La drogue, un plaisir...qui tue

13/07/2006 10:30Andreea Popovici, Adriana HurdubeiTypo Roumanie Chalon sur Saône
Le Docteur Thierry Prud'Homme, médecin, chef de projet, nous parle de sa mission au SDIT (Service Départemental d'Intervenants en Toxicomanie) qui prend en charge des patients toxicomanes de Saône et Loire,Le SDIT-Sauvegarde 71 est un centre spécialisé de soins aux toxicomanes, agréé par le Ministère de la Santé. Il assure le suivi médical des patients victimes de conduites addictives et propose des actions de formation aux étudiants, aux professionnels de santé, de l'éducation nationale et aux travailleurs sociaux.

 T : Quelle est l'activité que vous exercez dans votre établissement ?
 M. Prud'Homme : le SDIT a 2 missions : prendre en charge les gens en difficulté par rapport à leur usage de substances psycho actives, et organiser des actions de prévention surtout pour le public jeune, mais aussi les plus âgés.

 T : Les jeunes dont vous vous occupez, que vous informez, viennent-ils d'eux-mêmes vers vous, ou vous allez-vous vers eux pour les conseiller ?
 M. P.H. : Ils viennent ici pour être pris en charge. Il y a un principe que l'on respecte toujours : c'est l'anonymat. En sachant que l'anonymat aujourd'hui est plutôt virtuel. En effet, pour obtenir les ordonnances pour les médicaments de substitution, les patients sont obligés de décliner leur identité, d'autant que le traitement est pris en charge à 100 % par la Sécurité Sociale. Il y 15 ans il y avait très peu de prise en charge médicale. Aujourd'hui les gens peuvent venir ici pour demander notre aide. Notre travail est de mettre en relation les personnes dépendantes avec les dispositifs dont on dispose : médecin psychiatre, psychologue, infirmière ou assistante sociale.


Des consommateurs toujours plus jeunes.


 T : Quelles sont les catégories sociales qui sont les plus touchées par la drogue ?
 M. P. H. : Toutes les catégories sociales sont touchées par la drogue. Les toxicomanes ne sont pas que des gens en situation précaire, c'est ce que l'on croit, mais il y a aussi d'autres personnes qui n'ont pas de difficultés sociales et financières, mais qui sont dépendantes de la même façon que les autres. Le sédentarisme, l'isolement, la solitude, le mal être, la dépression fragilisent les personnes.

 T : Comment et quand les jeunes commencent-ils à consommer la drogue ?
 M. P. H. : Les premiers produits consommés aujourd'hui sont le cannabis et l'alcool. Les jeunes commencent à consommer à partir de 13-14 ans. Il y a cinq ans, ils commençaient à y goûter vers 15- 16 ans. C'est quand même très très tôt, le problème est exactement le même avec le tabac.
La première approche se produit généralement à l'occasion d'une fête entre copains. Certaines personnes consomment directement de la cocaïne ou de l'héroïne sans jamais avoir touché au cannabis. En revanche, certains usagers de cannabis ne passeront jamais à la cocaïne ou à l'héroïne. Aujourd'hui, 15 % de la population jeune a consommé au moins une fois du cannabis entre 13 et 15 ans.
Il est vrai que la dépendance arrive lorsque la personne est fragilisée physiquement et psychologiquement, lors de ruptures scolaire, familiale, sociale, personnelle ou professionnelle. La drogue nous transporte dans un paradis artificiel, elle nous éloigne de notre quotidien, mais petit à petit, l'enfer survient car la personne ne passe son temps qu'à chercher de l'argent, pour s'approvisionner. Elle volera, elle revendra souvent elle-même des produits toxiques pour trouver de l'argent, deviendra délinquante.


Un marché fluctuant, mais toujours dangereux


 T : Quelle est la différence entre les drogues dures et les douces ? Quel est le risque le plus grand : les cigarettes, les cachets, les drogues injectables ?
 M. P. H. : La distinction qu'on fait entre les drogues dures et les douces est à bannir du langage. Il n'y a pas de drogues dures et de drogues douces. Elles sont toutes dangereuses quand elles sont prises tous les jours, plusieurs fois par jour pour compenser l'état de manque qui s'installe parfois sournoisement. Toutes les drogues peuvent tuer. Si vous prenez une seule fois de l'héroïne ou vous buvez de l'alcool une fois de temps en temps en quantité modérée, vous ne vous mettez pas en danger. Le danger c'est la répétition des prises qui induit l'accoutumance et qui impose de trouver chaque jour sa dose nécessaire.

 T : Comment fonctionne le marché des drogues ? Quels sont les prix ?
 M. P. H. : Le marché est fluctuant, il change beaucoup, c'est comme la bourse. Le marché des drogues est inondé par des produits de mauvaise qualité. Donc il est variable. Par exemple, un gramme d'héroïne coûte environ 40 €, si la qualité de la drogue est meilleure, on peut l'acheter 100€ le gramme. Les cachets d'ecstasy coûtent environ 8-10 € le comprimé.

 T : Quelle est la différence entre drogues synthétiques et naturelles ?
 M. P. H. : La drogue synthétique est un produit comme l'ecstasy, qui est fait d'amphétamine et d'autres mélanges inconnus particulièrement dangereux. Les drogues naturelles sont l'héroïne qui vient du pavot, la cocaïne extraite des feuilles de coca, et le cannabis dont toute la plante est exploitable. 

 T : Hier j'ai vu un garçon dans le bus qui avait un petit morceau qui ressemblait au chocolat, mais il l'a allumé et après il a fait un joint ; qu'est-ce que c'était ?
 M. P. H. : De la résine de cannabis. C'est ainsi que se fabrique le joint. La plupart des jeunes ont sur eux de « l'herbe » ou peut-être un morceau de « chocolat », et ce n'est pas bien, c'est illégal en France.


La France, première consommatrice de drogue !


 T : Est-ce que vous êtes contents des résultats de votre travail ? Est-ce que vous avez des gens qui ont renoncé à la consommation à la suite de votre accompagnement ?
 M. P. H. : Oui, je suis content de notre travail et cela se voit sur nos visages et sur les bons résultats qu'on a eus. Il y a beaucoup de gens qui ont renoncé à consommer des drogues, mais on ne parle jamais de guérison tant les rechutes sont envisageables. Les toxicomanes n'ont pas de patience. Ils veulent sentir le plaisir tout de suite quand ils consomment, ils veulent oublier leurs problèmes et il y a de plus en plus de gens qui commencent à consommer ces substances psycho actives de plus en plus jeunes.

 T : Par rapport à d'autres pays, à quelle place se situe la France en ce qui concerne la consommation de drogue ?
 M. P. H. : La France se situe à la première place des usagers de drogue ! C'est dommage, alarmant, mais c'est la vérité et sachez que la consommation est interdite !

 T : Quels sont les risques si on mélange la drogue et l'alcool ?
 M. P. H. : C'est que l'association des 2 produits potentialise, c'est-à-dire augmente les effets de l'autre.

 T : Et si on consomme une seule fois, est-ce qu'on risque d'être dépendants ?
 M. P. H. : Non, si on consomme une fois, ce n'est pas très grave car cela n'amènera pas à l'état de dépendance et on n'aura pas de soucis avec la police et la justice. Mais si on a un gramme de drogue ou plus sur nous, on risque d'être attrapé et arrêté par la police et peut-être mis en prison pour longtemps, entre 3-4 ans.

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