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La plus comorienne des Françaises et vice-versa
17/05/2009 08:37Alexis HontangSt Paul
Descendante du premier colon français des Comores, Vanessa Humblot étudie à la Réunion, avant de s’envoler prochainement pour la métropole. Exclue de son pays natal, elle possède dorénavant la nationalité française… mais garde un œil sur les Comores.
La scène se déroule dans une salle sombre d’un lycée de Saint-Paul. Avec deux camarades mahorais, Vanessa déclame le texte d’une pièce de théâtre sur le melting-pot réunionnais, en vue d’une représentation en public en fin d’année. Toujours le sourire aux lèvres, la comédienne de 17 ans bute parfois sur certains mots. Elle a une excuse : le français n’est pas sa langue maternelle. Vanessa Humblot a quitté les Comores il y a un an pour étudier l’agronomie et l’environnement à la Réunion. « Pour moi, c’était urgent de partir », lance-t-elle, en abandonnant cette fois pour quelques secondes, son sourire.
« Aux Comores, je me sentais exclue à l’école. » C’est que la demoiselle porte un lourd fardeau depuis sa naissance un 6 juillet – jour de l’indépendance – à Mitsamiouli, sur l’île des Grandes Comores : elle porte le nom du colon qui a rendu français cet archipel. « Lors de l’indépendance, en 1974, ma famille a été chassée. Seul mon grand-père est resté, arguant qu’il se sentait plus comorien que français. » Mais les rancœurs sont tenaces. « On me traitait comme une voleuse de terres ! J’étais révoltée contre tout ! J’ai même parfois envie de fomenter un coup d’Etat – c’est ce que l’on fait là-bas, non ? – pour établir la démocratie et la justice », poursuit-elle, sérieuse.
En classe de quatrième, elle entre au collège français de Moroni, la capitale. Dans la foulée, elle acquiert la nationalité française. Aujourd’hui, Vanessa vit en paix à la Réunion, « même si sa famille lui manque un peu ». Quand elle aura passé son baccalauréat, un nouvel exil de taille s’imposera à elle. Direction la métropole. Plus précisément Quetigny (Côte-d’Or), pour passer un « BTS Aménagements paysagers ». Elle aimerait un jour travailler pour Greenpeace. Avec le secret espoir de retourner aux Comores, en fin de carrière. Son « coup d’Etat » attendra encore un peu.
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