L’illettrisme : dur de s’en débarrasser !

22/08/2009 20:53Noémie Debot-DucloyerLa Réunion
Si aujourd’hui tous les enfants sont scolarisés à la Réunion, l’illettrisme, deux fois supérieur à la métropole, persiste. Un mal qui nécrose l’île.

110 000 illettrés de 16 à 65 ans. C’est beaucoup pour les 785 200 habitants que compte la Réunion. 45 % d’entre eux n’ont pas suivi de scolarité complète. Les raisons : « Jusque dans les années 1970, les enfants n’étaient pas tous scolarisés », souligne Christine Soupramanien, déléguée du Conseil régional à la lutte contre l’illettrisme. Par ailleurs, le système éducatif français ne s’est mis en place dans l’île qu’après la départementalisation en 1946. Aujourd’hui, malgré plus de 50 ans de scolarisation, on recense toujours 18 % de jeunes en très grande difficulté lors de la Journée d’appel pour la défense (JAPD). Un taux deux fois supérieur à la métropole.

Pour contrer ce grave problème, le poste de Christine Soupramanien, déléguée à la lutte contre l’illettrisme a été créé. Une fonction unique qui n’existe pas dans les autres Conseils régionaux. Et pourtant, le taux d’illettrisme reste le même que dans les années 1990 : « On se calque sur le modèle de la métropole alors qu’ici, on est dans une situation de bilinguisme qui n’est pas reconnu », éclaire la déléguée. Une particularité en partie responsable de l’illettrisme (voir article Créole versus français). La géographie de l’île peut influencer également l’apprentissage de la langue : « Plus on monte dans les hauts de l’île, moins les enfants ont accès au français courant car ils croisent moins de Z’oreilles, explique Élodie Blineau, orthophoniste. Or une langue se maîtrise en la pratiquant ».

 

Des programmes en pagaille

Quelles solutions pour enrayer l’illettrisme ? La région a engagé des programmes de formation d’adultes, le département aide les Rmistes, la préfecture, les missions locales, le pôle emploi… Du côté des jeunes scolarisés, le rectorat a aussi mis en place un programme de téléformation avec l’université de Paris V, la Caisse d’allocation familiale prévoit du soutien scolaire… Un bataillon d’actions pour empêcher aux plus jeunes de rester illettrés. L’association de prévention en orthophonie « Keskidi Keskili » préfère combattre le problème dès la petite enfance en intervenant dans les crèches et les écoles maternelles. Elle repère, entre autres, les enfants en difficulté d’apprentissage et leur propose une prise en charge orthophonique et un accompagnement des familles et des enseignants.

Aujourd’hui avec l’arrivée d’Internet dans les foyers et les campagnes de sensibilisation et de prévention, les enfants ont davantage accès à la langue française. Ils sont pris en charge plus tôt. Mais, les marmailles venant d'un milieu moins aisé restent très touchées. Certains parents n’ont jamais pratiqué le français : « Personne ne doit se forcer à utiliser une langue qu'il ne maîtrise pas avec ses enfants, avertit Marie Guillemain, présidente de « Keskidi Keskili ». L'essentiel est la préservation de la communication. » Pour y arriver, le milieu scolaire doit s’adapter aux difficultés de chacun, celles des bambins, mais aussi celles des parents.

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