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L’inéluctable migration des canards
16/03/2008 09:40Simon GaillardChalon
L’information est un phénix qui renaît de ses cendres. Alors que les journaux papier sont de moins en moins prisés, la presse en ligne connaît un essor fulgurant. Pourquoi Rue89, AgoraVox, Mediapart, CafeBabel prennent-ils leur essor.
Internet : cette révolution démocratique qui guette
Dans les faits, l’indépendance reste le leitmotiv de cette migration des canards vers le web. Certains adoptent les recettes publicitaires (plus fructueuses sur internet) et la gratuité, tandis que d’autres optent pour des formules avec abonnement (MediaPart). Toutefois, tous fleurissent avec le même objectif : redémocratiser l’information. En ce sens, « Rue89 n’est pas une déclinaison de Libération », précise Augustin Scalbert journaliste au site concerné, bien qu’il soit dirigé par des anciens du journal de Laurent Joffrin. « Avant tout, Rue89 possède une ligne éditoriale humaniste et participative ! ». Voilà l’innovation : la participation. À l’aide d’une connexion Internet, un espace d’expression gigantesque permet aux internautes de participer à l’actualité. Les « courriers des lecteurs » présents dans toutes les versions papiers ne représentent qu’une goutte d’eau face à l’océan de commentaires qui inondent les journaux en ligne. Dans une vidéo mise en ligne sur l’hébergeur de vidéo Dailymotion (www.dailymotion.com/Mediapart), le président de Mediapart, Edwy Plenel, suggère qu’il faut « une presse qui appartienne à ses lecteurs », qui entretienne « une conversation démocratique (…) en échangeant, en débattant ». Ainsi replace-t-on le citoyen au centre de l’engrenage de l’information : telle semble être la clé de voûte de ces pages fictives qui se substituent peu à peu au papier journal.
Une dématérialisation du travail journalistique non sans inconvénients.
Le foisonnement de blogs en tout genre alimente fortement le débat. Denis Wuyam, journaliste au Journal de Saône-et-Loire, résume ainsi la situation : « ça peut être formidable, et ça peut être aussi lamentable. ». L’absence de règles pousse, en effet, quelques pseudo- journalistes-écrivains à user de cet art pathétique. D’autre part, la presse quotidienne nationale et locale s’arme de sites Internet. Les journaux en ligne les plus lus restent en vérité ceux de la presse papier. Ainsi, le groupe « Le Monde » possède une rédaction indépendante en charge de la version numérique du journal. Cet exemple reste néanmoins isolé. Cas de figure courant : les rédactions s’occupent des pages internet et de la version papier. Le Journal de Saône-et-Loire a, par exemple, épousé cette méthode.
Enfin le principal désavantage des canards numériques reste leur champ d’action. Fracture numérique oblige, la presse en ligne n’est pas consultable par tout un chacun. De plus, M. Wuyam met en garde : « L’émergence d’Internet crée une exigence de rapidité. Et la rapidité ne fait pas bon ménage avec la rigueur, c’est-à-dire la vérification de l’info ». Cependant, « les règles de base du journalisme s’appliquent quel que soit le média » ajoute le journaliste. En bref, le métier de rédacteur ne connaît pas de modifications profondes, « si ce n’est lorsqu’il livre sa copie ». Et qu’en est-il de l’informé ? « Il est gagnant, à condition de multiplier ses sources, et de croiser les infos ».
Pour le meilleur et pour le pire.
Internet, malgré ses « faiblesses », s’impose comme un nouveau vecteur d’information. Hors de contrôle, il est capable du pire comme du meilleur. La toile semble redémocratiser un domaine que le citoyen avait déserté depuis quelque temps. Et c’est tant mieux ! Pour la démocratie et pour la sauvegarde de nos libertés individuelles. « Occupe-toi de la politique avant que la politique ne s’occupe de toi ! ». Une maxime de mai 1968-pourtant au bord de la liquidation !- reprendrait-elle des couleurs ces temps-ci ? De plus, le monde numérique que proposent les canards en ligne épouse parfaitement leur époque. Entre vieux grimoires et modernisme, le journalisme sur Internet est devenu une valeur sûre sur les plans économique et démocratique.
Toutefois, la croissance fulgurante d’Internet ne sonne pas le glas de la presse traditionnelle. La radio n’a pas tué la presse écrite, la télé n’a ni tué la presse écrite ni la radio. Perspicace, Denis Wuyam analyse : « Que vend-on pratiquement à chaque acheteur d'un ordinateur ? Une imprimante ! Tant qu'il y aura des arbres, il y aura du papier. Et on écrira dessus. »
Sitographie
Rue89, "votre révolution de l'info"
www.rue89.com
AgoraVox, "le média citoyen"
http://www.agoravox.com
CafeBabel, "site européen d'informations"
www.cafebabel.com
Mediapart : lancement dimanche 16 mars, à 13h
www.mediapart.fr
Libération
www.liberation.fr
Journal de Saône-et-Loire
www.lejsl.com
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