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La vraie valeur d'une origine
28/12/2002 02:27Denis
Toutes les fois où je suis allé en Bosnie avant la guerre, il y avait en moi ce sentiment qui me faisait penser que cette terre ne me concernait en rien. Avec la guerre, j'ai compris la vraie valeur qu'apporte une origine quand elle est l'autre moitié de ce que vous êtes.
J'ai compris tout cela quand j'ai vu ma mère pleurer le soir, quand j'ai appris la mort du père d'un de mes cousins, torturé parce qu'il était bosniaque et qu'il se défendait, j'ai compris tout cela et c'est ce qui compte maintenant.
Aujourd'hui, ma grand-mère et mon oncle et sa famille vivent encore à Sarajevo. Mon oncle n'a jamais vécu autre part qu'en cette ville et il dit qu'il y mourra. Voyez là-dedans l'esprit bosniaque. Il est bien différent du français. Il n'a pas toute les vicissitudes et les lâchetés de nos pseudo-morales venues par le seul fait qu'on nous apprend à mentir pour être conformes à la société. Mais là n'est pas le problème. Je ne dis pas que je suis épargné par ces morales qui nous limitent car j'ai grandi ici et malgré moi je suis tout autant que quiconque forcé à suivre les déterminismes que nous nous sommes imposés à nous-mêmes. J'espère que ce qui fait ma différence et que je me rencontre de cet état d'esprit. C'est à mon sens en ça que ma partie étrangère m'avantage . Elle me permet de prendre du recul sur deux fronts . A cela, il me plairait de penser que je suis apatride. Mais j’y renonce par le seul fait que mise à part ma famille restée à Sarajevo, les autres sont tous exilés un peu partout et que là où ils vivent aujourd’hui, ils se veulent bosniaque. Mais ils ont tout perdu : maison, ville, confiance et pays. En effet, pour la plupart ils viennent de Banja Luka et de ses environs. Banja Luka se trouve au cœur de la Bosnie. Aujourd’hui, cette ville est la capital de la république serbe de Bosnie et la ville a été vidée de tous ses habitants bosniaques, les hommes en général tués ou mis en camps de concentration. Mais il ne faut pas parler de génocide, dit-on. Alors je parle du fait que toute cette famille n’a plus de nation et qu’elle a été déracinée de ses terres
La dernière fois où je suis allé là-bas, c’était à Noël dernier. Je n’avais jamais vu Sarajevo à la couche blanche de neige et c’était très beau. Les collines autour de la ville étaient toutes blanches et avec le soleil, ça scintillait de tous les côtés. C’était l’époque du ramadan et par respect, je le fis en partie. Quand l’heure était venue de manger, une explosion tonnait. La ville, les mosquées s’allumaient et les mueddins parlaient du haut de leurs minarets. Leurs voix semblent magiques. Elles viennent en vous, vous rendent et quand elles , vous vous sentez vide mais heureux comme après avoir écrit un bon article.
Je retrouvais à Sarajevo deux de mes cousins que je n’avais pas vu depuis l’avant guerre. La grande sœurs décida de sortir avec moi et son frère, le soir. Quand vous êtes français, sortir à Sarajevo ne vous coûte rien. Le paquet de cigarettes vaut 1 DM, soit 3 F 30, le demi-verre de bière, 4 F 50 et le whisky, 7F. Dans ce que j’ai pu voir, les jeunes de la ville sortent beaucoup mais c’est les mœurs qui veulent cela. On dirait que la jeunesse se divise en deux à Sarajevo : ceux qui avec la guerre sont devenus croyants parce qu’on les tuait en tant que tels et ceux-ci sont sérieux dans le sens où ils ne boivent pas, ne fument pas et font perdurer certaines valeurs ; et d’autres qui ont perdu toute foi vers leur biens respectifs et le reste, ressentant le besoin de prendre du bon temps en compensation d’une jeunesse frustrée par la guerre. Mes cousins et ceux qu’ils me firent rencontrer font partie de cette deuxième classe. Ils s’amusent pleinement et en profitent car ils savent qu’il ne faut dorénavant rien repousser à plus tard. Je fus étonné de cela et quand je parlai de la guerre, ils me racontaient des histoires comme s’ils ne les avaient qu’entendues. J’ai vraiment passé du bon temps et j’ai découvert les coins de la ville où l’on peut s’amuser. Sarajevo est une ville magique.
