L'énergie Ruda
22/12/2006 14:21Propos recueillis par Alexandre MATHIS
La sortie du 5ème album studio de La Ruda, « La trajectoire de l'homme canon », le 2 octobre dernier s'accompagne d'une tournée dans toute la France. Au milieu de ce tour de chant, Pierrot, le chanteur du groupe s'est arrêté le temps d'une interview pour Typo. Il nous dévoile les entrailles de ce groupe engagé au savant mélange musical.
Typo : Pouvez vous nous définir en quelques mots « la Ruda » ?
Pierrot : Nous sommes originaires de Saumur mais nous sommes installés depuis à Angers. Le groupe a commencé en 1993. A huit sur scène, la formation regroupe les ingrédients de la musique rock (batterie, guitare, basse, clavier) mais aussi trois cuivres que sont une trompette, un saxophone et un trombone. Moi, je suis au chant.
Typo : Y-a-t-il eu des changements de line-up ?
Pierrot : Oui, mais il y a déjà un moment. Au début, ce n'était qu'une bande de Saumurois. Elle fut rejointe, par la suite, par des Angevins. Au départ, on était juste une bande de lycéens, et puis l'armée, grande destructrice de groupe en a emporté! Certains ont eu l'intelligence d'aller gagner leur vie. D'autres ont migré sur Angers en 1995. Philly (le saxophoniste ndlr) est arrivé le dernier en 1997.
Typo : Vous pensiez toujours jouer ensemble ?
Pierrot : Non, pas du tout. On a simplement commencé à jouer dans des bars sans prétention, pour essayer de faire peu à peu le grand saut. L'idée était d'aller le plus loin possible. Si tu ne fais pas les choses à 20 ans, tu ne les fais jamais. Bien sûr, on ne répétait pas tous les jours. Aujourd'hui, nous en sommes à plus de 800 concerts.
Typo : Le fait de se faire appeler « Ruda » et plus « Ruda salska », est-ce par manque d'identité ?
Pierrot : Définir « Ruda » est le fait d'avoir une identité moins précise justement et pour être plus en raccord avec la musique qu'on propose. Au départ, l'idée de la Ruda Salska venait d'une ville de Pologne : Ruda Slaska. Et puis ça allait bien avec notre coté alternatif : très influencé par Mano Negra et autres Négresses Vertes. L'idée était de mélanger rock, ska et salsa. On n'a jamais fait de salsa, nos quelques essais étaient très mauvais. On s'est donc retrouvé avec le mélange de rock et de ska. On ne faisait pas que du ska, mais on a quasiment toujours été catalogué dans la catégorie ska des groupes, ce qui n'est pas une insulte. La Ruda est donc un terme plus générique, qui nous qualifie mieux. Sur « 24 images/seconde » (Le précédent album du groupe), on n'avait mis que La Ruda, on s'est dit que les gens nous reconnaîtraient puisqu'ils nous appellent toujours ainsi, mais en fait ils se sont posés des questions.
Typo : Vous êtes un groupe très engagé, à en juger par certaines paroles comme de « choses et d'autres ». Le spectre des élections de 2002 est toujours là ?
Pierrot : Oui, le thème de l'insécurité va être encore primordial. D'ailleurs on est déjà en plein dedans. Mme royal a fait ses épousailles avec M. Chevènement, ce n'est pas anodin. On sait qu'aujourd'hui il faut se placer sur ce terrain là, que l'on soit de droite ou de gauche mais c'est ce qui élude la question sociale ou environnementale... Mais le nerf de la guerre, le nerf de l'élection, depuis 2002 : c'est ça !
Typo : Venons-en au plus nouvel album : le considérez vous comme plus varié ou plus rock ?
Pierrot : Moi je le trouve plus varié. Après je suis peu être à l'Ouest. Nous, par excitation, par envie du moment, on se tourne peut-être plus maintenant vers l'énergie de la guitare que vers les cuivres. On a plus le sens du riff que celui du contretemps.
Typo : Avez-vous acquis une certaine sagesse, comme la plupart de ces groupes de plus de 10 ans ?
Pierrot : Forcément ! Tu structures mieux tes morceaux, mais c'est souvent un piège de mieux maitriser son instrument ou sa voix. Cela fait que tu as envie de faire des choses plus léchées. Parfois, tu peux mettre l'âme dans le caniveau. Tu ne retrouveras jamais le côté instinctif du premier album. On essaie de trouver notre domaine autour d'un nœud énergique. Vu que l'on a des personnalités différentes, le fait est que l'on a des apports qui offrent une diversité à chaque album que ce soit au niveau des textes ou dans la musique. On a juste le risque de perdre un fil conducteur. Il ne faut pas s'écouter jouer. L'excitation de construire un nouveau morceau est le même qu'il y a treize ans, je peux le jurer sur mon honneur ! Il y a des choses que l'on ne saurait plus faire maintenant, du fait de nos évolutions musicales. L'album, c'est toujours la vérité d'un moment, pourtant j'ai l'impression que « la trajectoire de l'homme canon » est comme le premier album.
Typo : Parlez nous un peu de votre collaboration avec « Les Films du réel » qui réalisent vos clips.
