Le grin t'emportera

05/05/2004 14:55Marion GuillotteauTypo Mali
Qui, au Mali, ne connaît pas les grins ? Dans ces groupes organisés de discussion, on refait le monde à tout moment de la journée. Cela se passe entre amis, mais surtout, autour d'un verre de thé!

Dans la rue 240 du quartier Djélibougou à Bamako, il est 15h00 et c'est déjà la deuxième session de la journée qui débute, la première ayant eu lieu de 8h00 à midi. Disposition des sièges sur le large trottoir, préparation du fourneau qui servira à chauffer la théière, installation de jus de fruits à proximité pour se rafraîchir, tels sont les rites habituels d'ouverture de ce « grin de jeunes ».
« Les grins sont autant ouverts aux filles qu'aux garçons », affirme le chef du groupe, Mahamadou Diakité. Pourtant, cet après-midi là, parmi les sept jeunes présents, aucune fille ! « Actuellement, elles sont toutes à l'école », avance le chef – un titre surtout symbolique, qui sert toutefois dans les situations conflictuelles. Mahamadou a raison : la plupart de ces jeunes gens, disponibles presque toute la journée, ne sont plus scolarisés et souvent au chômage. « C'est le manque de travail qui pousse les jeunes à l'oisiveté », analyse Youssouf Traoré, étudiant en maîtrise de développement communautaire, qui se joint aux discussions lorsqu'il n'a pas cours. Les sentiments des adolescents pour les grins semblent paradoxaux : s'ils aiment se reposer autour d'un thé entre amis, ils ont parfois l'impression de perdre leur temps et en ressentent une certaine amertume.
Le grin réunit habituellement de trois à cinquante participants qui refont le monde ensemble. Mais Youssouf Traoré admet que ces plans de construction de châteaux au Mali restent de belles paroles et qu'il manque toujours les moyens pour les concrétiser. « Il y a six ou sept ans, le grin a voulu se choisir un nom », raconte à ce propos Kamara Omar, seulement 17 ans et déjà vendeur au marché depuis un an. « Ils en ont parlé pendant des semaines, mais comme personne n'était d'accord, notre grin n'a toujours pas de nom ! »
Et pourtant... Il naît parfois de brillants concepts lors de ces rencontres. Bacoum Seydou a 26 ans mais déjà 11 années d'ancienneté au sein du grin. Après sa longue période d'insouciance, il a décidé de remuer ce petit monde. Lui-même stagiaire dans une entreprise de métallurgie, il projette de monter une société d'assainissement avec ses amis et explique en riant : « je peux gérer mon  travail d'ouvrier en même temps que mon entreprise, il suffit de ne plus dormir ! »
Cette idée lui est venue avant tout par esprit de solidarité afin d'aider ses compagnons au chômage. Mais comme tous les autres projets imaginés, ce sont toujours les fonds qui viennent à manquer. Là, c'est l'Afrique de la débrouille qui entre en jeu : vente de carte téléphoniques dans la rue, organisation de fêtes pour les jeunes... Tous les moyens -légaux- sont bons pour récolter un peu d'argent !
En attendant, les discussions, même virtuelles, vont bon train : il est bientôt 18h00, chacun va marquer une pause pour vaquer à ses activités. Mais dès 20h00, c'est promis, chacun se retrouvera à nouveau, pour partager à nouveau convivialité et chaleur humaine jusqu'à l'aube. Grin du soir, espoir !

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