Le Marais : du refuge au piège

05/01/2006 15:33Samuel Goëta
Fuyant les pogroms russes du début du XXe siècle, une importante communauté juive s'est installée dans le quartier du Marais à Paris. L'arrivée au pouvoir de Pétain annonce le début des persécutions jusqu'à la déportation massive.

Au début du XIXe siècle, les Juifs étaient peu nombreux en France : 40000 membres, surtout en Alsace. Mais dès 1880, la communauté juive s'agrandit avec l'arrivée de 110 000 juifs en provenance d'Europe de l'Est. Attirés par la tolérance religieuse en vigueur depuis la Révolution française et fuyant les pogroms, les Juifs se regroupent à Paris dans un quartier s'étendant de la place des Vosges à l'Hôtel de ville.

L'intégration de la communauté

Sous le surnom de Pletzl (petite place), le quartier devient peu à peu familier à la communauté. De nombreux commerces ouvrent et des confréries se forment. Le Pletzl est rapidement doté d'un lieu emblématique : la synagogue de la rue Pavée. Inaugurée en juin 1914, le choix de son architecte "art nouveau", Hector Guimard (connu pour ses entrées du métro parisien), suscite la polémique.
Le Consistoire crée en 1931, rue des Ecouffes, un oratoire afin d'enseigner la religion. Son nom, Roger Fleischman, est un hommage au premier bachelier ayant présenté l'hébreu moderne comme langue vivante, à une époque où cet examen est réservé à une élite.

Vichy : de la persécution à la déportation

Dès la reddition, l'Etat pétainiste promulgue ls premières mesures de persécutions contre les Juifs, précédant très souvent les directives allemandes. La "Révolution nationale" instaure progressivement un antisémitisme d'Etat. En octobre 1940 et en juin 1941, deux lois interdisent aux Juifs les métiers de la fonction publique et imposent leur recensement.
Le 13 août 1941, Samuel Tyszelman participe en tant que militant des Jeunesses communistes à une manifestation contre l'occupant. Interpellé, il est condamné à mort et fusillé le 19 août. Sa mort et celle de son camarade Henry Gautherot sont annoncées par une affiche en gros caractères noirs sur fond rouge. Le fait d'être Juif est une circonstance aggravante pour Tyszelman ; la propagande en fait l'illustration du "judéo-bolchevique".
Dès 1942, les Juifs doivent porter l'étoile jaune et apposer la mention "Juif" sur leurs0 papiers d'identité. Des contraintes invivables sont imposées : interdiction d'entrée dans les lieux culturels, dernier wagon du métro réservé, horaire spécial de ravitaillement.
En 1941, la politique de déportation débute par trois grandes rafles qui touchent plusieurs centaines de personnes. Le 17 juillet 1942, Paris connaît sa plus grande rafle, celle du Vel d'Hiv baptisée cyniquement "vent printanier". 13 152 juifs parisiens, dont 4115 enfants sont arrêtés par la police parisienne. La plupart périront à Auschwitz.
Après la guerre, malgré les décès dus à la déportation, le quartier juif s'est reconstitué surtout autour de la rue des Rosiers. Devenu un quartier branché, le Pletzl paraît loin de nos jours.

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