD piratés ou trop chers : si l’on n’est pas une idole de la musique, la scène reste le seul moyen de se faire de l’argent pour un artiste marocain.
« Au Maroc, on n’a pas de Fnac, de Virgin ! Les disquaires sont aussi très rares. » Une absence majeure qui ravit au plus haut point les pirates, qui vendent 10 dirhams ces singles plagiés sur les échoppes des boutiques. « Le piratage est très présent. L’État doit faire quelque chose ». Ces CD, ces DVD piratés, on ne les trouve pas dans des ruelles obscures des souks, on le trouve au grand jour, à la vue de tout le monde, comme dans cette grande rue commerçante et très fréquentée des touristes...
Dans les ruelles d’un souk, il est très fréquent de voir ces boutiques de bric et de broc arborer des lianes de singles, dont la couverture semble être d’une autre époque. Au Maroc, comme le déplore Nabil Khalidi, auteur-compositeur ayant fait carrière en France, il n’existe pas de points de vente comme dans l’Hexagone : « On n’a pas de Fnac, de Virgin ! Les disquaires sont aussi très rares. » Une absence majeure qui ravit au plus haut point les pirates, qui vendent 10 dirhams ces singles plagiés sur les échoppes des boutiques. « Le piratage est très présent. L’État doit faire quelque chose », alerte ce Fassi de 49 ans.
Les victimes à déplorer sont donc le client, qui paie un produit de mauvaise qualité, et l’artiste, qui ne touche aucun droit. « C’est comme si en France, on achetait des CD à 60 € ! Au Maroc, un smicard touche 50 dirhams par jour, or un disque est vendu 150 dirhams (13,50 €) dans les supermarchés. Le prix maximum devrait être 30 dirhams (2,70 €). » Ces prix sont calqués sur les années antérieures où tout était fait en France. Aujourd’hui, le Maroc s’est pourtant donné les moyens de ses ambitions musicales : « Les CD, les pochettes… On peut faire cela désormais. Maintenant, un CD nous revient à moins de 20 dirhams : 6,50 dh de fabrication et 10 de taxes. Et à ce prix-là, tout le monde gagne : le consommateur qui ne paie pas trop cher pour de la qualité et l’artiste, qui touche ses droits. » Malheureusement, des intermédiaires s’obstinent à garder ces prix pour eux très avantageux…
« On ne sait pas où l’argent passe… »
S’ils sont « en haut de l’affiche », les artistes ne sont pas aussi « riches » que le préconisait Charles Aznavour dans sa chanson « J’me voyais déjà ». « Malheureusement, même s’il est aimé par le public, l’artiste ne touche pas l’argent ! Seule une poignée d’artistes archiconnus y parvient. » La faute en partie à des droits d’auteur bafoués. Compositeur, Nabil Khalidi est touché de plein fouet par ces manques : « Il n’existe pas de SACEM (NDLR : la Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique gère la répartition et la collecte des droits d’auteurs en France). Seuls 10 % sont payés, et encore ! L’argent va au BMDA, le Bureau Marocain des Droits d’Auteur, qui distribue l’argent aux 15-20 plus grands artistes du Maroc. Pour le reste, on ne sait pas où l’argent passe… », regrette celui qui propose « de calquer le modèle de la SACEM ».
Pourtant, le Maroc compte des fans particulièrement assidus. Cet été, une vague de festivals, pour la majorité gratuits, touchera le royaume. À Rabat, le festival Mawazine, 7ème du nom, réunira les stars mondiales Whitney Houston et Juanes à la scène marocaine. À Essaouira, le festival de musique gnaoua battra son plein fin juin. Les organisateurs revendiquent plus de 500 000 visiteurs venant écouter ces rythmes enflammés. « Les Marocains écoutent toutes les musiques, du Maroc bien sûr, comme le châabi, mais aussi de France, Turquie, Liban… Actuellement, le rap cartonne. » La scène sauve donc les musiciens d’une noyade financière tandis que les artistes tentent de s’organiser, comme le conclut Nabil Khalidi : « On réfléchit à des solutions comme créer un syndicat… »
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