L’imam et les 160 enfants

26/07/2008 21:50Alexandre MathisAtlas

Ait Blal est un village berbère perdu dans le Moyen Atlas. Très pauvre, toute la vie s’organise autour d’une école coranique où va l’ensemble des enfants. L’islam y est un constructeur du lien social et une échappatoire à la misère.

Ismail S’addiki est un jeune imam de 30 ans. C’est lui qui organise la vie de tout le village. « Je suis imam ici depuis un an. Je suis originaire d’ici et j’ai décidé de m’occuper de tous ces enfants. Ils sont 140 garçons ainsi qu’une vingtaine de filles que j’éduque
Ismail S’addiki est un jeune imam de 30 ans. C’est lui qui organise la vie de tout le village. « Je suis imam ici depuis un an. Je suis originaire d’ici et j’ai décidé de m’occuper de tous ces enfants. Ils sont 140 garçons ainsi qu’une vingtaine de filles que j’éduque.

« Nous commençons à 4 heures du matin pour la première prière et nous finissons à 22 heures.À la moindre voiture d’étranger qui entre dans Ait Blal, des dizaines d’enfants se précipitent pour voir le spectacle. De leurs yeux ébahis, ils scrutent l’allure de l’occidental riche. Normal, leur village isolé aux confins du Moyen-Atlas est bien loin de la richesse pourtant relative d’une métropole comme Marrakech.

L’ombre d’un homme se dresse au-dessus des bambins. « Laissez les visiteurs tranquilles », ordonne-t-il. Les petites têtes brunes obéissent au doigt et à l’œil. Ismail S’addiki est un jeune imam de 30 ans. C’est lui qui organise la vie de tout le village. « Je suis imam ici depuis un an. Je suis originaire d’ici et j’ai décidé de m’occuper de tous ces enfants. Ils sont 140 garçons ainsi qu’une vingtaine de filles que j’éduque. Je leur apprends le Coran jusqu’à ce qu’ils sachent tout par cœur. » Il avoue que son but est de former de futurs imams, respectueux du bon islam, non extrémiste. Pour les filles, l’éducation s’arrêtera à 13 ans. Après, elles seront mariées.

Pour les filles, l’éducation s’arrêtera à 13 ans. Après, elles seront mariées.« Pour éviter les problèmes de poux, on leur apprend aussi à se raser la tête »Les journées se répètent telle une litanie de versets. « Nous commençons à 4 heures du matin pour la première prière et nous finissons à 22 heures. Je leur fais réciter et écrire des passages du coran sur les ardoises », explique l’imam. Certains élèves habitent à 40 km. Ainsi, les enfants dorment ensemble et ne rentrent dans leur famille que le jeudi soir et pour les fêtes. Toute la vie se passe en communauté : repas, douches, approvisionnement en eau. « Pour éviter les problèmes de poux, on leur apprend aussi à se raser la tête », ajoute Ismail.

Une question de respect

L’école coranique crée un certain dynamisme à Ail Blal. L’imam semble être une sorte de gourou craint. L’hospitalité marocaine apparaît ici comme une obligation « On accueille avec respect les étrangers et on leur offre l’hospitalité. C’est primordial », assure l’imam. L’autorité va même plus loin : « Ici, personne ne fume ! Pas de drogue non plus ! Petits et grands compris. Sinon, on punit ! » Nous n’en saurons pas plus sur les punitions, mais les résultats sont là. Dès qu’Ismail lève la voix, les mômes lui obéissent. L’imam apparaît comme le chef officieux du village. « Je connais le prénom de chaque enfant ainsi que ceux de leurs parents ! » En tant que chef religieux, il s’occupe aussi des prières des adultes. Le soir, une grande prière est ainsi organisée lorsque tout le monde rentre des champs.

« Les habits qu’ils ont viennent de la bienveillance des gens, mais cela est largement insuffisant »,« Je connais le prénom de chaque enfant ainsi que ceux de leurs parents ! »D’après lui, ici, « tout le monde est heureux ». Les conditions de vie paraissent pourtant compliquées. Chaussures trouées, habits trop petits, visages sales… Les habitants ne s’en plaignent pas. L’électricité est arrivée il y a environ deux ans et l’eau courante est un rêve pour le moment inaccessible. Pour se laver, chacun profite de l’eau du puits et utilise son petit seau.

En hiver, les routes sont coupées, et le ravitaillement au souk de Demnate est impossible. « Les organismes se sont habitués », affirme un homme qui suit à la trace l’imam. Pourtant, les visages font plus vieux que leur âge. Sans médecin ni hôpital à proximité, l’espérance de vie est d’autant plus réduite. D’ailleurs, sans acte de naissance, aucun d’entre eux ne connaît sa date de naissance exacte. Lahcen est le doyen, mais c’est l’imam qui nous donne un âge approximatif : « Il doit avoir 80 ans, enfin environ. Mais le temps précis vécu importe peu ici. » La vie dure et le temps peut sembler long. Nourredine, guide dans l’Atlas, confie qu’il y a un vrai manque de matériel. « Les habits qu’ils ont viennent de la bienveillance des gens, mais cela est largement insuffisant », confie-t-il. Cette remarque sonne comme un appel à l’aide matérielle. Cela n’empêche pas cette vie de continuer inlassablement, et ce, grâce à l’action de l’imam. D’ailleurs, le village est désert : tous sont à la mosquée en train de prier.

Reportage photo :

  1 2 3 4 5 6Seaux pour les ablutionsSeaux pour les ablutions 7 8 9 10 11 12Le village Ait BlalLe village Ait Blal 13Ismail S’addiki est un jeune imam de 30 ans.Ismail S’addiki est un jeune imam de 30 ans. 14Nettoyage avant la prièreNettoyage avant la prière 15 16 17  

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