La presse roumaine avant et après

15/12/2004 19:43Adrian Bucur
Entretien avec Monsieur Marcel Tolcea, journaliste et professeur à la Faculté de journalisme de Timisoara.

Reporter : Avant la révolution de 1989 la presse roumaine était différente et probablement limitée dans son expression. Comment avez-vous vécu ces jours-là ?   
Marcel Tolcea : Je parle de l`intèrieur parce qu'entre 1983 et 1986 jai travaillé comme correcteur dans la rédaction  du journal  «Le drapeau rouge» et la preuve la plus éloquente est le mot  «journal» . Lorsqu`on disait qu`on travaillait au journal « Le drapeau rouge » ! - « Le drapeau rouge » pour les Français est intéressant parce qu'il s'agit d'un tableau où – si je ne me trompe pas – Marrat est assassiné -  on ne disait pas « je travaille au Drapeau rouge » mais au journal. Pourquoi ? Parce que c`était le seul journal en roumain du département. Il y avait encore un journal en allemand, un autre en hongrois et en serbe. Quant aux autres aspects, ils ne seront jamais compris par un occidental : la télévision roumaine de cette époque-là n'avait que deux heures d'émision par jour. Chaque jour de 20 heures à 22 on pouvait suivre TVR1 ou TVR2 – les deux chaînes roumaines de cette époque-là, entièrement contrôlées par le département de propagande communiste .

Reporter : Nous savons qu`il y avait des villes en Roumanie où l'on pouvait écouter ou regarder des chaînes de télévision ou de radio étrangères ...
Marcel Tolcea : Opportunité qui a compté énormément . En ce qui me concerne et en ce qui concerne les habitants de l`ouest de la Roumanie c`est ainsi que nous avons pu regarder les matchs les plus importants de football. Il y avait ainsi des films extraordinaires. Néanmoins nous devons mentionner que jusqu`en 1971 la Roumanie a eu une presse « respirable ».

Reporter : Et enfin, la révolution de 1989. Comment la presse a-t-elle réagi ?
Marcel Tolcea : Il ne s'agit pas d`une révolution proprement dite. C`était plutôt un.... « coup-d'Etat-révo ». Disons plutôt « le changement de 1989 » ! Les premiers mois nous avons assisté à une véritable hémorragie de la presse sur le marché. À un moment donné, au mois de mai 1990, il y avait 58 publications à Timisoara. Le papier était bon marché, on réalisait tout cela « off set ». On avait l`impression que les gens « mangeaient » de la presse. Quand quelqu'un allait au marché il rentrait avec 7-8 journaux sous le bras. La télévision nationale est restée comme toujours asservie au pouvoir vu que la loi roumaine ne favorise pas une indépendance réelle. Immédiatement après la révolution des milliers et des milliers de journaux ont paru, des apparitions éphémères d'ailleurs.

Reporter : Vous avez affirmé que l'expression était contrôlée les premiers mois après la révolution. Comment caractériseriez-vous la décennie 1990-2000 ? Est-ce qu'on a ressenti la présence de la démocratie dans la presse ?
Marcel Tolcea : Évidemment. La censure a cessé son existence. Le parti unique a disparu lui aussi. Mais un autre type de censure a fait son apparition : si l'Etat detient le monoploe du papier et des imprimeries on ne pouvait pas parler d'une liberté réelle. Parfois on jetait certaines publications pendant le transport des publications qui n`avaient pas le droit d'être diffusées. C'est pourquoi l'apparition en 1992 du journal « Evenimentul zilei » (L'Événement du jour) qui a été un événement médiatique important. Ion Cristoiu (le directeur de cette époque-là) a offert à l'opinion publique un journal ayant des faits divers-parfois des faits divers inventés, beaucoup de violence, des crimes – qui répondait au sadomasochisme de l'opinion publique. On peut affirmer qu'après la lecture de ce quotidien on était reposé. Il avait un tirage de 500.000 exemplaires. C'était un signe que la presse devenait moderne au niveau des moyens employés mais en même temps il s'agissait d'un regrès, de la manipulation de l'opinion publique parce qu'elle s`est habituée au fait divers. Un deuxième événement médiatique important a été l'apparition du poste de télévision « ProTV ». Il a offert à ses téléspectateurs la possibilité de voir autre chose : un rythme alerte et une position agressive. A part ces deux événements j'ajouterais l'apparition des studios de radio locale : ils ont envahi les voitures, les magasins et toute la ville.

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