La sniffe des boulevards

28/12/2002 02:27Meret
Avant la Révolution de 1989, la Roumanie, totalement isolée du reste de l'Europe et du monde, était pratiquement épargnée par les problèmes de drogue.Les quelques toxicomanes soignés dans les hôpitaux étaient d'origine étrangère. Mais depuis 1989, la toxicomanie et les maladies qu'elle entraîne sont devenues de véritables fléaux.

Après la Révolution, les frontières roumaines se sont ouvertes au reste de l'Europe et ont très vite permis à la drogue d'envahir le pays. Elle avait trois origines principales: l'Asie (Chine et Russie, via la Moldavie...), l'Afrique du Sud (par voies terrestres et maritimes), et le Moyen-Orient (Irak, Iran, Egypte, via la Serbie...). Depuis, la Roumanie est devenue le pays d'Europe de l'Est le plus touché par le trafic de drogue: elle compte le plus grand nombre de consommateurs. "C'est un phénomène accablant", estime Lucia Radescu, une psychiatre qui se consacre depuis sept ans aux problèmes de dépendance à l'alcool et à la drogue.
Les consommateurs sont de plus en plus jeunes.

Leur drogue préférée: l'héroïne. Les plus pauvres achètent une sorte de laque qu'on utilise pour peindre les maisons. Les tranquillisants, en vente dans les pharmacies, peuvent avoir le même effet lorsqu'ils sont consommés en quantité importante. Une loi est censée régulariser la vente de ces produits, mais le système de contrôle de la drogue est corrompu...
Des statistiques ont tenté de mettre en évidence les causes de cette consommation de drogue. Tout d'abord, la toxicomanie s'explique par une vulnérabilité psychologique du consommateur, une difficulté à se débrouiller seul, ainsi que par la curiosité, le désir d'essayer quelque chose d'interdit.
Les facteurs externes jouent aussi un rôle très important. Ainsi, le passage d'une économie communiste à une économie capitaliste a généré beaucoup d'angoisse et de stress. Les Roumains, confrontés à la concurrence, ont brutalement expérimenté les privatisations et les contraintes du libre-échange. Il est dur de résister à la tentation quand on est un enfant qui n'a plus rien à perdre, que l'on est obligé de vivre dans la rue, que l'on n'a pas accès à l'éducation et que l'on est contraint de faire la manche pour survivre.
Pour le moment, l'Etat adopte plutôt "la politique de l'autruche", nous confie le docteur Radescu. Il n' y a pas de prise de conscience générale du fait que la toxicomanie est un problème médico-social et qu'il faut essayer de le résoudre sur le fond, notamment en luttant contre la pauvreté.
Les quelques centres privés qui soignent les maladies (le premier centre de traitement des maladies de la drogue a été créé en 1996) n'ont que quelques places à offrir aux enfants de la rue et il est toujours aussi difficile d'apprendre aux jeunes à dire non à la drogue.
En effet, seuls quatre psychologues dans toute la Roumanie s'occupent de la prévention à l'école, dont deux à Timisoara (330.000 habitants). Ceausescu avait interdit l'enseignement de la psychologie ce qui a entraîné des insuffisances de personnel spécialisé. Jusqu'à présent, la lutte a principalement été menée par des organisations non gouvernementales (ONG).
Cependant on peut noter une nouveauté dans les lycées roumains. Durant une heure par semaine, les élèves peuvent parler de drogue et de sexualité avec leur professeur principal, et même rencontrer des professionnels de la santé.
Un début qui, on l'espère, fera en sorte que la Roumanie ne soit plus une plaque tournante dans les prochaines années.
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