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Le chef-d’œuvre inconnu
14/04/2009 07:05Alexis Hontang
Claude et Nicéphore Niépce ont créé en 1807 le premier moteur à combustion interne de l’histoire, le pyréolophore. 202 ans plus tard, Jean-Louis Bruley explore le sillon d’une invention totalement méconnue.
C’est une évidence, le nom des Niépce restera toujours accolé à une invention majeure de l’histoire, la photographie. Mais, avant cette découverte, ils ont consacré des années de recherches à une autre machine, toute aussi majeure : le moteur à combustion interne. En effet, c’est grâce aux expériences de Claude et de Nicéphore que le pyréolophore a pu voir le jour. C’était en 1807, sous le règne de Napoléon Ier. Un peu plus de deux siècles plus tard, l’invention des frères bourguignons continue de créer l’effervescence dans le milieu scientifique et historique. Comment pouvait-elle fonctionner ? Où se trouve le moteur originel ?
Jean-Louis Bruley est l’un de ces férus d’histoire et de mécanique, qui consacre une bonne partie de son temps à résoudre ce mystère. « En 1999, le musée Niépce retrouve des plans du pyréolophore mais ne comprenait pas trop ces schémas… », explique d’une voix posée ce professeur de génie mécanique en préretraite, « On m’a alors demandé d'en éclaircir le mystère, car les plans concernent le champ de l’application de la mécanique théorique ». C’est le début d’une longue histoire dont on n’aperçoit toujours pas l’issue…
Espionné par les Russes
« C’est d’abord un formidable outil pédagogique que j’ai utilisé avec mes élèves », poursuit celui qui a enseigné au lycée Niépce – ça ne s’invente pas – de Chalon-sur-Saône, « Cette machine utilise beaucoup la notion d’automatismes. Les Niépce avaient réussi à synchroniser tous les mouvements du moteur grâce à la technologie de l’époque, qui était exclusivement mécanique. Désormais, on utiliserait l’électronique. Ils étaient donc vraiment en avance. » Une avance qui suscita beaucoup de convoitises… « On a su, en 1949, en ouvrant les archives de l’Académie des Sciences de Russie qu’un espion du tsar était venu s’informer de l’avancée des travaux sur la photographie et le pyréolophore. Il était venu à St-Loup et avait dérobé 163 lettres que s’envoyaient Nicéphore et Claude. »
Aujourd’hui, en plus de satisfaire aux questions des visiteurs à la Maison Niépce à Saint-Loup de Varennes à 8 km de Chalon, J-L Bruley s’adonne à reconstituer dans sa grange un vrai pyréolophore censé faire avancer une barque, sur les bords de la Cosanne à Cheilly-lès-Marange, son lieu de résidence. Pourquoi pas, un jour le commercialiser ? En attendant, « le fait de refaire d’une façon moderne un moteur qui a plus de 200 ans est quelque chose de très excitant ». Des tests seront bientôt faits dans le canal. Mais sachez que les Niépce avaient réussi à aller deux fois plus vite que le courant de la Saône à Chalon…
Il faut aussi parfois quitter le monde des techniques et des sciences pour mieux comprendre les rouages du pyréolophore. Comme dit J.-L. Bruley, « j’ai cru entrer dans le laboratoire de Géo Trouvetou, je suis tombé dans un roman de Balzac ». Et la quête du moteur originel, celui que les Niépce ont eux-mêmes fabriqué, ne déplairait pas à l’auteur de La Comédie Humaine. « Il se trouve certainement dans une réserve d’un musée parisien », précise J.-L. Bruley en soupçonnant le musée du Louvre dont le premier directeur, Vivant Denon, partage les mêmes racines que les Niépce. Une page reste donc à écrire.
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