La francophonie, un projet de solidarité

03/04/2008 09:01

Cristian Preda, professeur Roumain, secrétaire d’état pour la francophonie et conseiller présidentiel à l’éducation et à la recherche, est un acteur important du développement de la francophonie en Roumanie, francophonie qui représente selon lui  projet politique dont l’objectif principal est de tisser de la solidarité

Quelle est votre fonction actuelle et quelles sont vos actions en faveur de la francophonie ?

La fonction à laquelle je tiens le plus est celle de professeur : d’ailleurs je suis le  doyen de la Faculté des Sciences Politiques de l’Université de Bucarest, où pour l’une des sections l’enseignement se fait exclusivement en français. Je suis en même temps conseiller présidentiel pour l’éducation et la recherche, et de plus  le représentant personnel du Président pour la francophonie. J’occupe cette dernière fonction depuis le mois de septembre 2005, quand j’ai été désigné aussi secrétaire d’état pour la francophonie. J’ai été secrétaire d’état pour la francophonie au Ministère des Affaires Externes depuis septembre 2005 jusqu’au mois de  mars 2007 : dans cette période je fus l’organisateur du onzième Sommet de la Francophonie. Depuis le mois de mars 2007 je suis le président de la commission politique de la Francophonie, une commission qui se réuni à Paris, le siège de l’organisation, les représentants des 69 pays membres. Par cette fonction j’ai participé aux négociations des décisions prises par les états francophones dans le domaine politique, mais aussi aux activités comme l’observation des élections : l’année dernière, par exemple, j’ai été au mois d’avril à Mali, en qualité d’observateur aux élections présidentielles de ce pays.

 

Quelle importance accorde la présidence de la Roumanie à la Francophonie?

Le projet francophone le plus important qui a mobilisé la Présidence et le Gouvernement de la Roumanie, est le système des bourses Eugène Ionesco. L’idée a été lancée pendant le Sommet de la Francophonie à Bucarest. La Roumanie a exprimé alors le désir de contribuer au développement des politiques francophones. Le domaine choisi a été celui des politiques de l’éducation et la  Roumanie s’est engagée de faciliter l’accès des jeunes francophones à l’éducation universitaire.

Les bourses Eugène Ionesco représentent l’instrument d’un projet solide de coopération, parce que la Roumanie a déjà une expérience d’aide pour le développement depuis les années du communisme, quand des milliers de jeunes des pays mal développés venaient faire leurs études ici. Maintenant, comme pays membre de l’Union Européenne, la Roumanie doit contribuer au développement des pays pauvres. Les Bourses Eugène Ionesco sont attribuées en priorité aux doctorants et chercheurs scientifiques des pays du Sud, attirés par les universités de Roumanie qui ont des centres d’excellence en français.

 

Comment pouvez vous caractériser la visite en Roumanie et le message lancé par M. Nicolas Sarkozy le Président de la France à cette occasion ?

La visite toute récente du président de la France M. Nicolas Sarkozy en  Roumanie a été un succès, car ce fut l’occasion pour conclure un accord important de coopération bilatérale. D’ailleurs le domaine de l’éducation et de la recherche figure sur la liste des domaines  privilégiés de cette coopération.

 

Que signifie la francophonie pour vous, personnellement?

La francophonie signifie, premièrement, de la solidarité. Il s’agit de la solidarité dans son sens de valeur universelle. Nous la retrouvons même aujourd’hui, parce que la société contemporaine réagit de façon solidaire seulement dans des cas catastrophiques, dans des moments critiques. La francophonie s’est articulée comme projet de construire la solidarité avec les pays du sud. L’élément qui distingue la Francophonie dans paysage des organisations internationales – l’éparpillement de l’usage du française dans le monde – ne doit pas nous tromper : la Francophonie n’est pas un projet culturel, mais c’est un projet politique et le sens profond du ce projet politique est celui de tisser de la solidarité.

 

Quel message adresseriez-vous aux jeunes qui étudient le français en Roumanie ?

Aux Jeunes qui apprennent le français j’adresse un message simple : apprenez cette langue pas seulement parce qu’elle est parente avec le roumaine, mais parce qu’elle sera d’avantage dans l’avenir. Dans quelques années, chaque citoyen de l’Europe devra connaître, pour réussir dans la carrière choisie, au moins deux langues européennes. La Roumanie a, d’ailleurs, au niveau européen, le taux le plus haut d’élèves qui étudient le français comme une langue étrangère. Le français est enseigné par un nombre important de très bons professeurs. Moi-même, je garde le souvenir de tous mes professeurs de français, de la première année d’école jusqu'à la faculté.

 

Quelles mesures peuvent être mises en œuvre pour le développement de l’enseignement bilingue en Roumanie ?

En Roumanie, le français n'est plus la première langue apprise, elle est la deuxième. Cette position doit être consolidée, parce qu’elle évoque la tradition de notre modernité politique et culturelle. La consolidation de la position occupée par la langue française dans le paysage des langues étrangères enseignées en Roumanie ne peut pas se faire qu’avec une attention accordée à la formation des professeurs – ceux-ci doivent être soutenus pour avoir accès aux derniers instruments pour enseigner, mais aussi instruments d’évaluation développés en France, comme dans les autres pays francophones. De l’autre côté c’est absolument nécessaire de doubler l’accès aux produits culturels français et francophones. C’est vrai, qui apprendrait le français s’il ne peut l’utiliser ? C’est nécessaire pour tous ceux qui apprennent cette langue de pouvoir lire des livres dans cette langue, d’écouter de la musique, de voir des films etc., en conclusion c’est pour bénéficier de la diversité culturelle qui « porte » cette langue parlée à Paris, Dakar ou Montréal. Les Bibliothèques et les vidéothèques publiques devraient être alimentées avec ces références sans lesquelles le français resterait une langue morte. 

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