Pierrot : L'industrie du clip est quelque chose de relativement lourd, donc l'idée des « Films du réel » est d'arriver à faire des vidéos avec relativement peu de moyens. On n'a pas les moyens de financer des clips très chers, et puis, de toute façon, ils ne passeraient pas... On a le goût d'associer l'image à la musique et c'est Philly qui s'occupe de ce département là. On diffuse ça sur le net. Le service propose aussi à d'autres groupes de pouvoir en profiter. Ça se diffuse beaucoup sur le net en ce moment. Ça intéresse plein d'artistes et on l'utilise en activité parallèle.
Typo : Parmi ces quatre artistes suivant, avec lequel voudriez vous faire un duo si possible : Ehancer, Raphaël, Dionysos ou Mano Negra ?
Pierrot : Je dirai Mano Negra. J'aurai pu dire Dionysos, j'aime beaucoup. Mais Mano Negra ça a été pour nous le détonateur. Avec d'autres bien sûr comme les Béruriers Noirs. C'est grâce à ce rock alternatif qu'on a vu que c'était possible de réussir à monter sa propre histoire sans avoir beaucoup de talents. Juste avec une énergie, on arrivait à avoir un truc...
Typo : Avez-vous rencontré la Mano Negra ?
Pierrot : Non, malheureusement. On n'a jamais joué en commun, ils ont arrêté exactement quand on a commencé.
Typo : Et Dionysos ?
Pierrot : Oui, on a fait des concerts avec Dionysos, on connaît Mathias (le chanteur) avec qui je parle souvent football. D'ailleurs, il n'y a que moi que ça intéresse dans la bande. On est un peu de la même école avec Dionysos. Ce sont des gens qui, comme nous, ont cette idée d'une énergie.
Typo : Je vais vous montrer une série de photos, j'aimerais avoir vos réactions...
Photo 1 Louise Attaque
Pierrot : Ça m'inspire le succès ! C'est une chose qui arrive une fois tous les cinquante ans. Vendre trois millions d'albums sur une production c'est vraiment rare. Et je les aime bien, ce sont des gens intelligents. Ils font de la bonne musique et ils ne se prennent pas pour d'autres.
Photo 2 : Affiche « Ne Le Dis A Personne »
Pierrot : Un polar... c'est un peu dans notre univers, ça fait parti des choses qui nous ont inspirées. Elle ressemble à l'affiche de Vertigo.
Typo : Oui et aussi à la pochette de « 24 images/seconde » !
Pierrot : Ah oui, c'est vrai ! Mais celle-ci est mieux réussi que la notre !
Photo 3 : Nicolas Sarkozy
Pierrot : Bon, Nicolas on en parlait plus ou moins tout à l'heure. On l'a écouté la semaine dernière, il était très sympathique. (Ironique) Il faisait un discours à Angers. Il a sorti dix minutes d'une démagogie incroyable du genre : « je serai le président de tous les français, même les plus pauvres, même les plus riches » et il a fini en disant « Je serai le Président qui ne fais pas de démagogie ». Lui il est class master dans le genre, mais ils sont tous un peu pareil...
Photo 4 : Ségolène Royal
Pierrot : A voilà donc madame Chevènement ! Elle s'est la grande gagnante de la loterie nationale. On l'a pas trop vu venir. Voilà, elle est plutôt vierge d'un point de vue politique ; c'est un avantage parce qu'elle ne traine pas trop de casseroles, mais c'est un inconvénient car c'est pas rien d'être Président. Et il faut le dire, elle a le charisme d'une huitre quant elle fait un discours, on sent bien qu'elle répète la leçon. On verra mais j'ai l'impression que ça va être la meilleure alternative à Nicolas
Typo : La grande gagnante au final ?
Pierrot : Non, ça on verra mais c'est tout de même une grande surprise. J'ai vu qu'elle avait l'intention de s'intéresser à l'écologie, ce qui me parait une bonne idée. Espérons qu'elle ne soit pas trop démago non plus !
Photo 5 Jean-Marie Le Pen
Pierrot : Oui, ben, le meilleur. Je n'ai pas tellement envie de parler de lui, il me fatigue. Quel âge il a lui ? 80 piges ?
Typo : Guère plus que Chirac, je crois donc moins de 80.
Pierrot : On dit que ce sont les meilleurs qui partent les premiers. Mais je ne veux pas parler de lui.
Typo : Même quand il y a un noir qui va voir ses congrès ?
Pierrot : Dieudonné... C'est très déstabilisant cette histoire. On l'a croisé une semaine avant qu'il aille au truc du FN. Ce n'est pas l'ordure qu'on veut bien dire, il est même plutôt intelligent. Là, je ne sais pas trop où il voulait en venir. Je me suis demandé si c'était très intelligent ou très con. Ça aurait pu être très intelligent parce que on peu dire « ouais ben je vais voir, je vais dans le fond et j'écoute ! » Là il semblerait qu'il ait été invité. Il s'est fait retourner et manipulé, consciemment, donc il a pas d'excuse. J'ai peur qu'il ait l'idée qu'en reconnaissant le lobby blanc, on reconnaîtrait le lobby noir, et ça me fait chier ! Je suis plutôt pour la mixité.
Commentaires: aucun


