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La chasse : au-delà de la tradition, le débat
09/11/2004 10:19Maxime Corneau et Christel Pesant - LegaultTypo Québec France
La chasse à tir comme la chasse à courre suscitent en France des débats publics de plus en plus virulents. Celui-ci se déplace maintenant dans les sphères politiques. À la passion sportive et culturelle s’opposent les idéaux écologiques. Les uns crient au plaisir issu de la tradition, les autres parlent de respect de l’environnement et de clarté financière. Entre fédérations de chasse et Parti Vert français, les désaccords sont flagrants, mais les terrains d’entente quasi inexistants.
La forêt est silencieuse. Les sept chasseurs sont aux aguets. Soudain, des aboiements de plus en plus nombreux se font entendre. « Ce sont nos vieux chiens. Eux, ils ne se trompent pas. Je crois bien qu'ils ont trouvé un lièvre », chuchote un jeune homme posté à l'orée des bois. Trois coups de cor retentissent à travers l'épais feuillage. Immédiatement, tous les chasseurs se lancent à la poursuite de leurs chiens, déjà loin devant.
Fin d'après-midi ensoleillé en Saône-et-Loire, l'un des départements de Bourgogne. Depuis un peu moins d'une heure, un groupe de chasseurs fouillent la forêt de la Ferté pour trouver la piste d'une proie. Une fois repérée, ne reste plus qu'à ne pas la perdre. Les dix-sept chiens s'en chargeront.
Dans cette région, près de 60 000 personnes pratiquent la chasse. De ce nombre, environ 200 s'adonnent à la chasse à courre. Des dizaines de curieux suivent aussi chacune des sorties. La chasse à courre, aussi appelée vènerie, se pratique en France depuis le Moyen Age. Une meute de chiens constitue la principale arme de ces chasseurs hors normes. Leur stratégie : poursuivre la proie jusqu'à l'épuisement. Pour ce faire, certains sont à cheval, d'autres à pied. Les hommes n'utilisent pas d'armes à feu, seulement une dague servant à l'occasion à achever une bête. Le rôle des maîtres est essentiellement de diriger les chiens dans la bonne direction. Les chiens peuvent trouver la voie... mais ne la suivent pas nécessairement dans le bon sens !
Depuis quelques années, cette pratique suscite des oppositions au sein de l'opinion publique. Entre autres, les écologistes critiquent ouvertement cette tradition. Pour la Fédération de la chasse de Saône-et-Loire, cette controverse est tout à fait normale. « Nos chasseurs intègrent la mort dans la pratique de leur passion. Il est clair que c'est difficile de le faire accepter par l'opinion publique », note Édouard Lamy, président du regroupement.
À travers les champs de colza, les chasseurs courent à fond de train derrière leurs protégés. Le jeu n'a de direction que celle que le lièvre lui dicte. Herbes longues, boue, champs de maïs ou forêt dense, rien n'arrête la proie qui joue sa vie. Sans avertissement, la meute s'arrête et se regroupe pour renifler. « On a été pris en défaut. Les chiens ont perdu la voie du lièvre », fait remarquer un chasseur à bout de souffle. Pendant de longues minutes, la traque se poursuit. En vain.
Même s'ils n'attrapent pas l'animal, la chasse ne sera pas pour autant un échec. « Pour nous, c'est le plaisir d'avoir des chiens, de les emmener à la chasse et de les reconnaître seulement au son de leur voix sans les voir », souligne David Roy. Ce jeune passionné de 26 ans pratique la chasse à courre depuis 13 ans. « Le lièvre a pour armes principales la rapidité et surtout la ruse. L'homme n'est ni rapide, ni puissant et il n'a pas d'odorat. C'est donc uniquement avec le dressage des chiens qu'on se procure la rapidité et l'odorat. »
La vènerie est bien ancrée dans les coutumes rurales. Son avenir semble toutefois plus nébuleux. En plus d'être en marge de l'opinion publique, le recrutement de la relève complique la perpétuation cette tradition. « C'est difficile d'intégrer un jeune dans une association où les gens sont beaucoup plus âgés que lui ». Pour Édouard Lamy, il faudrait que les institutions scolaires soient impliquées dans la promotion de la chasse. Il sera ainsi possible de rejoindre les jeunes en groupe et non individuellement.
L'avenir de la chasse n'est cependant pas en danger, selon Édouard Lamy. Les membres de sa Fédération constituent une force politique non négligeable. Un parti officiel défend même leurs intérêts à l'Assemblée nationale depuis 15 ans. Aux élections présidentielles de 2002, le parti Chasse, pêche nature et traditions a recueilli en France 4,23% des votes. « L'avenir de la chasse sera menacé le jour où le nombre de chasseurs sera infime dans une population indifférente ou pire... hostile ».
Avec le soleil qui tombe, la journée de chasse s'achève. Les chiens, infatigables, rythment toujours le pas. Leurs aboiements résonneront dans les champs jusqu'à la nuit. Cette fois le lièvre en sort gagnant. La déception ne se fait pas sentir sur le visage des vieux copains. Il n'est pas rare de rentrer bredouille. L'an dernier, sur 50 sorties, ils n'ont attrapé que dix lièvres.
La chasse en rose...très peu pour les Verts !
La chasse française regroupe aujourd'hui un million d'adeptes. Si ce nombre est percutant, il l'est d'autant plus pour les quelques dix mille membres du Parti Vert en France. Ces écologistes militent pour que leur gouvernement assure un meilleur contrôle de la chasse.
Dans un pays où chaque parcelle de territoire est occupée, la présence des chasseurs suscite parfois de la méfiance. « Même le mercredi, jour de congé dans les écoles, ils ont le droit de chasser. Des enfants se promènent régulièrement près des forêts... » s'inquiète Robert Benas, un militant écolo bien connu de Lyon. Pour que les citoyens puissent circuler en toute sécurité dans les bois, le Parti Vert demande le retour du Jour sans chasse tel qu'il existait jusqu'en juillet 2003.
Seconde inquiétude des Verts : la protection de la faune. Dans les années ‘90, des espèces comme le sanglier, le chevreuil et le faisan ont été menacées de disparaître des forêts françaises. « Ces populations ont été repeuplées, mais avec des animaux domestiques ! Aujourd'hui, il est commun qu'un faisan vienne manger dans la main d'un cultivateur. Je ne vois plus l'intérêt de chasser dans ces conditions » fait valoir Marie-Claude Colin, porte-parole du Parti Vert en Saône-et-Loire.
Les Verts font aussi remarquer que la chasse reste une affaire de gros sous. « Les chasseurs sont obligés de cotiser à une fédération, ce qui leur permet d'encaisser d'énormes sommes d'argent. Il s'agit-là d'un lobby très puissant. » Pour Marie-Claude Colin, le manque de transparence des fédérations de chasseurs jette même une ombre sur les élections. « On peut douter de l'utilisation de certains fonds. Des sommes qui pourraient servir à financer des campagnes électorales... Ce qui est complètement illégal. »
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