Le plus grand jour de sa vie : la bague au doigt

03/08/2008 14:50Anabelle BourotteMaroc

Passage indispensable dans la vie de chaque homme et femme, au Maroc le mariage suppose des règles particulières et des coutumes controversées. Mais, depuis une vingtaine d'années, son statut évolue.

Le mariage est plus une tradition qu'un acte religieux . Le contrat de mariage n’est ainsi pas consacré par un imam, mais par deux notaires, appelés laâdoul, qui vérifient les cartes nationales des futurs époux et contrôlent la dot que le père de la fiancée verse au mari.
Le mariage est plus une tradition qu'un acte religieux . Le contrat de mariage n’est ainsi pas consacré par un imam, mais par deux notaires, appelés laâdoul, qui vérifient les cartes nationales des futurs époux et contrôlent la dot que le père de la fiancée verse au mari.

« La famille, ici, c'est sacré ! » affirme Abdou, jeune Marocain habitué des mariages, expliquant ainsi l’importance de cet engagement qui constitue, à travers l’union de deux personnes, celle de deux familles. Le mariage est donc avant tout une fête familiale, où le père de la mariée va laisser passer sa fille sous la responsabilité de son futur mari, mais aussi une fête pour que l'engagement soit reconnu par tout le monde. Le respect du mariage est grand au Maroc : la virginité avant le mariage reste ainsi une condition fortement ancrée dans les mœurs.

Auparavant, le mariage durait sept jours ; maintenant, il se fait le plus souvent en trois.

La première journée est celle du henné : « Les symboles dessinés sur la peau des femmes comme des hommes sont censés porter chance aux futurs mariés. Le henné sert également à éloigner les mauvais esprits qui voudraient empêcher le bonheur du couple », explique Abdou.
Le deuxième jour se déroule chez la mariée, c'est le plus important. La journée et la nuit sont rythmées par les repas, les louanges aux jeunes mariés, les changements de costumes, les danses et les chants. Le troisième jour se passe chez le marié, dans un faste un peu moins marqué. Le soir venu, le mariage sera consommé et les draps souillés exposés aux invités sous un tonnerre de cris et de manifestations de joie : la jeune fille était pure, elle a honoré sa famille.
« Le mariage est plus une tradition qu'un acte religieux », déclare Abdou. Le contrat de mariage n’est ainsi pas consacré par un imam, mais par deux notaires, appelés laâdoul, qui vérifient les cartes nationales des futurs époux et contrôlent la dot que le père de la fiancée verse au mari. Le système de dot est très ancien, mais toujours obligatoire. Son minimum est de 25 centimes. « Parfois, les familles donnent des dots énormes comme ça les époux sont obligés de rester ensemble pour ne pas avoir à restituer la dot en cas de divorce », confie Abdou.


Mariage arrangé, mariage forcé

Le mariage arrangé est chose fréquente au Maroc, mais il n’est pas perçu comme un problème par la plupart des Marocains. « Le mariage ne se fait pas forcément par amour, remarque Abdou. C’est surtout pour la protection de la femme. » Que celle-ci l’ait choisi ou non ! Si la jeune femme n’est pas cultivée, c’est sa famille qui fera le choix qu’elle juge le plus profitable pour elle. Il lui est donc impossible de choisir elle-même l’homme avec lequel elle passera sa vie. Ce cas de figure est très présent dans les milieux ruraux, mais il est fort bien accepté. Abdou n’hésite d’ailleurs pas à déclarer que « mariage arrangé ne signifie pas forcément mariage forcé ». Et les jeunes filles, élevées dans le culte de l’honneur de la famille, n’osent pas forcément réfuter le choix de leurs parents.

On retrouve aussi cette pratique du mariage arrangé chez les gens riches qui, eux, choisissent les alliances en fonction de leurs intérêts économiques ou pour ne pas perdre leur patrimoine. Depuis une vingtaine d’années, une classe moyenne s’est néanmoins créée au Maroc amenant un certain assouplissement : les gens de cette classe moyenne choisissent eux-mêmes leurs partenaires et les soumettent ensuite à l’approbation de la famille.
La Moudawana - ou code de la famille - a par ailleurs apporté, depuis son instauration en 2001, des changements flagrants dans le domaine du mariage. L’âge légal du mariage a été fixé à 18 ans et la polygamie interdite, sauf dans le cas particulier où la femme est stérile et accepte le « ménage à trois ». La polygamie et les unions de mineurs étaient deux sources de refus du mariage qui maintenant sont peu à peu repoussées, rassérénant ainsi les jeunes femmes. Ce genre de réformes, initiées par Mohammed VI, sont pourtant fortement critiquées et contestées par certains fondamentalistes. Malgré ces critiques, les bienfaits de la Moudawana sont indéniables comme en témoignent les chiffres du Ministère de la Justice : la nouvelle législation a entraîné une augmentation de 11,6 % des mariages entre 2006 et 2007. Le respect des droits et des choix semble faire souffler un vent d’amour sur le Maroc…

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