Aujourd’hui, les exilés veulent rentrer et ils rentreront. Ceux qui sont restés là-bas vivent mais en fin de compte, la guerre est toujours là. Mis à part cela, pour eux, tout va bien.
Aujourd'hui, ma grand-mère et mon oncle et sa famille vivent encore à Sarajevo. Mon oncle n'a jamais vécu autre part qu'en cette ville et il dit qu'il y mourra. Voyez là-dedans l'esprit bosniaque. Il est bien différent du français. Il n'a pas toute les vicissitudes et les lâchetés de nos pseudo-morales venues par le seul fait qu'on nous apprend à mentir pour être conformes à la société. Mais là n'est pas le problème. Je ne dis pas que je suis épargné par ces morales qui nous limitent car j'ai grandi ici et malgré moi je suis tout autant que quiconque forcé à suivre les déterminismes que nous nous sommes imposés à nous-mêmes. J'espère que ce qui fait ma différence et que je me rencontre de cet état d'esprit. C'est à mon sens en ça que ma partie étrangère m'avantage . Elle me permet de prendre du recul sur deux fronts . A cela, il me plairait de penser que je suis apatride. Mais j’y renonce par le seul fait que mise à part ma famille restée à Sarajevo, les autres sont tous exilés un peu partout et que là où ils vivent aujourd’hui, ils se veulent bosniaque. Mais ils ont tout perdu : maison, ville, confiance et pays. En effet, pour la plupart ils viennent de Banja Luka et de ses environs. Banja Luka se trouve au cœur de la Bosnie. Aujourd’hui, cette ville est la capital de la république serbe de Bosnie et la ville a été vidée de tous ses habitants bosniaques, les hommes en général tués ou mis en camps de concentration. Mais il ne faut pas parler de génocide, dit-on. Alors je parle du fait que toute cette famille n’a plus de nation et qu’elle a été déracinée de ses terres
La dernière fois où je suis allé là-bas, c’était à Noël dernier. Je n’avais jamais vu Sarajevo à la couche blanche de neige et c’était très beau. Les collines autour de la ville étaient toutes blanches et avec le soleil, ça scintillait de tous les côtés. C’était l’époque du ramadan et par respect, je le fis en partie. Quand l’heure était venue de manger, une explosion tonnait. La ville, les mosquées s’allumaient et les mueddins parlaient du haut de leurs minarets. Leurs voix semblent magiques. Elles viennent en vous, vous rendent et quand elles , vous vous sentez vide mais heureux comme après avoir écrit un bon article.
Je retrouvais à Sarajevo deux de mes cousins que je n’avais pas vu depuis l’avant guerre. La grande sœurs décida de sortir avec moi et son frère, le soir. Quand vous êtes français, sortir à Sarajevo ne vous coûte rien. Le paquet de cigarettes vaut 1 DM, soit 3 F 30, le demi-verre de bière, 4 F 50 et le whisky, 7F. Dans ce que j’ai pu voir, les jeunes de la ville sortent beaucoup mais c’est les mœurs qui veulent cela. On dirait que la jeunesse se divise en deux à Sarajevo : ceux qui avec la guerre sont devenus croyants parce qu’on les tuait en tant que tels et ceux-ci sont sérieux dans le sens où ils ne boivent pas, ne fument pas et font perdurer certaines valeurs ; et d’autres qui ont perdu toute foi vers leur biens respectifs et le reste, ressentant le besoin de prendre du bon temps en compensation d’une jeunesse frustrée par la guerre. Mes cousins et ceux qu’ils me firent rencontrer font partie de cette deuxième classe. Ils s’amusent pleinement et en profitent car ils savent qu’il ne faut dorénavant rien repousser à plus tard. Je fus étonné de cela et quand je parlai de la guerre, ils me racontaient des histoires comme s’ils ne les avaient qu’entendues. J’ai vraiment passé du bon temps et j’ai découvert les coins de la ville où l’on peut s’amuser. Sarajevo est une ville magique.
Aujourd’hui, les exilés veulent rentrer et ils rentreront. Ceux qui sont restés là-bas vivent mais en fin de compte, la guerre est toujours là. Mis à part cela, pour eux, tout va bien.
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