Le dernier cri à Bombay : les cours de soutien intensifs

31/12/2007 08:27Shwetabh Sinha
Dans une ville qui se dit la capitale commerciale d’un pays marqué par une croissance économique redoutable, les étudiants sont sous pression, et les enseignants battent le fer pendant qu’il est encore chaud.

Lorsque Sarah Fernandes s’est inscrite aux cours de soutiens de math chez Oxford, elle n’a fait que de suivre le mouvement. Passée en classe de terminale, elle voulait s’assurer de meilleurs lendemains. Tel est le cas de milliers d’autres étudiants, qui, tous plus ambitieux les uns que les autres, cèdent inéluctablement à la tendance populaire. Depuis quelques années, le nombre d’inscrits dans les cours du soir pour préparer le Secondary School Certificate [SSC, examens d’entrée d’études supérieures indiens] ne cesse de croître. Au Maharastra, ce phénomène semble s’être installé définitivement au cœur du système éducatif.

Les cours intensifs ont commencé il y a une bonne quinzaine d’années, à l’époque où la concurrence montait entre les meilleures universités du pays. Ces cours privés se déroulent en dehors de l’emploi du temps scolaire et peuvent coûter très cher. « C’est peut-être ça qui rend les étudiants, et leurs parents, plus sérieux. Puisque l’enseignement à l’école ne coûte presque rien par rapport à ce que vous payez dans ces classes privées, on a tendance à prendre l’école à la légère », explique une enseignante. « L’école n’est plus qu’une formalité dont vous n’avez besoin que pour accéder à votre diplôme.»


« Pour me préparer aux examens de SSC, je ne me fais plus de soucis. Je me suis inscrit aux cours de soutien, assure un jeune de classe terminale de quinze ans qui se passera l’examen final en mars prochain. Je m’en remets entièrement à ces heures sups’ pour avoir de bonnes notes à l’examen ». Avoir de bonnes notes à l’examen, ou avoir le maximum possible : les étudiants et leurs parents n’ont plus que ces mots-là à la bouche. Peu importe que l’étudiant en ait le potentiel ou pas. Pour obtenir l’impossible, ils font tout leur possible : ils assistent à des cours privés pendant plus de 12 heures par jour, y compris les weekends.

C’est la mienne la meilleure !

 En Inde, on accorde beaucoup d’importance aux notes du SSC car elles sont déterminantes pour accéder aux établissements supérieurs. La concurrence se fait de plus en plus rude à mesure que le nombre de candidats aux études augmente. Parents et étudiants sont devenus obsédés par ces examens finaux. Le choix d’un bon établissement est souvent une tâche angoissante. La presse publie chaque année, après les résultats du SSC, le classement annuel du Top 10 des écoles à intégrer. Mais loin de leur simplifier la vie, ce classement rajoute aux stress des étudiants. Intégrer une école figurant dans le Top 5 devient en soi un symbole de prestige. Lorsqu’un étudiant intègre une de ces écoles tant prisées, les parents n’en finissent pas de se réjouir de leur génie de bambin. Les autres parents, eux, sont en deuil !

L’école, je m’en fiche...

« À vrai dire, je suis contre ce système stressant des cours intensifs pour des enfants qui ont à peine grandi. C’est trop de stress pour eux, explique un père qui a inscrit sa fille au cours du soir. Mais ces cours sont devenus très populaires, si bien l’école passe au second plan. Dès que vous passez en dixième année, il vous faut au plus vite trouver les meilleurs cours intensifs qui soient ! Sinon, les enfants se sentent seul sur le dur chemin des études, et finissent par tout abandonner » désespère-t-il. Il pensait que sa fille n’aurait jamais besoin de ces cours de soutien, étant donné qu’elle a toujours fait partie du tiercé gagnant de sa classe.

 

Les enseignants de classes privées ne partagent pas cet avis. «Vu les conditions dans lesquelles les cours sont dispensés à l’école, cela ne m’étonne pas du tout que les enfants courent vers nous ! Dans une école moyenne, une seule salle de classe peut facilement compter 70 étudiants. Même si les professeurs prennent leur travail au sérieux et font le maximum, ils n’arrivent pas à prendre chaque élève en considération. Ceux qui sont assis dans les derniers rangs ont souvent l’esprit ailleurs. Dans nos coachings, on ne prend qu’une vingtaine d’étudiants par classe, ce qui nous permet de mieux connaître chaque élève et de mieux comprendre les difficultés qu’il affronte »explique M. Harish, directeur d’Oxford Coaching Classes.

Un marché lucratif en plein essor

M. Harish dispense des cours de math et de français le soir, et fait le même cours le matin à l’école. « C’est vrai que la plupart de mes étudiants sont ceux à qui j’enseigne le français à l’école ! Le soir, ils reviennent faire quelque chose de plus avancé qu’ils ne feront à l’école qu’un mois après. Mon but c’est de finir le programme en avance pour qu’ils n’aient plus qu’à appliquer et réviser. L’usage rend maître !» sourit, M. Harish.


Certes, l’usage rend maître. Mais pas seulement. Vous en devenez moins riche. Pour trois mois de cours intensif de français à Oxford Coaching Classes, vous payez entre 10 000 et 15000 milles roupies [170 à 260 euros]. Mais si ça vous rassure que vous enfants soient prêts à passer l’épreuve de français dix mois avant l’examen réel, cela vaut le prix!

Ce qui ne tue pas rend plus fort...


Difficile de dire si ces cours du soir influencent réellement les résultats de l’étudiant ou non. En tout cas, ces coachingsimposent un emploi du temps très contraignant. « En général, les étudiants sont obligés de consacrer presque 12 heures par jour aux études, et pas plus de six heures au sommeil et au repos, témoigne un professeur de cours intensif. Ils n’ont surtout pas de temps pour se distraire. Mais ils auront toute leur vie pour ça ».

 

 

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