Le fléau de la malnutrition

06/05/2004 11:00Eloïse Dussably
« Si nos enfants meurent, c'est surtout de faim » confie le Dr Djibril Sangaré, chirurgien à l'hôpital du Point G, « Je vois souvent arriver des mères en pleurs, avec des enfants au ventre gonflé, du fait d'une hernie ombilicale liée à la malnutrition ». Cette dernière est sans nul doute le problème sanitaire numéro un au Mali.

L'état nutritionnel des enfants de moins de cinq ans est très préoccupant. La dernière enquête nationale effectuée en 1996 révèle que 11% des enfants de moins de 5 ans sont émaciés, 49% accusent un retard de croissance et 27% ont un poids insuffisant par rapport à leur âge. Cette situation est d'autant plus préoccupante qu'elle s'est considérablement détériorée au cours des dix dernières années. Durant la période 1987-1996, les taux de malnutrition des enfants de moins de trois ans ont pratiquement doublé.
Il existe de nombreuses disparités sur le plan régional : la région de Kayes compte deux fois plus d'enfants souffrant de malnutrition que les autres régions (22%, dont 14% atteints sévèrement) et les régions de Tombouctou et Gao, Mopti et Sikasso comptent près de 55% d'enfants souffrant d'un retard de croissance. La situation nutritionnelle est meilleure à Bamako et dans sa région, principalement grâce à un meilleur accès à l'eau potable.
En ce qui concerne les adultes, la maigreur est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. Les causes de la malnutrition semblent être liées au comportement alimentaire des femmes à l'égard des enfants et aux pathologies non ou mal traitées. Dans les villages dépourvus d'eau courante et d'électricité, c'est-à-dire dans la majorité des villages de brousse, l'alimentation, peu variée, se résume souvent au mil, au riz et à la viande de chèvre, et est donc dépourvue de fruits et légumes pourtant essentiels à la santé. Les carences nutritionnelles peuvent être des déficits caloriques simples ou des carences en micro-nutriments, le plus souvent vitamine A, fer ou iode.
Pour sensibiliser les populations à ce fléau, le Centre national d'information, éducation et communication pour la santé (CNIECS) distribue à Bamako et dans les petits villages alentour des dépliants expliquant, sous forme illustrée, les principes d'un repas équilibré. De même, des organisations non gouvernementales se mobilisent pour combattre la malnutrition : l'ONG Via Sahel a ainsi permis la vente de mil à prix subventionné lors de la famine de 2003 en pays Dogon.
Le Mali étant l'un des pays les plus pauvre de la planète, la santé de sa population ne peut guère être brillante. A elles deux, la malnutrition et la rougeole sont la cause de 62% des décès dans le pays. « La prise de conscience de ces problèmes a peut-être été trop tardive et les aides extérieures trop lentes » avoue tristement Djibril Sangaré. De plus, les pays étrangers ciblent la plupart de leurs aides sur le sida, oubliant ainsi tous les autres problèmes sanitaires, pourtant largement autant meurtriers. Les réactions ne paraissent pas aboutir à un résultat de grande ampleur mais les idées évoluent et peut-être que les aides se feront plus efficaces au Mali.

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