La Roumanie moderne et démocratique : entre espoir et nostalgie
24/01/2008 13:30Bianca Nicoara
La Roumanie vient de célébrer les 18 ans de la Révolution de décembre 1989 qui a mis fin au communisme. En même temps elle célébrait, le 1er anniversaire de l’adhésion à l’Union Européenne (1er janvier 2007). Quels sont les progrès pour les citoyens après tant de sacrifices et de privations?
Le communisme est tombé lors de la révolution de décembre 1989 quand la rage du peuple, accablé par la pénurie d’aliments et de services de base et par le manque de flexibilité d’un régime profondément autoritaire, a éclaté de façon violente. Après les premières journées de liberté dans le chaos et la débâcle débuta l’effort pour conduire un pays qui n’avait jamais vraiment connu la démocratie sur la voie d’un régime politique démocratique. Ce fut une tâche que le peuple roumain a su accomplir : l’alternance existe, les élections sont libres, la séparation des pouvoirs est assurée. Pourtant, des combats restent à mener : il nous reste à lutter contre la corruption et œuvrer pour un vrai renouveau de la classe politique marquée encore par des figures de l’ancien le régime communiste.
Le progrès est visible aussi bien du point de vue politique que social, La liberté de la presse est garantie, les entreprises assurent un revenu enviable pour celles qui ont su profiter du passage à l’économie de marché.
La nostalgie du passé
Mais on est loin de la société sans classe tant prônée par Ceausescu, pour certains, le prix à payer a été lourd, le plein-emploi est un beau rêve, mais beaucoup regrettent le temps où sous le communisme tout le monde avait un emploi assuré. Le pouvoir d’achat n’a cessé de baisser pour certains qui se retrouvent aujourd’hui parmi les plus pauvres du pays. Il s’agit, le plus souvent, des paysans ou des retraités pour lesquels la période communiste est assimilée à un âge d’or. Ce regret du communisme, présent dans d’autres pays d’Europe Centrale, existe aussi chez les Roumains.
Pourtant « la marche vers l’Occident » a été couronnée en 2005 avec l’adhésion à l’OTAN et en 2007 à l’Union Européenne.
Après l’adoption d’un visage occidental avec des bâtiments modernes, des voitures chères aperçues même dans les petites villes, des supermarchés, symboles du capitalisme et de la consommation de masse qui naissent comme les champignons après la pluie, des magasins chic à la française avec des vêtements de créateurs consacrés, l’adhésion à l’UE vient comme une récompense, comme la consécration d’un statut : celui d’un pays stable, tant du point de vue politique que du point de vue économique, un pays avec une démocratie assez mature pour pouvoir assumer ses devoirs et ses responsabilités en tant qu’acteur sur la scène européenne.
Pourtant, l’Union Européenne demeure encore une entité inconnue, difficilement définissable. C’est une institution lointaine qui, en seulement une année, a réussi à énerver les Roumains avec ses prétentions et ses détails, ses normes et sa législation concernant des aspects de la vie quotidienne inchangés depuis des décennies. « Pourquoi faut-il avoir la cour d’une certaine dimension pour élever des poulets si jusqu’à présent les poulets se sentaient très bien dans une cour de quelques mètres carrés ? Comment l’UE peut-elle imposer sa loi dans ma cour ? » se demandent les paysans déconcertés. L’UE a encore besoin de temps pour devenir un concept, et encore un concept défendable pour les Roumains, pour acquérir une certaine légitimité, pour avoir une présence constante dans les vies des Roumains, pour être connue et comprise. Si la jeune génération était européenne avant l’adhésion et profitait déjà de la liberté de mouvement, les masses demeurent figées dans une attitude conservatrice qui a besoin d’un lourd travail pédagogique que personne ne fait pour l’instant.
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