L'enfant, ce "continent étrange"

28/12/2002 02:27Elodie Raitière
C’est dans leur petit salon aux murs clairs, que les parents d’une petite vietnamienne nous racontent avec nostalgie l’adoption de Lise-Xuan...
C’est dans leur petit salon aux murs clairs, que les parents d’une petite vietnamienne nous racontent avec nostalgie l’adoption de Lise-Xuan...
 

Le couple français tenait à passer par une association pour adopter un enfant car ils considèrent cette démarche trop importante pour courir le risque de s'adresser directement à des particuliers. Or les listes d'attente pour l'adoption d'un enfant français sont beaucoup plus longues que pour les enfants étrangers. Ils ont donc choisi d'adopter un enfant vietnamien. Pour eux, le fait qu'il vienne de France ou d'ailleurs ne change rien : " tous les enfants sont des étrangers " assure le père, professeur de philosophie qui aime jouer avec les mots. " L'enfant est un continent étrange. Que son étrangeté vienne du fait qu'il vienne d'un autre continent ou qu'il soit plus ou moins gros, plus ou moins blond que ce qu'on avait prévu ne change rien ". La mère se souvient de la remarque que lui avait fait sa sœur, qui avait donné naissance à son propre enfant peu de temps auparavant : " l'enfant que je mets au monde est un être étranger pour moi, et il faut que je fasse la démarche de l'adopter ".

C'est grâce à ce bébé qu'ils ont découvert le Vietnam. Lorsqu'ils ont su qu'une petite fille les attendait à l'autre bout de la planète, ils ont réglé les multiples questions administratives et se sont envolés vers l'Asie. Leur première impression de Hanoi ? Une ville débordante de dynamisme. " La première fois que nous sommes sortis de l'hôtel, on osait même pas traverser la rue ! " D'abord effrayés par les flots continus de vélos qui klaxonnent, ils ont ensuite appris qu'il fallait simplement traverser et que les autres usagers s'adapteraient. Des petits détails qui font tout le charme de ce pays.

Ils se sont ensuite rendus dans la province du Ha Nam, au sud de Hanoi pour aller chercher l'enfant.
" Ca à été un moment très fort " se souvient la mère. Ils ont vu surgir le jardinier de l'orphelinat sur une petite moto et derrière lui, une femme tenait l'enfant. " Elle étais très sale... mais très belle ! ", c'est l'impression qu'on eut les parents en voyant Lise-Xuan pour la première fois. Le couple français avait apporté des habits pour Lise-Xuan : l'orphelinat n'ayant pas les moyens d'acheter des vêtements, ils ont du laisser les plus chauds.


La " remise officielle de l'enfant ", une cérémonie organisée dans le chef-lieu de province (équivalent du conseil régional) est un passage obligé. En présence de membres du gouvernement, de la directrice de l'orphelinat et de traducteurs, le père, en costume-cravate, devait faire un discours sur ce qu'il transmettrait du Vietnam à Lise-Xuan. " Ils tiennent à officialiser l'événement car ils se rendent bien compte que leurs enfants partent, et là-bas le culte des ancêtres et de l'enfant sont très forts ". D'ailleurs l'orphelinat privilégie le système de parrainages et l'adoption reste une solution très rare, d'autant plus lorsqu'il s'agit de parents étrangers. La séparation entre la nourrice et Lise-Xuan a été très dure pour la femme alors que la petite fille souriait déjà à ses nouveaux parents. La mère adoptive a été frustrée de ne pas pouvoir échanger plus avec celle qui s'était occupée de son enfant pendant 2 mois : " On ne parlait pas la même langue et c'était très compliqué de faire traduire. Je ne connais même pas le prénom de cette nourrice ! " Elle a cependant retenu une chose des femmes vietnamiennes. Ces dernières tapent fortement leur enfant sur le dos pour qu'ils s'endorment. " En voyant que Lise-Xuan s'endormait très bien comme ça, j'ai continué à le faire "

La nouvelle petite famille a ensuite séjourné à Hanoi. Une occasion pour le couple français de découvrir une culture complètement inconnue, celle de leur fille.  " Nous avons passer 15 jours à marcher sans cesse dans le centre-ville ". Ils ont ainsi découvert une ville multiple. Elle a un aspect moyenâgeux , avec le travail des artisans et ses rues organisées par corporations. Mais Hanoi est aussi marquée par son passé colonial avec le quartier des ambassades et l'alliance française qui constituent d'imposants édifices. Enfin, ils ont découvert une ville en pleine expansion : " c'est à la fois infernal et magnifique, c'est une profusion de vie ! " assurent-ils. Et d'ajouter " Hanoi est une ville mouvante et émouvante "

Lise-Xuan a maintenant quatre ans et va à l'école. Elle a quelques difficultés que ne rencontrent habituellement pas les enfants de son âge. Par exemple elle a du mal à prononcer les " r ". " Le vietnamien est une langue à tons qui utilise beaucoup les voyelles. L'orthophoniste dit que ça peut éventuellement venir de là, mais il est toujours difficile de distinguer ce qui est hérité de ce qui est acquis. " De même, la petite fille adore les fruits, le riz blanc et le poisson qui constituent la nourriture de base au Vietnam. " Elle est sûrement influencée par ce que sa mère mangeait, mais on ne peut jamais être sûr... "
Le fait qu'elle vienne d'un autre pays pose-t-il problème vis à vis des autres enfants ? " Non pas vraiment pour l'instant. Bien sûr ses copains lui font sentir qu'elle est différente, mais je pense que cela les mène à s'interroger eux-mêmes sur ce qu'est véritablement un parent. " assure le père. Les parents sont conscients du fait que la petite fille aura toujours à faire face à la question : " Qui est ta vraie mère ? ". Ainsi ils tiennent à ce que les choses soient claires : " Ce n'est ni un secret, ni une obsession. Nous lui avons montré beaucoup de livres qui parlent de la mère de naissance et de la maman de cœur... ". D'autre part, ils envoient régulièrement un rapport sur le développement de Lise-Xuan dans sa région d'origine, afin que des proches parents puissent les consulter s'ils le désirent. Leur rêve serait de retourner là-bas avec Lise-Xuan, mais ils tiennent à lui laisser le choix. " Nous avons quelques informations sur sa mère. Nous savons qu'elle avait 18 ans quand elle est tombée enceinte. Avoir un enfant hors mariage est très mal vu, d'autant plus dans le milieu agricole. Elle a accouché dans son canton d'origine (ce qui est assez rare car en général les jeunes filles cherchent à cacher l'enfant) et a confié son enfant à l'adoption quelques jours après. Nous avons une lettre d'elle, qu'elle a fait écrire par un écrivain publique et sur laquelle elle a laissé une empreinte digitale. " Mais les parents adoptifs sont convaincus qu'il " ne faut surtout pas en faire quelque chose de compliqué ". L'enfant émet déjà la souhait de retourner au Vietnam... à sa façon. Lorsqu'ils se sont rendus à Madagascar pour aller adopter Simon, un petit garçon de 4 ans, la petite fille a demandé : " On ira dans mon pays à moi aussi ? ". Ses parents, attendris lui ont alors répondu :  " Bien sûr qu'on retournera au Vietnam "


Voir aussi : L'enfant, le sage, Ho Chi Minh et Marianne

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