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L’enseignement roumain et l’économie souterraine
12/01/2010 10:33Gabriela PopTimisoara
« Etudiante à la faculté de Lettres, deuxième année, Université de Bucarest, spécialisation roumain –anglais, j’offre des cours particuliers en langue anglaise pour des élèves de collège. Je demande du sérieux. »
Voilà un exemple des petites annonces qu’on retrouve dans les journaux et sur Internet. Il s’agit de cours particuliers - un phénomène d’une très large envergure, fléau du système d’enseignement roumain.
Cours particuliers : vieille pratique roumaine
Le principe des cours particuliers – nommées en Roumanie des « méditations » - sont apparu chez nous du vivant de Spiru Haret – grand réformateur de l’enseignement roumain, mais s’est beaucoup développé ces quarante dernières années, lorsque les « méditations » ont été légalisées en 1970, les professeurs étant obligés de reverser à l’Etat jusqu’à 20% des sommes touchées. Cependant, pas mal de professeurs ont choisi de travailler au noir et les autorités ont délibérément fermé les yeux puisque l’Etat n’avait pas suffisamment d’argent pour augmenter les salaires des professeurs , situation qui perdure aujourd’hui encore.
Dans l’entre deux guerres, les « méditations » avaient comme but d’aider les élèves les moins appliqués et ensuite, après 1948, les communistes ont introduit dans les écoles des programmes spéciaux de méditations qui aidaient les candidats à préparer les examens. Mais ces cours supplémentaires ne rapportaient pas d’argent aux professeurs puisque tout se passait à l’école, légalement.
Après 1960, des changements radicaux apparaissent : la dérussification des écoles a permis à chaque catégorie sociale d’accéder aux lycées et aux universités, l’industrialisation du pays qui demandait de la main d’œuvre mieux formée. Plus tard, dans les années 80, quand la population scolaire s’est accrue, suite à l’interdiction des méthodes contraceptives en Roumanie, une nouvelle génération a envahi les lycées et les facultés. La concurrence est devenue acerbe et les heures particulières se sont imposées. Ce sera le début de ce qu’on appelle aujourd’hui « l’industrie des heures particulières » en Roumanie.
Des cours particuliers en plein essor pour 3 raisons
De nos jours, du point de vue des professeurs, l’essor des cours privés est dû à trois causes : des élèves trop nombreux, des programmes scolaires touffus et les différences entre ce qu’on enseigne à l’école et ce qu’on demande aux examens. Les élèves eux aussi avouent que « le programme est lourd, le professeur n’a pas le temps de nous expliquer tout ce que nous ne comprenons pas. Alors, je suis obligé maintenant, en terminale, de prendre des méditations pour les matières importantes comme les maths et la langue roumaine », ou qu’ils prennent des heures particulières car leurs professeurs « connaissent leur discipline d'enseignement, mais ils ne sont pas du tout de bons pédagogues ». Un autre motif qui pousse les élèves vers les méditations scolaires, c’est le fait que le professeur traite différemment les élèves avec lesquels il travaille, bien qu’il y ait une loi, assez vieille déjà, qui prévoit qu’un professeur n’a pas le droit de travailler en privé avec les élèves de sa classe. Il y a aussi les heures particulières pour le développement d’une passion artistique ou scientifique, qui sont aussi les plus chères (jusqu’à 100 euros la séance).
Comme jadis, les autorités ont un comportement assez timoré envers ce sujet et la cause est à peu près la même. L’ex-Premier ministre Adrian Nastase n’a pas voulu accroître les salaires des enseignants « parce qu’ils gagnent déjà trop dans leurs classes particulières » ; Tariceanu a beau essayé de mettre l’Autorité Fiscale au travail, il n’a pas réussi ; le ministre des finances de cette époque-là, Sebastian Vladescu affirmait : « Je ne veux pas mettre des impôts sur les heures particulières ».Le leader de la Fédération de l’Education Nationale, Catalin Croitoru, affirme que l’ Etat ne gagnerait pas trop avec les impôts des méditations car « la somme serait infime, comparée à celle qu’il devrait encaisser de ses grands débiteurs ».
Des cours souvent pas déclarés
Paresseuses, les autorités, astucieux, les enseignants. Dans le département de Dambovita, par exemple, il y a à présent 6.700 enseignants et seulement 35 d’eux paient l’impôt pour les cours particuliers. Certains considèrent que « ce n’est pas normal de payer à l’Etat ce qu’ils gagnent en privé » et les autres, sûrs qu’ils ne peuvent pas êtres dépistés, ne déclarent tout simplement pas leurs activités. C’est une course des parents après les professeurs et des policiers après les enseignants. Mais c’est une course sans fin, car les autorités ont les mains liées : « C’est très difficile de prouver l’évasion fiscale dans ce domaine. On a besoin du témoignage d’un élève ou d’un parent pour démarrer une enquête. Les inspecteurs ne peuvent pas suivre les professeurs », affirme le porte-parole de la direction des finances Dambovita.
Un système injuste profitant aus plus fortunés
Que reste-t-il à faire ? Certains disent qu'ils faut motiver les professeurs, mais c’est difficile de le faire quand il n’y a pas de budget. De plus, en temps de crise, comme le nôtre, cette profession est une des plus lucratives : les professeurs ne veulent pas réduire les tarifs et les parents ne veulent pas que leurs enfants restent sans cette aide.Il faut donc prendre conscience que l’éducation est l’élément le plus important qui puisse mener à un avenir meilleur et ensuite prendre des mesures efficaces. Lorsque le but des méditations est d’augmenter le niveau intellectuel d’un enfant ou de contribuer à son enrichissement personnel, ce n’est pas mal. Mais les méditations représentent un problème parce qu’elles affectent l’économie du pays, le budget des familles, le taux de réussite des plus pauvres et le temps des élèves.
Nécessité par la loi de fonder une entreprise
D’ailleurs, cette année de nouveaux ordres exigent que les professeurs qui donnent des cours en privé fondent une entreprise. Si, en 2002, la loi les obligeaient à obtenir une autorisation de la Mairie pour effectuer des heures en privé, qui coûtaient 150 lei, l'entreprise coûterait beaucoup plus d’argent, et de temps aussi : 200 lei le capital social, 300 la taxe de registre, 45 lei la réservation du nom, 5 lei le casier fiscal ou bien 20 en régime d’urgence, 35 lei la taxe judiciaire et d’autres taxes notariales et diverses, donc ce n’est pas sûr qu’il y ait beaucoup de professeurs ayant leur entreprise légale.
Les changements dans l’éducation commencent peu à peu à apparaître. Alors on espère qu’on aura des décisions raisonnables et à long terme qui régleront la situation d’un pays qui a le plus grand nombre d’étudiants, rapporté au nombre d'habitants de l’Europe et en même temps, le pays ou l’on achète moins d’un livre par personne et par an.
Gabriela Pop
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