Le pouce baissé

04/02/2004 22:27NassimDijon Dijon
Trop souvent décrié le journalisme ? Pourquoi ? Est-ce vraiment à juste titre ? Pas si sûr !

Le journalisme garantirait la démocratie. C'est du moins ce que semble sous-entendre le dossier du Nouvel Observateur daté du 30 octobre dernier, et intitulé « la face cachée du journalisme ». Cette « enquête sur un métier qu'on aime haïr » s'inscrit dans une position défensive des principaux acteurs de l'information.
La presse écrite qui s'emploie à grossir les rangs de son lectorat auprès des jeunes, subit une critique grandissante. Or cette mouvance contestataire tient dans un paradoxe : d'une part on déclame contre la « frilosité » ; d'autre part on dénigre «l'impunité ». En effet, les journalistes sont accusés - par 70% des français selon un sondage BVA pour Libération – «d'éviter d'aborder des sujets qui pourraient gêner les gens influents », tandis que ces derniers condamnent une prétendue «impunité » des journalistes.
520 morts pour l'information
Il est vrai que nombre de figures politiques ont dû démissionner de leurs fonctions sous la pression médiatique, avant d'être innocentées par la justice. Roland Dumas, Dominique Strauss-Kahn...
Si certains professionnels semblent avoir perdu « l'amour de la vérité », pour le goût du sensationnalisme, ils ne constituent néanmoins qu'une minorité -la presse à scandale. Cette contestation de l'impunité de certains journalistes est d'ailleurs un faux procès : le journalisme ne constitue pas un quatrième pouvoir effectif en France.
Et à l'étranger, comme la campagne publicitaire de reporters sans frontières nous le rappelle, 520 journalistes ont été  victimes de l'information ces dix dernières années... En dépit de toute sa bonne volonté, le journaliste n'est pas un redresseur de torts qui ne connaît pas de contraintes. Comment alors lui reprocher sa frilosité tandis que sa liberté d'action n'est pas garantie ?
Plus de pressions ?
On évoque parfois dans les couloirs parlementaires la création d'une « instance de contrôle, d'une sorte de conseil de l'ordre des journalistes, qui dénoncerait publiquement les excès de tel ou tel ». Cela soulève l'indignation d'une profession qui souhaite conserver son indépendance justement pour délivrer une information de qualité, sans multiplier les pressions qui existent déjà.
Certes le corps journalistique est menacé par l'argent, la facilité ou les pressions politiques qui nuisent à ses investigations. Mais si nous voulons qu'il survive à l'échelle planétaire nous devons le soutenir dans ses combats et non le conduire à l'échafaud à la première erreur commise.

 

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