La victoire des communicants

08/06/2008 21:16Thibault CoudrayRabat
Les grandes écoles de journalismes réclament désormais un Bac + 3 aux candidats qui se présentent à leurs portes. Sammy Ketz, directeur de l’AFP Maroc, s’insurge contre ce principe responsable selon lui d’une « liaison incestueuse » entre journalistes et communicants. Décryptage.

Samy Ketz dans son bureau de RabatActuellement, les très grandes écoles de journalisme tel ESJ (Ecole Supérieure de Journalisme) de Lille sont de plus en plus exigeantes avec leurs élèves. Très convoitées, elles sont l’entrée royale dans une profession possédant peu de débouchés. Pour postuler au concours, il faut déjà avoir une licence en poche. « Je suis opposé à ce système, explique Sammy Ketz directeur de L’AFP Maroc. Les futurs journalistes sont obligés de fréquenter les mêmes écoles que les communicants, de faire les mêmes études [IEP, écoles de commerces, etc. ndlr] avant le concours. Il se noue à cette période ce que j’appelle une relation incestueuse. » Les communicants comprennent alors comment présenter leur information pour qu’elle passe « comme une lettre à la poste » auprès des journalistes.

« Ils ont très bien compris l’esprit de compétition qu’entretiennent entre eux les journaux, raconte Sammy Ketz. » Si ce mode de fonctionnement pousse la presse à donner le meilleur d’elle-même, il peut également conduire à des dérapages. « Les hommes de pouvoir vous font croire qu’il vous livre une information inédite tout en exigeant de ne pas être cités, décrit sammy Ketz. Vous en référer au rédacteur en chef qui vous ordonne : ‘‘Vas-y coco, donne le renseignement sinon on va être à la traîne ! ’’ Et vous êtes forcé de vous y astreindre même si l’information vous paraît fallacieuse. » Les croquis, de la soi-disant forteresse aménagée par Ben Laden en Afghanistan, qui furent publiés dans la presse française et américaine sont des exemples qui illustrent très bien l’utilisation des failles du journalisme par les communicants.

Ne pas sombrer dans la théorie du complot

Samy Ketz dans son bureau de Rabat« Il est donc nécessaire que les journalistes aient un esprit critique pour ne pas être réduit à de simple scribe. Assure l’homme d’expérience. » Ce scepticisme dont doit faire preuve le reporter est également un moyen de ne pas sombrer dans la théorie du complot. « Ce comportement, qui consiste à croire que tout ce que l’on vous dit est le contraire de la réalité, est encore plus idiot, s’énerve le journaliste. »

En fin de compte, l’essentiel n’est pas d’avoir fait de grandes études, conclut le quinquagénaire. Je connais de très bons journalistes qui n’ont même pas leur Bac. Une grande ouverture, une bonne culture G et un esprit critique sont les principales qualités pour être un reporter talentueux. Dommage que les écoles par leurs exigences passent en partie à coter de ses vrais critères. »


Sammy Ketz a pris, en janvier 2006, ses fonctions à la tête du bureau de l’Agence internationale France presse (AFP) à Rabat. Avant sa désignation pour cette mission, Sammy Ketz a occupé plusieurs postes de responsabilité.
Il était envoyé spécial puis directeur du bureau de Bagdad (2026-2005), chef de projet d’une agence économique et financière pour le monde arabe, directeur régional pour le Moyen-Orient basé à Chypre, directeur du bureau du Caire et directeur du bureau de Jérusalem. Sammy Ketz a intégré l’AFP en 1975. (Source : Aujourd'hui Le Maroc)

  

 

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