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L’enfant au carnet vert
04/05/2004 15:31Aurélie JuillardTypo Mali
Oussman ne cherche pas le regard du Blanc pour quémander un stylo ou une pièce. Même s’il vit à Mopti, épicentre du tourisme malien où l’étranger est devenu une poule aux œufs d’or. Enfant des rues, il s’est improvisé guide pour passants égarés. Gratuitement, par plaisir.
Oussman ne cherche pas le regard du Blanc pour quémander un stylo ou une pièce. Même s'il vit à Mopti, épicentre du tourisme malien où l'étranger est devenu une poule aux œufs d'or. Enfant des rues, il s'est improvisé guide pour passants égarés. Gratuitement, par plaisir.
D'un froncement de sourcils qui le rend étonnamment sérieux pour ses 14 ans, Oussman marque son agacement. « Il ne faut pas donner aux enfants ! C'est pas bon pour eux ! » Lui veut seulement se faire des amis, avoir des correspondants. Il aborde le « toubabou » d'un sourire accompagné d'un mot franc : « Moi je sais bien que les Blancs ne veulent pas qu'on leur demande quelque chose ! » Alors c'est lui qui donne aux touristes. Une balade jusqu'à sa maison. Un morceau de sa vie, partagé sur une terrasse autour d'un verre de thé.
De petites lueurs s'allument dans ses yeux lorsqu'il sort son trésor, un petit carnet vert. Il montre en pagaille des adresses aux sonorités du bout du monde, des morceaux de contes et des dessins. Surtout un, sous lequel un doigt maladroit a tracé « Lidi ». «
C'est comme ma petite copine, raconte-t-il, soudain presque timide. Je l'ai rencontrée ici puis elle m'a invité à Lyon... » Oussman a en effet déjà « un peu voyagé ». Et trois séjours en France l'ont motivé pour apprendre la langue. « Si je ne comprends pas bien et qu'on m'insulte, je ne vais pas m'en rendre compte ! », rigole-t-il.
L'espoir d'une lettre
Il parle et écrit l'arabe, mais pas le français. Ce petit bout d'homme a plus que les yeux en face des trous. « Nous, nous sommes les pauvres. C'est pour ça que je veux un bon travail, pour trouver l'argent. » D'où sa décision d'arrêter l'école coranique. Avec obstination, il fréquente désormais les cours du soir du collège voisin et s'escrime à tracer chaque soir les lettres de son adresse dans la langue de Molière. « J'aimerais être journaliste, docteur ou les deux. Mon père voudrait que je devienne ‘le marabout' comme lui mais moi je ne veux pas ! » Ce qui ne l'empêche pas de rédiger des formules de gris-gris en arabe, « pour le plaisir ».
Il a la gouaille d'un gamin des rues, les connaissances en plus. De la circoncision à Jacques Chirac, du mariage peul aux marques de téléphone portable, sa conversation ne tarit jamais. Il prend le temps d'expliquer tout sur tout, de décrypter les codes que le touriste ignore. Pour rien. Ou seulement en échange de quelques mots étrangers à rajouter sur son carnet. A force d'arpenter les allées du marché des femmes, au gré des rencontres, il baragouine déjà en anglais, allemand et même néerlandais ! « Avec les gens, on va chez moi, on sort la natte et on cause. » Et avant les adieux, on note son adresse sur le fameux carnet vert, couleur d'espoir. Car dans ces grands yeux noirs qui fixent les mots sans les comprendre se lit un rêve. Un jour, cette lettre qu'il attend arrivera et il saura la lire.
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