Le Forum Social de Nairobi : Un autre mode est-il possible ?
10/04/2007 15:54Marine Douillet.
Six lycéens bourguignons, Mélanie, Toufik, Justin, Laura, Marine et Sarah ont participé au Forum Social Mondial de Nairobi les 20 et 25 janvier derniers. Grâce à la Fédération Léo Lagrange, qui a lancé le projet, et au Conseil Régional, qui l'a financé, ces six jeunes ont vécu des chaleureuses rencontres et beaucoup appris. Mais violence et pauvreté étaient aussi au rendez-vous. Ils racontent.
Le Forum Social, manifestation des alter mondialistes, est né en 2001 à Porto Alegre en réaction au forum de Davos qui réunit les pays les plus riches de la planète. À Nairobi, nous sommes accueillis très chaleureusement, même si notre « petit » niveau d'anglais complique parfois les choses. Tout autour du stade où se tient le forum, des stands d'associations et d'artisanat sont dressés. Manifestations et danses traditionnelles vont bon train, des centaines de personnes du monde entier sont venues là pour échanger leurs expériences. Un sourire, un regard suffisent à engager la conversation, nous faisons alors la connaissance de Stanlus et Reagan, deux jeunes des bidonvilles qui nous retrouveront chaque jour. Au fil des jours, les liens se resserrent, nous les invitons à partager nos repas, leur offrons des T-shirts, ils souhaitent à leur tour nous offrir un présent. Mais leur quotidien n'est pas le nôtre, l'entrée au forum est inaccessible pour eux, l'achat du badge d'accès ne leur est pas possible, l'argent fait défaut. Ils ont en revanche une richesse que nous n'avons pas : ils parlent au moins trois langues.
Le premier jour nous assistons à une conférence assez théorique sur les nouvelles institutions internationales, nous y rencontrons Danielle Mitterrand. Tout au long de la semaine, des conférences sont données sur des thèmes tels que le travail des enfants, l'immigration, le commerce équitable, la dette des pays pauvres, le sida, l'OMC. Nous avons compris grâce à ces conférences les enjeux des problèmes internationaux. Quelques représentants d'associations nous exposent des projets, mais ils resteront difficiles à mettre en œuvre sans la coopération des pays du Nord et l'implication des Africains eux-mêmes.
À l'ambassade de France, nous rencontrons des personnes travaillant à l'ONU et mesurons le fossé entre les Kenyans des bidonvilles et les Français expatriés. Nous ne nous sommes pas sentis vraiment à notre place dans ces soirées mondaines où certains propos racistes ont été tenus.
À Nairobi vivent 3 millions et demi d'habitants, mais les deux tiers sont dans les bidonvilles.
Aussi, le dernier jour du forum, un marathon a été organisé à travers les bidonvilles avec pour slogan : « Un autre monde est possible, même pour les habitants des bidonvilles ».
Dans le cortège, 2 voleurs ont été abattus par la police, ce qui a provoqué des mouvements importants de foule. Difficile pour nous de savoir ce qui se passait. Réfugiés entre un feu de plastiques et des carcasses de voitures, la peur que la situation ne dégénère nous immobilisait. Un Kenyan a demandé à André, notre photographe, de prendre en photos ces exécutions arbitraires et de témoigner, de dénoncer de par le monde de tels agissements. Un autre kenyan a pu filmer la scène. Nous étions tous un peu paniqués, les enfants du bidonville nous mettaient en garde. Les habitants du bidonville ne semblaient pas affolés autant que nous, ces actes sont courants dans leurs quartiers. Au Kenya, 70 % des personnes en prison n'ont pas été jugées, on estime que 60 % d'entre elles sont innocentes.
Un concert devant 50000 personnes a clôturé le forum. Des appels à la paix, à la tolérance, à la solidarité ont été lancés. Noyés dans la foule, grande pour nous fut la surprise de retrouver Stanlus qui nous avait cherchés. Danses, rires, partage d'un bel après-midi haut en couleur, il a bien fallu nous quitter. Des adieux dans la douleur...
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